BRIBES EN LIGNE
sept (forces cachées qui se reprendre. creuser son le plus insupportable chez si j’avais de son « je me tais. tout en travaillant sur les ses mains aussi étaient la mort, l’ultime port, ço dist li reis : page d’accueil de 1254 : naissance de vedo la luna vedo le nice, le 18 novembre 2004 sommaire ► page suivante aller à l’échange sur     faisant la a claude b.   comme une       à À peine jetés dans le     nous avions aller à la liste des auteurs je t’enfourche ma    courant l’appel tonitruant du présentation du projet le chêne de dodonne (i)       araucari       maquis portrait. 1255 : page suivante ► page page suivante page cent dix remarques i► cent station 7 : as-tu vu judas se     pourquoi tu page suivante ► page cette machine entre mes    seule au mais non, mais non, tu préparer le ciel i le géographe sait tout       la cliquetis obscène des bal kanique c’est À propos de fata en et que dire de la grâce percey priest lake sur les         or journée de villa arson, nice, du 17       entre       nuage 1 2 3 je t’ai admiré, si vous entendez le lac pour anne slacik ecrire est today i eat my passent .x. portes, dernier vers aoi 1 2 3&nbs max charvolen, martin miguel et tout avait ouverture d’une deuxième suite antoine simon 13   la production la gaucherie à vivre,       assis 1 la confusion des       et d’un côté reflets et echos la salle grande digue est dispersée après la lecture de page suivante ► page le travail de bernard la route de la soie, à pied, pour martin page d’accueil de « e ! malvais ….omme virginia par la       tourneso c’était une très jeune  les premières a l’extrémité du       coude page suivante ► page il aurait voulu être textes mis en ligne en juin essai de nécrologie,       deux paien sunt morz, alquant un verre de vin pour tacher ki mult est las, il se dort à bernadette bel équilibre et sa sous l’occupation  pour jean le de tantes herbes el pre trois tentatives desesperees page précédente longue Éléments - ecrire les couleurs du monde carissimo ulisse, torna a vers le sommaire des recueils antoine simon 19       cette       le chère florence revue dernier vers aoi       soleil nous serons toujours ces pour andré 1 2 3&nbs       pass&eac À hélène souvent je ne sais rien de       "je page suivante ► page aller à la liste des auteurs très saintes litanies page suivante ► page       la dans l’innocence des       juin histoire de signes . dernier vers aoi aller à la bribe suivante       objectif préparer le ciel ii eurydice toujours nue à paroles de chaman tu nous avons affaire à de bien sûr, il y eut station 3 encore il parle       dans le voir l’essai sur antoine simon 23 il n’était qu’un eloge de la boite aux onzième       & 1- nous sommes dehors. frères et le temps passe dans la page suivante ► page abords de l’inaccessible voir les œufs de la vie est ce bruissement       objectif outre la poursuite de la mise antoine simon 27    7 artistes et 1       j’ alla lingua lingua madre sauras-tu lui répondre la terre a souvent tremblé le franchissement des  mise en ligne du texte 1 2 3&nbs marie antoinette    nous le numéro exceptionnel de       dans les parents, l’ultime dont les secrets… à quoi 1 2 3&nbs antoine simon 5 suite du blasphème de       les elle dit la main qui fut le page précédente page rêve, cauchemar, de toutes les clxvi deus li otreit (la sue) difficile alliage de laure et pétrarque comme attention beau préparer le ciel i       sur le le dernier recueil de page suivante ► page je déambule et suis « amis rollant, de la chaise, le châssis, le a inishmore chaque plante est sommaire ► page suivante       vu les pour robert juste un mot pour annoncer vous dites : "un (elle entretenait guetter cette chose       chaque aller à la bribe i au ils avaient si longtemps, si lien vers la totalité des elle disposait d’une       la rafale       est-ce buttati ! guarda  textes mis en ligne en pour accéder au pdf de   iv    vers   entrons maintenant thème principal : a propos d’une page suivante ► page aller à la liste des paru en ce mois de juin 2021,       six ecrire, la vie en dépend,  les éditions de 1 2 3&nbs   le texte suivant a juste un il y a tant de saints sur depuis ce jour, le site il y a bien là, dans textes mis en ligne en mai       je me d’ eurydice ou bien de 1 2 bruno 199* passé galerie je serai le pilote aux yeux     de rigoles en page suivante ► page accéder au texte en cliquant les dernières station 4 : judas  seins isabelle boizard c’est un peu comme si, deux ajouts ces derniers c’est une sorte de dans l’herbier de ses aller à la bribe suivante dernier vers aoi   la littérature de sommaire ► page suivante aller à la bribe suivante la force du corps, le samedi 26 mars, à 15 mult est vassal carles de pour nicolas lavarenne ma jamais si entêtanteeurydice l’évidence il existe deux saints portant pas même rafale n° 12 où       le la prédication faite normal 0 21 false fal présentation du projet       sur       la     m2   aller à la bribe suivante et c’était dans  epître aux madame porte à présentation du page suivante ► page       é les embrassées , cantilène pour accéder au texte au antoine simon 32  de la trajectoire de ce       aux du maurithuis par       pé antoine simon 12 a l’aube des apaches, {{}} on trouvera la bruno mendonça       pav&eacu 1 2 3&nbs la brume. nuages page suivante page equitable un besoin sonnerait il en est des meurtrières. 1 2 3&nbs n’ayant pas écrire comme on se page suivante ► page je meurs de soif dans la caverne primordiale  les œuvres de on dit qu’agathe la danse de   nous sommes dentelle : il avait  il est des objets sur 1 2 3&nbs autre essai d’un aller à la bribe suivante       " aller à la liste des auteurs       dans la       rampant textes mis en ligne en dernier vers aoi rafale n° 6 just do c’est le grand page suivante ► page pour accéder au texte 1 2 3&nbs m1       1 2 3&nbs       à nous savons tous, ici, que l’heure de la page précédente le café c’est vrai       deux       en 1 2 3&nbs cela fait 53 ans que je si j’étais un  dans le livre, le aller à la bribe suivante nous serons toujours ces page suivante ► page nous serons toujours ces dernier vers aoi ceci… pour prendre mesure.         pour egidio fiorin des mots traquer page d’accueil de  zones gardées de je n’aime pas les gens ou aux mots noyés dans un titre : il infuse sa les plus vieilles predication_du_15_ao et combien page suivante page       au pas       dans le pour alain borer le 26 1 2 3&nbs ouverture de l’espace il avait accepté je reviens sur des faisant dialoguer aux george(s) (s est la il semble possible       bâ nos voix une autre approche de je voudrais voir les arbres dernier vers aoi 1 2 3&nbs le chêne de dodonne (i) les grands pour andré       le ne pas négocier ne rimbaud a donc page précédente ► page quel étonnant à propos des grands madame est toute  martin miguel vient dernier vers aoi intendo... intendo ! pour accéder au texte, je suis occupé ces sommaire ► page suivante Ç’avait été la tristan_cabral_a_l_e traversé le lieu-dit de       gentil 1 2 3&nbs textes mis en ligne en bernard noël, droits       la Être tout entier la flamme bribes dans le nid de deus li otreit (la sue) baous et rious je suis     pluie du    au balcon de mes deux mains madame 1 madame est la li quens oger cuardise je me souviens qu’à propos   maille 1 : que quelque temps plus tard, de vous, dont l’âme, le un soir à paris au antoine simon 20 voir aussi boltanski galerie  c’était la parol

Retour à l'accueil
Article présent dans les rubriques : LA SÉRIE DES MADAMES /
Chère 2
© Alain Freixe
Publication en ligne : 18 janvier 2020

0-

Souviens-toi. Sa dernière lettre...ces figures traversées, ces mots déchirés...Et de ces failes le déploiement d’un vide, ses méandres...

(le 14 février 2009-AF)

1-
Ai-je reçu une lettre d’elle ? Je ne sais plus. Je me rappelle seulement un regard, pupille ou quasar ; et cette salive des arbres en bordure de gorge. Elle cherchait quelque chose me semble-t-il...mais quoi ?

1’-
Dame, l’oubli. Déjà ! Comme me plaît ce salut sur le seuil. Ami, je te propose un pari. Et si c’était la même chose que toi ?
Cette parenthèse contre le mur du soir. Ce rien de silence sur le carrefour éteint des mots et des morts. Ce chien noir dans les roses ... Non, sa couleur. Quand il s’enfuit. La seule !
(le 22/9/99)

2-
Je ne me souviens vraiment plus de ce qu’elle avait écrit. Ne me reste que cette trace posée entre oeil et trou noir. Et des bruits de déglutition, comme des lourds remuements qui viennent des vallées. N’est-ce pas ?

2’-
C’était hier. Le ciel s’était pris aux arbres. Secs et noirs. De l’autre côté du mur, entre deux éboulements, ce fracas de la nuit n’ouvrait au plus rêche de la tête qu’un grand rire. Entre deux claquements d’étoffes et une oeillade assassine.

3-
Comment donc était alors donc son rire ? J’ai du mal retrouver son timbre dans le vent. C’était comme un geste au front des galaxies, l’inspiration des arbres, un tourbillon silencieux au fond des nuages.

3’-
C’était plutôt comme un fruit mûr. Avant sa tombée dans le noir. Terre calme et sans écho. Eclairée comme par en-dessous par les souffles pressés du vent. Leurs hoquets au long du soir. Et, dans les creux. Un silence.

4-
Il me semble bien avoir reçu un appel d’elle, c’était comme en passant. Etoile exorbitée.Ici, le vent délie les articulations délicates des arbustes, collines hérissées. Un épervier tourne au-dessus de la ville son ombre ton sur ton sur les toits de cuivre.

4’-
Ici, c’est le plané de la buse qui force le regard à ralentir. A se froisser de bleu. A se froncer de quelques nuages. Avant de se glacer au froid de cette géométrie glissée. Et quand un peu de jour s’est posé sur le jardin, l’herbe est restée noire.
(le 29/9/99)




5-
Qu’attendait-elle en vain ? Il lui suffisait de lever la tête pour que du ciel naissent des lèvres ; ondulation des racines, reflets des pépites lourdes. Sais-tu ? Cet éclat des couleuvres qui fuient à l’orée des villes entre glace et minéral.

5’-
Il est vrai que le plus souvent, elle baisse les yeux. Vers le silence. Quand déjà plus qu’à moitié englouti, il s’effile dans le vent. Te le dirais-je, j’attends qu’elle passe. Tendue vers ce corps qui la précède de toutes ses ombres. Simple et gris.

6-
Se rappelait-elle cette musique ? Et toi, t’en souviens-tu ? Le souffle des zodiaques dans les volcans de pollen ; les abeilles aux pattes de coton filant leur miel jusque dans les usines. Elle se serait immolée là-dessus.(Disait-elle.)

6’-
Est-ce à moi à en appeler à ce qui n’est déjà, comment en douter, plus que des souvenirs ? Ecoute. Elle n’émergeait pas toujours d’entre les plis des portiques de pierres. Elle errait. Fantômatique. Entre des blocs de granit noir. On ne devinait que sa voix. Son chant. Quand ce déplacement dans l’air de son corps était tout son corps. Et que la bruine y gravait ses cupules.

7-
Qui donc est-elle ? Plus que le souvenir, il est vrai. Une errante posant ses pas dans la poussière de l’ourse. Les murmures des messugues dans le dos tandis que la forêt prenait des teintes de vieux zinc, et c’était la nuit... Les galets du vieux port ont des allures de chats.

7’-
Et les chats, à l’abri des regards, dans les décombres et les platras, élèvent dans ses docks abandonnés des poussins de mouettes. Ils ne savent rien d’elle. De celle qui toujours sut prendre les devants. Et à peine déclose ne pas s’attarder. Mais vous-même comment l’avez-vous trouvée le jour du livre ? Me le diras-tu. Enfin...
(le 6/10/99)

8-
Ce jour-là elle était bien en forme, me semble-t-il… Elle avait ouvert ce livre avec des précautions de jeune vierge ; y avait porté la bouche et la main… juste assez pour sentir l’or des bourgeons couler en fleuves tandis que dans le secret de ses veines glissaient silencieusement des carpes aux reflets d’acier.

8’-
D’où nous vient-elle ? De quels limons s’arrache-t-elle ? De quelles correspondances se charge-t-elle dans sa remontée ? De quels renvois se déleste-t-elle dans sa bascule ?



9-
Et comme elle glissait sous le ciel ! En as-tu gardé la mémoire ? Elle aurait pu tout aussi bien chevaucher Pégase lui-même dans des clapotis de basalte. Sous l’éclat de sa langue palpitait le pebre d’aïl.Oh ! ce souvenir de loups cerviers dans le maquis !

9’-
Oh ce souvenir d’un défroissé d’âme qui passe ! Tu aurais peut-être pu oser un “ langage entier ”. C’est cela que ne vent ne cessait de répéter à notre fiancée. Mais à peine attirait-elle nos yeux qu’elle s’effaçait déjà en eux. A sa place, bouchant le trou, ce rien du silence. Où les mots vont trouver à se désépaissir du rouge sombre des chairs. A se désenchevêtrer du lacet brûlant des idées. C’était quand déjà ?

10-
C’était un début de printemps et elle s’illuminait. Non ? Sur le portique d’ardoise venait vibrer le rouge-gorge dans une fraîcheur de mai.

10’-
Oui, l’arbre était blanc. Il coupait la vallée qu’un corbeau remontait de toutes ses ailes juché sur l’air de la surprise.
(le 13/10/99)

11-
T’ai-je dit qu’elle était renversante ? Je ne sais plus.Dans l’odeur de la myrrhe et le chant du cop - enveloppant. Ce frémissement de mots ! Cette vibration de la gorge ! L’orgie douloureuse des quais ! Ou la saveur acide des fumerolles ?

11’-
Moi, je t’avais dit qu’elle pouvait être transparente. Certains jours. A certaines heures. Quand le ciel béguaie et souffle, il n’y a qu’elle qui sait s’appuyer sur le son froid de l’air qui passe. Les yeux perdus dans le flot qui s’ensable.

12-
Elle portait, me semble-t-il, un médaillon sans âge. Une image poudrée. Un murmure. Un crissement de gravier sur une place vide. L’ouverture verte d’un golfe. Le froissement d’un vieux tissu.

12’-
Le filet d’air d’un jour sec. La lame. Cette clarté de fin d’orage sur les feuilles. Cette lumière de mouettes folles dans les plis du vent et des embruns. Cette grisaille d’horloge sans aiguille. Ces laines enfin arrachées aux épines du gel . Et qui se perdent pour d’improbables nids.

13-
Que d’espaces elle a écumés. J’en conserve un compte très exact. Entre cancer et capricorne, l’empreinte de vos pas sur des esplanades de schiste. La martre se fraie un chemin têtu par la lune d’avril.


13’-
Mais ses passées sont sûres. Beaucoup plus en tout cas que mes relevés ! Moi, vois-tu, tout ce que je sais d’elle est ce qui s’en retire. Quand les pierres barrent la passe à l’herbe. Sous la flamme blanche du vent.
(le 20/10/99)

14-
Ne prétendait-elle pas qu’elle rêvait d’arènes gorgées de poussière où les cris s’étouffent dans des gargouillis de sang ? Les gouttes installent des mots sur des lèvres inconnues.

14’-
C’était cinq heures de l’après-midi...non, je n’oserai poursuivre.. On ne voit pas toréer la mort sans que ne s’avive la lumière et le silence d’une musique tue. Dans le brouillard de sa bouche, sous la langue, c’est à peine une odeur. Ces mots qui tombent.

15-
Voudrais-tu rire ? Le pourrais-tu ? N’as-tu pas pris le monde trop au sérieux ? ou trop en dérision ? Va et vient entre roche et bois que des salamandres dessinent avec patience.

15’-
Si je riais, debout, dos tourné - histoire d’entendre ce qui se perd de vue - seul et noir sur le ciel bleu, cette découpe de voix dans le vent et d’ombre sur le mur d’en face, ce serait seulement tragique. Cette tension hors du ton sans ton de la corde des jours. Ce resserrement. Ce feu de toute présence. Quand on essaie de prendre visage. Ici, plus loin, qu’importe !

16-
Dans ces rêves d’espace, me retrouves-tu ? Et tous ces souvenirs qui te hantent. Ils sont comme la poignante nudité des choses quand on ne peut plus les saisir.

16’-
A toi de dire. Mais ne me hante que ce qui se lève au carrefour. Là où mémoire et imagination croisent leurs souffles. Levant dans la poussière tous ces fantômes en manque de corps. Ces fictions qu’il nous faut bien habiller moins pour les saisir que pour les tirer de ce côté-ci du visible. Ah ! Le ciel ! Ah ! Tout ce bleu qui se rue et dévale les pentes ! Ah ! Le fracas des franchissements !
( le 27/10/1999)

17-
Ah ! les herbes ! Ah ! leur germination silencieuse ! Ah ! leur fragilité soumise sous les vents et les pluies ! les parfums d’été froissés quand on les coupe ! leur disparition quand elles se reboisent elles-mêmes peu à peu jaunissantes et passées. Le sais-tu ?

17’-
Si je le sais ? demande aux oiseaux. Aux mésanges, surtout. Celles de l’hiver. Elles te diront comment je prépare la venue des simples d’après neige. Ah ! les fétuques ! Ah ! la dissémination jusqu’au coeur des villes !

18-
Ah ! les villes ! Leurs grandes avenues salées pleines et acres sous le parfum des pluies ! Y as-tu flâné dans le cocon un peu sale des bruits tandis que des oiseaux mouches pompent le nectar bruyant des avenues ?

18’-
Je n’y flâne plus. Flâner, c’était hier. Ah ! l’époque des passantes ! Aujourd’hui, j’ai mon grillage. Et mes clous rouillés. Ils ont l’aigu de cette couverture qui titube sous la neige qui tombe et l’accéléré du froid qui siffle entre le silence des flocons.
La rue est calme. La mort s’approche. Paresseusement.

19-
Et encore...Sais-tu te laisser aller entre les rouleaux du temps ? Tu y es mêlé aux arbres et aux bêtes, aux rochers déchiquetés que la lumière troue. Ah ! la grande frivolité du temps.

19’-
Ah ! cette faim qui se retire. Emportant l’épave de son feu. Et ce sont des coffres vides. Ces cendres. Forcées hors du foyer. Perdues et noires dans le passage. Sur le bord des yeux, un peu d’ombre témoigne encore de ce qui ne dort pas.
(Valberg le 3 / 11 / 1999)

20-
Je me souviens... tu savais prendre la mesure de l’espace pour le mettre en rotation toyt autour de toi, dans les parfums moites.

20’-
Oui, l’espace. A éveiller. Quand la nuit éteint ses feux et que le monde semble se fermer sur lui-même. Le coeur s’enfle si bien qu’il rayonne jusqu’à pousser les yeux à ne faire que voir. Comme débarrassés des mots. Dissous dans l’eau de ce regard où plus rien ne passe.

21-
Tu sais aussi aimer l’espace, j’en suis sûr. Ta caresse grande aile, tu lèves les yeux vers le ciel et tends le menton entrouvrant la bouche, tu bois l’espace et son goût de salive.

21’-
Ne te l’ai-je point dit dans mon précédent envoi ? Dans l’espace, je promène entre saisie et dessaisie, avec tours et retours. Mais je ne sais rien des détours qu’à l’évidence j’emprunte parce que justement je tiens mes routes à bout de pas.

22-
Ai-je reçu une lettre encore ? Grand silence sur le sable. Il conserve les traces molles des piétinements, les rituels sanguinaires et les marques de griffes et de coups de bec.



22’-
Regarde ! tout est parfois si lisse ! Demeurent, pour nous parler de la mer, de sombres épaves, ensevelies plus qu’à moitié. A ces vestiges, mesurer l’appel exige que l’on descende sous ses propres yeux. Pas à pas.
(le 10 novembre 1999)

23-
Un pas de plus et c’est la fin. La douce fin, n’est-ce pas ? La paix enfin des yeux, des bras, des corps. Et l’ordre des fumées, des vapeurs et des nuages sous un soleil sans éclat.

23’-
Ah ! Ce pas, mon ami, n’est pas de nous. Il n’y aura pas de dernier pas. Pas de dernier mot. Jamais la paix. De notre part. Tout nous viendra d’elle.

24-
Que disais-tu ? La paix des pierres ?

24’-
Oh ! non ! Au-delà des pierres ! Là où ce n’est pas encore le ciel mais où déjà l’oiseau est la clef qui efface tout sur son passage. Portes et seuils. Ce froid, c’est elle. Dans les couloirs de l’air. Ce vol, ses mots entre pierres, arbres et ciel.

25-
J’entendais bien ses mots mais ne les comprenais pas. Sa voix m’était familière, mais je ne la comprenais pas.

25’-
Ils me traversaient. Frontalement. Et derrière, depuis ce noir dont on ne sait rien, ouvraient des routes par où elle s’enfuyait vers ces terres où l’argile est ivre. Avant les vignes.
( le 17 novembre 1999)

26-
Elle s’était installée près des sources dans l’herbe, et elle écoutait dans l’air le vol de mouches qu’elle ne pouvait voir.

26’-
Oui...C’est bien cela. Voilà que je me souviens. Elle entendait - cela se voyait à la façon qu’elle avait d’avancer les mains pour toucher des doigts le mur vibrant de l’air - passer ce qu’à ses yeux interdisait la lumière. Une chute sans voix qui seraitrestée là à attendre. Au ciel . Comme dans un grand puits d’oiseaux.

27-
Ses yeux poursuivaient-ils dans l’air d’autres scintillements qu’elle seule pouvait discerner : elle se serait bien adressée à eux, si elle avait été sûre de n’être entendue que d’eux... Elle leur parlait, sois en bien persuadé, mais dans le secret de son coeur.




27’-
Je n’arrive plus à te suivre. Je te perds dans ces méandres. où le coeur et ses secrets s’assèchent jusqu’à abandonner leurs carènes éventrées, gangrénées de soleils, aux caresses du ciel. Restent les sables. Sur leurs bancs, c’est à l’envers que je la vois. Et de dos. Silhouette mouvante sur le silence épais. Qui à peine s’écaillait.

28-
Je me souviens de ses frémissements ; c’était comme si elle abritait au fond d’elle même, un petit noyau pulsant et si sans cesse elle se tournait vers lui...
J’imaginais les pensées qu’elle roulait sur elle-même : « Ah ! oublier le monde et ses rigueurs d’hiver ! Ah comme j’ai froid ! »

28’-
C’était comme si un souffle à forte odeur de neige la faisait frissonner. Vibrer ou rayonner. C’était tout un pour elle. Ni son, ni lumière pourtant. C’est entre les deux qu’elle tanguait. D’un bord du jour à l’autre. Perdue derrière ses longs cheveux noirs.
(le 24 novembre 1999)

29-
Elle prenait des libertés avec son corps, qui le lui rendait bien ; elle le voyait flotter au dessus des falaises : ses bras épanouis suivaient l’ample dessin dont ses mains entouraient les anses du ciel.

29’-
C’est alors qu’elle nous renversait. Allez, redisons-le. N’est-ce pas autour de cela que nous tournons ? De cela qui faut. Brèches qu’elle taille dans nos yeux. Et ce sont des blocs qui finissent par s’ébouler sous les paupières. C’est toujours cela que l’on entend quand on la regarde. Un bruit de pierres dans l’éboulis. Une « enfuie ». Souviens-toi !

30-
L’as-tu déjà vue courir ? Ses pieds se poursuivaient, et elle semblait bien à son aise, dominant leur course double de toute sa belle silhouette ; ça n’était pas galop, c’était glissade ou mieux encore, élancement des ailes dans la nuit.

30’-
Moi, c’est penchée que je la revois. Penchée sur le sol, occupée à effacer les traces qu’elle laissait. Cul pointé - l’on en riait parfois ! - vers rien d’autre que ce grand chemin de terre qui tournait là où le cyprès jouait de toutes ses branches avec l’écharde bleue du vent plantée dans la poussière que levait son impossible pouvoir de destruction. Ah ! les chemins battus ! Qui dira jamais leurs pouvoirs ! Allez plus de traces ! Rien que le ciel pour miroir et nulle autre couleurs que celles du vide.


31-
Dans l’ombre des miroirs où l’eau se fige, elle ne cesait de s’étonner : cette image en dehors d’elle, et devant elle se mouvant comme elle, était-ce elle ?

31’-
Déjà elle basculait dans le vide. Je la vois encore fermer les yeux du ciel et sur l’épaule d’un dernier éclair abandonner sa chevelure aux menthes fraîches de la nuit.
(le 1 décembre 1999)

32-
Voici un autre souvenir qui me revient : elle se tenait entre pli et souffle, entre voix et voûte ; une mélodie lente ruisselait depuis les hautes colonnes, et c’était la poussière de bourgeons qui clignotait dans les rais de lumière.

32’-
Elle regardait la musique. Ce chuchotis de lumière sur le bord déchiquetté des fleurs. Ce bruit d’eau au milieu du torrent sans les hauts-le-coeur de l’écume. Ce murmure de l’éclair à ptopos de l’orage. De son faux pas.

33-
Dis-moi. Où est-elle maintenant ? Où est-elle ? Ce n’est pas disparition, c’est cachette : notre appel se perd dans les forêts. De grands carnassiers transitent par ici...Où est-elle ?

33’-
Et comment savoir, si c’est du fond de l’oubli qu’elle remonte jusqu’à nous ? Ni disparition, ni cachette mais apparition habillée d’oubli. Coup de vent. C’est passage. « Ce n’est rien » abandonne-t-elle à ses souffles. « Au travail ! » Et lui d’effacer les traces et de recommencer le ciel depuis le bleu. Son point. Sa coupe.

34-
Elle se mettait souvent en posture d’attente. C’était si bon d’attendre (disait-elle). C’est plaisir. Les plantes cryptogammes étendent leurs racines de vélin jusqu’au plus profond de la terre.

34’-
Tandis que le soc en feu d’une charrue prend le dessus sur le soleil - tu n’as pas pu ne pas voir cela ! - Rien ne bougeait. La chaleur était un mur contre le ciel.
(le 8 décembre 1999)

35-
Et quand elle regardait... Elle faisait ça comme personne : elle cherchait d’abord un endroit où poser son regard, puis, dans cet espace défini, elle l’y pesait et l’y fixait... Elle aurait été alors bien capable de mourir si rien ne l’en avait empêché.



35’-
Mais quelque chose devant toujours l’attirait. La happait. La jetait à l’avant d’elle-même. Abandonnant derrière elle sa présence. Cette lueur dans le jour. Louve errant dans la lumière.

36-
Et comme elle savait tresser cheveux, laines, cotons, osiers, herbes ou salives, comme elle savait leur donner forme et force, en mêlant savamment le même au même.

36’-
Comme elle savait aller à la ligne ! Ligne de fuite. Ligne de risque. Affollement. Ses arrêts étiraient les traits. Ouvraient des angles. Secouaient la parole. Epoussetaient les mots. S’ils biseautaient les miroirs où viendraient tourner quelques images, ils offraient des brins de ciel aux nuages. Avec retenue. Mais en confiance.

37-
Ainsi est le monde depuis qu’elle en a volé toutes les fleurs dont elle s’est fait un arc-en-ciel tout autour d’elle...A bord de lèvres, la mélodie des pétales froissées.

37’-
Entre couloirs et salles vides, l’espace où elle enchaîne des pas qui ne montrent rien. L’étrange danse de qui passe.
(le 15 décembre 1999)

38-
Ainsi est le monde, depuis que tout en minaudant, elle a sous ses pas levé en masse le pollen des clairières envol des messugues froufrou des bruyères fragance des thyms.

38’-
Ainsi va-t-elle. Dansant. Arabesques sur le fond du ciel. Ses voiles découpent dans l’espace le miroir où son corps s’oublie. D’elle on ne voit plus que cet écart, âme arrachée aux dépôts de la nuit. Et dans cette distance, c’est à peine si on entend le phrasé de son pouls et les syncopes de ce souffle qui la tient.
(le 22 décembre 1999)

Un message, un commentaire ?

Forum sur abonnement

Pour participer à ce forum, vous devez vous enregistrer au préalable. Merci d’indiquer ci-dessous l’identifiant personnel qui vous a été fourni. Si vous n’êtes pas enregistré, vous devez vous inscrire.

Connexions’inscriremot de passe oublié ?

Suivre la vie du site RSS 2.0 | Plan du site | Espace privé | SPIP