BRIBES EN LIGNE
et encore   dits     du faucon exposition de la série alberto arbasino : ils sortent dernier vers aoi 199* passé galerie "sine    regardant mathieu bénézet : mon à yvon « oui, textes mis en ligne en je t’ai admiré, page suivante ► page bien sûr, il y eut       l’ antoine simon 30 aller à la bribe suivante page suivante ► page diaphane est le madame 1 madame est la       objectif lire chronogaphie (bribe 133 gardien de phare à vie, au elle réalise des       la       &nbs il a surgi sans crier textes rÉunis sous un titre dernier vers aoi "tu sais ce que c’est derniers textes mis en page suivante ► page sommaire ► page suivante li emperere par sa grant textes mis en ligne en antoine simon 22  de la trajectoire de ce "la musique, c’est le page d’accueil de (dans mon ventre pousse une textes mis en ligne en avril approche d’une de l’autre abords de l’inaccessible textes mis en ligne en les carnets éclaboussés 1   maille 1 : que toutes sortes de papiers, sur antoine simon 11       sur le dernier vers que mort <img852|left> forest le chêne de dodonne (i) voile de nuit à la       une derniers textes mis en textes mis en ligne en       (       " non... non... je vous les cahiers butor sont juste un mot pour annoncer 1. passera-t-on par l’eau la musique est le parfum de les installations souvent, rafale n° 5 un préparer le ciel i page suivante ► page village de poussière et de textes mis en ligne en mai     oued coulant sequence aucun hasard si se alain lestiÉ un art de la  pour de sommaire ► page suivante "mais qui lit encore le       o sommaire ► page suivante la bouche pleine de bulles les textes mis en ligne       dans la villa arson d’exposition en de la pour julius baltazar 1 le c’est un peu comme si, derniers antoine simon 32 toutes ces pages de nos nous lirons deux extraits de quand les mots dans l’innocence des un soir à paris au commençons donc par haut var ► brec 1) notre-dame au mur violet page suivante ► page petit matin frais. je te       &       sur le i.- avaler l’art par       qui toute trace fait sens. que a claude b.   comme une  dernier salut au mes pensées restent       cerisier pour pierre theunissen la bruno mendonça avait son la poésie, à la leonardo rosa bel équilibre et sa page suivante ► page     rien rafale n° 12 où       enfant vertige. une distance j’ai donc vous avez textes mis en ligne en avril malgré ses formules viallat © le château de les terrasses abandonnées       sur le page suivante ► page jusqu’à il y a cent dix remarques i► cent branches lianes ronces préparer le ciel i tout est possible pour qui l’envers de cher.e.s ami.e.s vous pouvez une il faut dire les dans le patriote du 16 mars 1     pour       bien       voyage page suivante ► page page d’accueil de napolì napolì  monde rassemblé le chêne de dodonne (i) je n’aime pas ce monde. vers musica maestro ! l’appel tonitruant du li quens oger cuardise je serai le pilote aux yeux et il fallait aller debout nous savons tous, ici, que avant-dire  “... c’est ici, me halt sunt li pui e mult halt cet article est paru dans le avant même de commencer, violette cachée ton bien sûr la       retour à la recherche       dans le       cette   voici donc la le coeur du tout en travaillant sur les ainsi va le travail de qui page suivante page frédéric mougins. décembre       bruyante       é page d’accueil de un temps hors du les lettres ou les chiffres si vous entendez le lac j’ai travaillé page suivante ► page pour accéder au texte, dernier vers aoi (ô fleur de courge... tous ces charlatans qui       la pour egidio fiorin des mots bernard dejonghe... depuis la communication est page précédente page c’est vrai voici l’homme aux deux ++++   en prenant acte i voici. "il y aurait eu un maintenant il connaît le siglent a fort e nagent e intendo... intendo ! ce texte m’a été textes mis en ligne en août un homme dans la rue se prend      & le chêne de dodonne (i) suite du blasphème de la deuxième édition du page suivante ► page début de la mise en ligne de juste un page précédente retour à les parents, l’ultime page d’accueil de on a cru à       midi page suivante ► voici donc pour georges aller au sommaire de pablo au matin du exode, 16, 1-5 toute    courant l’instant criblé page précédente retour la mort, l’ultime port, le "patriote", vous, dont l’âme, le page précédente retour la toile ou, du moins, la il y a des titres qui eurydice toujours nue à noir d’en bas ► un  référencem textes mis en ligne en juin c’était une très jeune       neige il existe deux saints portant   entrons maintenant       "je travail de tissage, dans toujours les lettres : très malheureux... dernier vers aoi elle dit la main qui fut le mouans sartoux. traverse de quelques photos pour martin quand on arrive de new-york pour m.b. quand je me heurte voici quelques années, À perte de vue, la houle des c’est le grand vos estes proz e vostre journée de       vu les giovanni rubino dit       le le soleil n’est pas rm : tu as décidé ki mult est las, il se dort  tu vois im font chier Être appelé par son nom souvent je ne sais rien de sommaire ► page suivante albertine et que vous dire des       à stèle alla lingua lingua madre dans le vacarme des couleurs,       apr&egra       à page suivante ► page À la loupe, il observa pour gilbert j’ai relu daniel biga, josué ne la lecture de sainte au centre des quartiers de je t’enfourche ma ++++   sur le papier       la aller à la bribe suivante pour jacky coville guetteurs antoine simon 16 c’est à caminito que carissimo ulisse, torna a pas une année sans évoquer   né le 7 antoine simon 29 a) le chemin de fer 1) la       la aller à la liste des auteurs dernier vers aoi   dernier vers aoi quand il voit s’ouvrir, iloec endreit remeint li os  l’écriture page suivante page pour jean marie le proche et le lointain   un vendredi pour sophie, magali et page suivante ► page       banlieue dernier vers aoi si grant dol ai que ne page d’accueil de antoine simon 33 elle ose à peine aller à la bribe suivante pour andré madame aux rumeurs 1- c’est dans       nuage pour daniel farioli poussant langues de plomb a la textes mis en ligne en juin cliquer sur l’icône entr’els nen at ne pui   ciel !!!! page suivante ► page autre essai d’un page d’accueil de clers est li jurz et li 1er moins quinze hiver bal kanique c’est six de l’espace urbain, j’imagine que, comme tout considérant que l’usage antoine simon 5 page suivante ► page retour au pdf sui generis   un  née à   anatomie du m et       journ&ea sommaire ► page suivante la terre nous     quand basile pour visionner a-t-on remarqué à quel le 15 mai, à     pour accéder pour accéder au texte textes mis en ligne en je n’ai pas dit que le  dans toutes les rues j’oublie souvent et pour écouter ce moment de able comme capable de donner a quelques exceptions près page suivante ► ce pays que le phonétisme n’a-t-il pas       crabe-ta  mise en ligne du texte l’éclair me dure, dernier vers aoi * il te reste à passer  il y a le châssis, pour visionner la nos voix Écoute, bûcheron, arrête année 2018 ► année 2020 tous feux éteints. des autre citation merci à marc alpozzo dans les rêves de la le pendu page suivante ► page antoine simon 10 textes mis en ligne en       pour présentation du projet page suivante ► page attelage ii est une œuvre présentation du projet ++++ il y a, dans mon a propos d’une normal 0 21 false fal pour michèle gazier 1 dans les carnets   d’un coté,  dernières mises les petites fleurs des que reste-t-il de la ecrire sur       voyage l’eau froide de l’anse face aux bronzes de miodrag       que de       bonheur       jonathan antoine simon 17  ce qui importe pour aller à la liste des auteurs préparer le ciel i trois tentatives desesperees deux ajouts ces derniers notre but n’est pas de tout le temps est là sièges la parol

Retour à l'accueil

MICHEL BUTOR

Dix regards sur l’atelier désert d’Olivier Debré
© Michel Butor
Publication en ligne : 16 février 2009
Artiste(s) : Debré , Baltazar Ecrivain(s) : Butor (site)

pour Julius Baltazar

1
le regard égyptien

  Dans son atelier le peintre regarde. Sa toile d’abord, son modèle quand il en avait un (et avec quelle intensité !), tous les objets qui ont abouti là, plus ou moins choisis, plus ou moins imposés par l’administration, les gens qui passent, la rumeur ; et parfois la peinture est là justement pour le protéger contre cette invasion, ca capharnaüm ; il s’y réfugie. Mais aussi le peintre se sent regardé, car il travaille pour le regard d’autrui qui appréciera plus ou moins, goûtera, jugera, paiera, utilisera. Et ce regard n’est pas seulement futur. Il y a le visiteur, le marchand, l’ami, le critique. Cela interrompt en général le travail, mais aussi l’envahit. Une fois l’importun parti, lequel est parfois respecté, admiré, aimé, pas facile de s’y remettre. On n’est plus seul. Le regard de l’autre demeure, envahit tout. L’examen déborde avant et après. Car il y a aussi hier, l’an passé, le siècle passé, les amis d’autrefois, ceux qui sont morts avant qu’on naisse. Ainsi les peintres qu’on admire, même sans se le dire, même en disant le contraire. Qu’aurait-il pensé en voyant cela ? Les peintres ou tous ceux qui nous ont donné directement ou indirectement quelque chose à regarder. Le regard d’autrui est évoqué, exorcisé, célébré dans l’atelier par des figures, des reproductions ou citations, des fantômes de visages venus parfois de civilisations fantômes patiemment désensablées dans le désert proche du Nil.


2
le regard tourangeau

  Même dans l’atelier parisien la lumière met en jeu d’autres temps, d’autres lieux, ceux de l’enfance en particulier. Cette nuance particulière de gris sur le mur, soulignée par un rayon entre deux nuages, n’était-ce pas celle précisément d’un toit d’ardoises au détour de la rue et du fleuve ? Ce blanc celui de tel château se réveillant au bois, bruissant de souvenirs des satins et sonnets sur le fond monotone de la leçon psalmodiée aux touristes fourbus et ravis que leurs cars attendent sur l’esplanade. Créneaux et machicoulis dessinent leurs grecques dans le plâtre ; les ombres ravivent les échos d’explorations dans les caves et carrières au-dessus des vignes tandis que le soleil se couchait derrière les roseaux d’où s’échappaient des hérons. D’un marécage venait le barrissement d’un butor. Le balancement des arbres vient s’inscrire dans les vitres rectangulaires avec la topaze ou le rubis qui brillait dans les verres à pied dont on faisait tinter le cristal sur la terrasse pour trinquer avec les amis des parents.


3
le regard parisien

  Ils parlent ; ils n’en finissent pas de parler ; ils se brouillent et débrouillent ; ils commentent, ils philosophent, ils paradoxent, ils retournent leurs vestes, ils attaquent, ils insinuent, ils se scandalisent, ils se récrient ; mais en ne les écoutant que d’une oreille, on peut les examiner des deux yeux, admirer le drap de leur veston, la moire de leur cravate, le dégradé de leur coiffure. Le mouchoir qu’ils sortent soudain pour s’éponger ou éternuer, s’ouvre comme une fleur. L‘ombre d’un barreau vient caresser leur main. Voici celle d’une femme avec ses ongles travaillés, exactement la nuance que l’on cherchait depuis si longtemps. Elle déploie sa chevelure en la secouant , et c’est le vent de la plage qui entre soudain avec le cri des mouettes. Quand ils s’en vont, on les suit dans le vestibule, on les imagine dans les rues, dans les galeries, dans leurs appartements où certains ont des tableaux dont ils parlent, dans les cocktails ou les dîners avec vedettes, ministres, ambassadeurs, dignitaires ecclésiastiques, et même des peintres. On peut prendre des vacances ; on peut voyager ; on est tellement sûr qu’on les retrouvera, les mêmes individus ou leurs sosies, avec les mêmes gestes, les mêmes voix, le même vocabulaire qui évolue lentement d’une année à l’autre, chez certains un peu plus vite, les lanceurs de modes ; et tout cela forme une musique exquise quand on réussit à prendre une distance suffisante pour l’écouter, un peu comme celle de la pluie.


4
le regard norvégien

  Les toiles tendues sur leurs châssis, appuyées sur les murs, puis l’une sur l’autre avec une pente qui s’accentue et qu’il faut toujours redresser, corriger, sous peine d’écroulement, donc d’engorgement, d’embouteillage, d’impossibilité de plus circuler dans les canaux de l’atelier, les fjords réservés, les toiles font descendre jusque dans notre plaine les escarpements et les éboulis, les forêts quasi-verticales qui se terminent en nappes de prairies, cascades et lacs sous les pieds des églises et des maisons de bois. Les baguettes s’épaississent en poutres ; la moindre ondée de l’autre côté du vitrage s’amplifie en orages, et le courant d’air en tempête. Quand la peinture glisse et coule sur le grain du tissu préparé, le pinceau se met à crisser comme une paire de skis sur la neige fraîche. Quelle liberté alors, quelle maîtrise de ses mouvements jamais expérimentée lors des quelques essais sportifs ! Le saut, l’acrobatie, la virevolte ; et l’on remonte de l’autre côté pour se répandre, neige soi-même, aiguilles et nuages, marée soi-même, haletant douloureusement, victorieusement dans les tuyaux de givre et les halos du soleil de minuit.


5
le regard chinois

  L’armée qui sort de terre ; piétons ou cavaliers en morceaux d’abord, puis patiemment reconstitués, redressés ; l’armée qui donne l’impression de sortir d’un tunnel et qu’elle pourait soudain secouer sa poussière pour escalader les murs de ses fosses et crier sa hargne contre la creuse immortalité qui lui avait été promise, contre l’empereur fou avec ses idées de grande muraille ; l’armée implacablement scandant ses idéogrammes en quelques gestes accusateurs et qui change soudain de costume et d’époque ; l’armée soudain devient troupe innombrable d’acrobates, chanteurs et danseurs, faisant tournoyer épées et bâtons, jonglant avec bols, baguettes ou crânes, frôlant rideaux et bannières, les entraînant en tournoiements et drapés tandis qu’entre ses colonnes sur son piédestal à pétales de lotus, le Deux fois né venu du Sud, le Tout heureux, le Revenu de toute déception, répand dans l’or et l’encens sur la foule qui ne sait plus du tout où l’a menée sa longue marche, un sourire inépuisablement compatissant.


6
le regard japonais

  Il y a un moment où il faut retourner la toile. Soit qu’on ne sait plus comment s’en tirer ; il faut donc la laisser reposer, déposer, en espérant que les choses s’éclairciront, qu’une idée viendra, une issue. Soit au contraire qu’on a l’impression que ça y est ; on a réussi, l’oeuvre est faite ; ce dont on se méfie toujours, et donc il faut la mettre en quelque sorte en pénitence ou purgatoire, en attente d’un jugement plus rassis. De toute façon il faut dégager le terrain. Même si l’on travaille sur plusieurs chevalets à la fois, sur plusieurs tables ou plusieurs régions du sol, parquet ou lino, il faut diminuer un peu la perturbation, la résonance. Aussi quand on va chez un peintre, en général on ne voit au début que les dos des toiles, à quelques exceptions près qui seront inéluctablement recouvertes par la suite dans le long et souvent périlleux exercice du retournement. Donc la toile sans peinture, même sans apprêt, avec sa poussière et son grain, dans le cadre de son châssis, un anticadre en quelque sorte, est comme un rectangle de sable ratissé entre des passerelles de bois, écran sur lequel des signes s’installent comme des rochers ou des statues le long desquels des moines couleur de miel , devant paravents et panneaux à glissière, poursuivent leur interrogation méditative.


7
le regard africain

  La savane le soir avec les espèces, chacune à son tour, qui viennent boire au point d’eau, avec les hommes qui observent tout ce rassemblement attendant la dispersion crépusculaire, les hommes enfoncés dans le paysage, lui appartenant malgré leurs costumes nouveaux, leurs chapeaux et chaussures ; les hommes qui depuis toujours marchent, sautent et courent avec des lances et des bâtons, à la recherche de viande pour la famille, de peaux et d’ivoire pour les européens qui s’installent -on dira bientôt les occidentaux-, qui gagnent comme une moisissure. Des hommes aussi semble-t-il, mais qui se comportent comme s’ils étaient d’une espèce différente, conquérant, colonisant, évangélisant, enseignant, civilisant, urbanisant, ces occidentaux qui occupent de plus en plus de terrain, traçant leurs routes, déplaçant les villages, rasant les forêts, creusant des mines, aménageant des aéroports. Certains parfois sont pris dans le piège de ce continent ; leurs yeux d’occidentaux, même s’ils sont bleus, se chargent d’un autre vent, d’une autre boue, même d’une autre langue. Mais, pour la plupart, ils glissent, dans leur agitation nostalgique, tels des planches à voile sur les nappes vertes et ocre, planent, tel des parapentes sur les dunes lisses comme des champs de neige, ondulent sur les vagues de poussière et de sueur, s’efforçant d’amasser pécule ou collection, attendant le retour vers le seul pays qu’ils considèrent comme réel.


8
le regard américain

  Le secrétariat, l’administration, la gestion : comptabilité, taxes, pourcentages, valeurs d’assurance, estimations, cotes, résultats au dernier passage en salle des ventes. Après le grincement de la plume, le crépitement de la dactylographie, le crissement de la télécopieuse, le sussurement de l’ordinateur transmettant des messages transatlantiques avec bilans, factures, déclarations pour les autorités compétentes, avalanches de chiffres et de réglementations. Cinquième avenue, Greenwich village, Soho, Wall street. Mais il y a aussi les grands voiliers d’autrefois, clippers ou baleiniers à la poursuite de Moby Dick, les broches des autoroutes épinglant le paysage dans la fumée des barbecues et les gerbes d’étincelles projetées par les motocyclettes sauteuses, les églises blanches, les érables en automne, les cardinaux de Virginie, les trains fabuleux, les aigles chauves, les lacs, les essaims d’avions longs-courriers tournoyant au-dessus des pistes en attendant le feu vert de la tour de contrôle, les grands silos jusqu’aux montagnes rocheuses avec les hauts plateaux, le désert peint, la forêt pétrifiée, les canyons, les arbres immenses, la vue sur le Pacifique, les quartiers à gratte-ciels semblables à ces agglomérations de cactus cierges, le passage d’une heure à l’autre en changeant d’état, et l’idée qu’on peut encore crever la frontière et prendre le large.


9
 le regard précolombien

  Au sommet des pyramides de livres qui ressemblent à des bûchers préparés pour une sinistre fête à ruissellement de sang, l’émergence à jamais d’une idole évanescente tout autre, incomparablement généreuse, qui fait éclore des milliers de fleurs, de bulles de protochampagne ou de pulque, de parapluies ou parasols, tounesols tournoyant dans la tornade et l’arc-en-ciel. Visage déterré dans quelque fouille par une savante équipe universitaire, mais c’est comme si son sourire avait émergé à travers des années de peaux de plus en plus tannées, à travers le masque de ce paysan croisé seigneurial sur une route au Guatémala, parmi ces bouquets d’agaves, ou de ce mendiant proposant balais et crayons sur le trottoir de quelque faubourg à ambassades et touristes, zone rose au milieu des océans de tôles et parpaings, quémandant l’indispensable aumône, puisque tout le monde s’est déglingué. Le sourire à travers le masque de l’idole mendiante revendiquant à la fois l’antériorité, la continuité linguistique, l’expertise du malheur, l’ouverture sur des paradis d’obscurités chatoyantes, la lumière d’enfers défrichés.


10
 le regard sous-marin

  La scène de l’immense opéra lointain ; ou sa maquette dans l’atelier, ses multiples maquettes pour pouvoir nager d’essai en essai, légères, maniables ; ou l’atelier lui-même de taille intermédiaire entre ces deux extrêmes, maquette lui aussi, contenant les autres qui s’y déplacent, scène aussi, mimant la grande au-delà des mers ou déserts ; tout cela conçu comme un aquarium avec oxygénation, circulation, éclairages. C’est qu’il y faudra pouvoir au mieux chanter et danser dans les flots des regards, incarner héros et dieux dans tous leurs avatars et révélations, même les plus dérisoires, détailler les récitatifs, lancer les arias, reprendre en choeur, dialoguer avec les instruments, animer les décors, transfigurer les costumes et les accessoires, faire exploser l’amour, la vengeance, la découverte, tonner, supplier, charmer, déchiffrer, brûler sous les applaudissements ou le silence du public paralysé par l’émotion. Les poissons passent et repassent, leurs écailles devenant cuirasses, leurs nageoires des voiles et des ailes, leurs attroupements des mouvements de foule, leurs virages des glissements d’un règne à l’autre, d’une dynastie à l’autre, d’un régime à l’autre, dans les rotations des cultures et des astres, emportés par les courants et les marées du ciel.

P.-S.

Espaces / Butor

Un message, un commentaire ?

Forum sur abonnement

Pour participer à ce forum, vous devez vous enregistrer au préalable. Merci d’indiquer ci-dessous l’identifiant personnel qui vous a été fourni. Si vous n’êtes pas enregistré, vous devez vous inscrire.

Connexions’inscriremot de passe oublié ?

Suivre la vie du site RSS 2.0 | Plan du site | Espace privé | SPIP