BRIBES EN LIGNE
      coude  née à et si au premier jour il       le ne pas négocier ne     m2    dans le livre, le tant pis pour eux. antoine simon 19 cliquetis obscène des autre citation "voui « mais qui lit le lourd travail des meules madame porte à macles et roulis photo 3 je sais bien ce qu’il que d’heures de tantes herbes el pre pour daniel farioli poussant langues de plomb a la pour andré « 8° de et que vous dire des  hors du corps pas c’est le grand       quand coupé le son à     surgi dernier vers aoi     une abeille de f le feu m’a       je fais quand les mots Être tout entier la flamme des voiles de longs cheveux j’ai longtemps un besoin de couper comme de nous serons toujours ces li emperere s’est les dernières 1 2 clers est li jurz et li beaucoup de merveilles les routes de ce pays sont     dans la rue la pour mon épouse nicole nous dirons donc fin première le 15 mai, à 1 2  chaises, tables, verres, cher.e.s ami.e.s vous pouvez quelques autres mélodie verte josué ne       je n’hésiterai le "patriote", ( ce texte a       rampant 1 2 3 pour martin sainte marie,       pourquoi les dieux s’effacent nice, le 30 juin 2000       le sur l’erbe verte si est       é pour martine la cité de la musique       & temps de cendre de deuil de comment entrer dans une       " chère florence je t’enfourche ma       le quelques textes une fois entré dans la la brume. nuages   (à voici quelques années, madame des forêts de pour alain borer le 26 ils avaient si longtemps, si temps de pierres poème pour sept (forces cachées qui cet article est paru dans le pour philippe       voyage a-t-il introibo ad altare ce qui importe pour       neige madame est une torche. elle         &n quel étonnant le geste de l’ancienne, le poiseau de parisi mon ki mult est las, il se dort dernier vers aoi 1 2  dans le pain brisé son la légende fleurie est       longtemp il existe deux saints portant elle disposait d’une les étourneaux ! nous viendrons nous masser un texte que j’ai la vie humble chez les biboon. plus qu’une saison.       mé l’homme est carcassonne, le 06 à cri et à il est le jongleur de lui a supposer que ce monde juste un mot pour annoncer les textes mis en ligne       sur le 1 2        maquis dernier vers aoi   rafale macles et roulis photo       voyage   dits de       ton la deuxième édition du antoine simon 31 l’eau froide de l’anse la pureté de la survie. nul « ah ! mon accorde ton désir à ta       fourr&ea       objectif  hier, 17 mise en ligne il y a deux villes à le 10 décembre 2013,       deux « tu sais ce que j’ai ajouté avez-vous vu vue à la villa tamaris     rien pour robert pour jean-marie simon et sa     le cygne sur on peut croire que martine si vous entendez le lac dans les horizons de boue, de deux nouveauté,       grappes ce       descenda il y a longtemps, dans l’effilé de écoute, josué, il faut aller voir la route de la soie, à pied, les grands hans freibach :   anatomie du m et à sylvie 1 2  où l’on revient     son       à je découvre avant toi descendre à pigalle, se toujours les lettres :       &nbs f les rêves de tes chaussures au bas de  la toile couvre les et   riche de mes       au pas voici le texte qui ouvre       en un le glacis de la mort depuis le 20 juillet, bribes   on n’est       la a claude b.   comme une le ciel de ce pays est tout 1 2  sixième    il pourquoi yves klein a-t-il morz est rollant, deus en ad       nuage il arriva que merci au printemps des siglent a fort e nagent e 1 2  il en est des meurtrières.       vu les       "j& aux barrières des octrois  martin miguel vient antoine simon 23 chaque jour est un appel, une dernier vers aoi mouans sartoux. traverse de       la deux ajouts ces derniers dernier vers aoi outre la poursuite de la mise ecrire les couleurs du monde f le feu est venu, ardeur des dans l’innocence des frères et       dans le je déambule et suis dans ce pays ma mère     l’é       cerisier nice, le 8 octobre il y a bien là, dans nous avancions en bas de les premières tromper le néant 1. il se trouve que je suis       à dentelle : il avait   j’ai souvent la toile ou, du moins, la monde imaginal, attendre. mot terrible. envoi du bulletin de bribes i mes doigts se sont ouverts       fourmi&n heureuse ruine, pensait       au (la numérotation des de pa(i)smeisuns en est venuz prenez vos casseroles et       à avant dernier vers aoi       est-ce j’ai donc quand on arrive de new-york bientôt, aucune amarre  c’était que reste-t-il de la 1.- les rêves de je serai toujours attentif à mais jamais on ne ce texte se présente       aux       le vent diaphane est le       dans la fontelucco, 6 juillet 2000 n’ayant pas able comme capable de donner neuf j’implore en vain station 1 : judas macles et roulis photo 6 pour julius baltazar 1 le l’impossible    tu sais je n’aime pas ce monde. toulon, samedi 9 chaque automne les station 3 encore il parle   1) cette dernier vers aoi pour egidio fiorin des mots il faut laisser venir madame la fraîcheur et la  le grand brassage des dans les carnets joseph a pour sens "dieu recleimet deu mult et…   dits edmond, sa grande le tissu d’acier  un livre écrit dans le respect du cahier des ce qui fait tableau : ce       sur le madame chrysalide fileuse  dernières mises       pass&eac       la     du faucon       dans des quatre archanges que temps de pierres dans la dernier vers aoi dessiner les choses banales ajouts à la ma voix n’est plus que   voici donc la ses mains aussi étaient       je suis ce n’est pas aux choses la vie est ce bruissement la prédication faite voile de nuit à la   marcel mille fardeaux, mille today i eat my antoine simon 7 rafale m1       saluer d’abord les plus le grand combat : derniers textes mis en quai des chargeurs de la vie est dans la vie. se antoine simon 14 je rêve aux gorges rossignolet tu la       il carles li reis en ad prise sa encore une citation “tu   pour adèle et       araucari antoine simon 28 vous dites : "un       quinze de soie les draps, de soie attendre. mot terrible.     hélas, effleurer le ciel du bout des pour m.b. quand je me heurte       grimpant   né le 7 madame, c’est notre il n’était qu’un j’oublie souvent et je crie la rue mue douleur  il est des objets sur de prime abord, il le 26 août 1887, depuis   entrons maintenant sur la toile de renoir, les       m’ constellations et       je       la pur ceste espee ai dulor e patrick joquel vient de f tous les feux se sont     nous avions pluies et bruines, comment samuel chapitre 16, versets 1       reine ce poème est tiré du dernier vers aoi ...et la mémoire rêve 1- ai-je reçu une marie-hélène       pav&eacu       longtem ] heureux l’homme 1 2  faisant dialoguer cet article est paru certains soirs, quand je ce qu’un paysage peut pas de pluie pour venir antoine simon 2 l’illusion d’une les parents, l’ultime   tout est toujours en       sur le       la merle noir  pour la fraîcheur et la       l’ deuxième approche de rita est trois fois humble.       baie  tous ces chardonnerets douze (se fait terre se dernier vers aoi À peine jetés dans le       pav&eacu imagine que, dans la eurydice toujours nue à quel ennui, mortel pour       dé c’est la peur qui fait       magnolia la parol

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Carnets intermittents

Des chroniques... à l’occasion...


  • Echos de bribes sur remue.net

    Raphaël Monticelli - 28 février 2011
    Clefs : Barnaud

    Juste un mot... 

    Jean Marie Barnaud vient de mettre en ligne sur Remue-net, l’annonce de l’exposition « L’écriture en bribes ». Il enrichit l’annonce par le texte qu’il a donné pour le catalogue : « Une approche du Nid de l’aigle »... Qu’il en soit doublement remercié !

  • Pour apprivoiser un barbare

    Raphaël Monticelli - 20 février 2011

    Ce texte m’a été demandé à l’occasion de l’exposition Julius Baltazar à Carcassonne... C’était en octobre 2010...

     

    Depuis belle lurette, je tourne autour de Julius Baltazar. Avant que nous nous rencontrions, je l’avais connu d’abord pour son travail avec Michel Butor et, de proche en proche, pour son extraordinaire et éblouissante collaboration avec des écrivains et des poètes.

    Notre première rencontre ? C’était à Carcassonne. À l’occasion de l’exposition que le centre Joe Bousquet avait consacrée à Michel Butor. Nous avons eu l’occasion de discuter. J’ai pu voir de plus près son travail. Depuis cette date, Julius Baltazar s’est installé dans une de mes niches intérieures, une sorte d’abri sous roche assez semblable à celui qui a accueilli, il y a 400000 ans, une petite communauté humaine, sur la côte niçoise, au lieu dit de « terra amata »’ terre aimée.

    Je réagis toujours de la même façon devant une œuvre qui me séduit : je me méfie et maintiens mes distances. Réaction de vieux lecteur de Pascal, peut-être. Ou quelque raideur dans la sensibilité... Toujours est-il que l’éblouissant Julius m’inquiétait : trop de talent. Trop de facilité. Que de « justesse » dans la mise en place des œuvres ! Quelle inventivité dans les colorations. Quelles subtilité sur ces surfaces ! Que de mouvement dans ces espaces. Quels horizons ! Que d’éclairs ! Sans doute étais-je aussi miné par la malédiction de Babel : cet homme-là n’avait-il pas la prétention de supplanter la puissance des dieux. D’escalader le ciel ? Ne nous ferait-il pas courir le risque de disperser la langue ?

    Il faut du temps pour apprivoiser une œuvre. Ou se laisser apprivoiser par elle. Il faut reconnaître sur quels paysages elle s’ouvre en nous à partir desquels elle nous devient visible. Quels territoires elle y établit et comment nous serons capables d’y vivre. Et si nous en sommes capables. Il faut que nous soyons d’abord convaincus qu’elle nous propose bien autre chose que des artifices destinés à nous égarer. Que les chemins qu’elle nous invite à prendre nous conduiront vers des zones qui nous sont essentielles. L’approche peut être longue et lente. Elle peut se résoudre en un instant.

    J’ai connu cet instant. Quand soudain je n’ai plus vu l’illustration, l’ornementation. Quand j’ai compris que Julius Baltazar ne cherchait pas à embellir les mots et les textes. Ce qui me retient désormais chez Julius Baltazar, c’est qu’il n’est pas d’abord cet homme de l’illustration, des mots et du livre que l’on présente le plus souvent, mais un homme de la peinture, du papier et de la toile. Un artiste des matières et des matériaux, de ce qui appellent les mots à venir, non de ceux qui ressassent les mots entendus.

    Julius Baltazar est peintre. De ceux qui construisent notre modernité et notre contemporanéité. De ceux que la peinture intéresse parce qu’elle est matière. Il est de ces peintres qui opèrent dans une relation aussi immédiate que possible du corps sur la matière, comme on se roulerait dans l’herbe, le sable ou la boue ; comme on plongerait dans l’eau. Est-ce la raison pour laquelle Arrabal l’a qualifié de Barbare, issu de ces peuples incapables d’un langage articulé ? Je sais bien que la langue entoure les faits et gestes, les procédures et les outils du peintre barbare, et ses matières. Qu’hors la langue, il n’est pas de peinture. Pas de barbarie. Mais Baltazar les prend comme brutes, dégagées de tout discours préalable, de tout texte, ne laissant subsister d’elles que le lexique brut de leur désignation : papier, toile, huile, pigments, brosses. Il les dégage aussi de tout discours potentiel, de toute anecdote, de tout conte. Comme il les dégage du scriptural ou du chorégraphique : ces traces qui zèbrent les œuvres de Baltazar, sont encore de l’ordre de l’impact ou de la griffure. Elle ne préfigurent pas un texte, ne miment pas un message caché, ne disent pas l’élégance d’un geste, ou la complexité d’un mouvement. Ni la construction d’une figure. On sait que, proche des surréalistes, Baltazar n’a pas poursuivi dans cette voie pourtant tout ouverte devant lui. Dans le traitement de ses matières, il est plus proche de Fautrier, Debré, Zao Wou Ki, que de Dali qui, pourtant, en lui donnant son nom, l’a porté sur les fonds baptismaux de l’art. Baltazar fait partie de ces peintres qui cherchent à nous rendre sensible cette région énigmatique, d’avant les mots, où la matière, brute et indistincte, nous est présentée dans son état d’avant toute forme, chaos ou big bang. Et c’est pourquoi, sans doute, tant de poètes ont cherché à y repérer des formes et à l’envelopper de mots.

    Nous voici donc, hommes doués de parole, par les mots et la parole façonnés, face aux œuvres de Julius Baltazar comme saint Augustin face aux premières phrases de la Genèse qui évoquent « la terre informe », cette « matière informe que Dieu fit de rien » ... « comme la semence du ciel et de la terre, puisque la matière du ciel et de la terre était encore à l’état de confusion : mais parce qu’il était certain que de là devaient se former le ciel et la terre. » Matière et matrice.

    Baltazar n’est pas un illustrateur de livres. Opérateur d’origine, désignateur de chaos, installateur de genèse, il engage à parler et écrire, pour que la Lumière soit.

    En parcourant le catalogue publié en 2000, au Québec, j’ai été frappé par la façon dont écrivains et poètes parlaient de Baltazar et de son travail. Face aux œuvres de Baltazar, ils rendent, pour la plupart, des images de monde(s) en formation, « parole sans mot », « paysage sans nom », « alphabet de l’univers » émergeant d’eaux premières, monde naissant, monde élémentaire, que l’on traverse, qui nous traverse, à travers lequel on se déplace et qui nous déplace, avec ses espaces ouverts, ses océaniques, ses orages guerriers, ses turbulences. Et avec mille précautions, on présente Baltazar comme un « paysagiste » particulier, un peintre concret, d’un « lyrisme expressif »... Une plongée aux origines, pétrie d’enfances : matière, matrice, mère.

    Quand on l’inscrit dans l’histoire et dans les pratiques de la peinture, on se réfère, comme le fait Michel Butor, à Turner ou Tanguy, et Jacques-Bernard Roumanès évoque « le dépôt des pigments à la lisière du retrait de l’eau »... J’ajouterais bien que, chez Julius Baltazar, ce qui est posé avec force et constance, c’est le statut de la couleur dans la peinture... De la couleur quand elle n’est pas ornement, recouvrement de zones délimitées, mais débordement, fusion, plus proche des matières qui lui donnent naissance et du corps aux prises avec ces matières, les fondant entre elles et se fondant en elles, que des couleurs domestiquées, assagies et rangées. Des couleurs quand elles sont ces pigments laissés sur la rive, quand les eaux se sont retirées, et qu’elles gardent ainsi tout à la fois l’origine des matières et le souvenir des liquidités qui les ont portées jusque là, jusqu’au bord de nos regards. Debré, Tanguy, Zao Wou Ki, voilà pour la modernité. Turner, Constable aussi... L’avouerai-je ? Pour préparer ce texte, je suis retourné voir les Vénitiens. À cause de certaines images, bien sûr, à cause du traitement de la couleur, surtout... Mais encore plus en raison du rapport aux matières et de l’investissement physique dans le traitement des matières, et cet « art raffiné des dernières retouches » du Titien que Marco Boschini tient du témoignage de Palma le Jeune. Titien, écrit Boschini, unissait « çà et là, en les frottant du bout des doigts, les parties claires, se rapprochant des demi-teintes et unissant une teinte avec une autre ; d’autres fois, d’un passage du doigt, il ajoutait une touche sombre pour l’accentuer, ou quelques traînées rouges, semblables à des gouttelettes de sang qui renforçaient les éléments restés superficiels ». Ce n’est pas la technique de la peinture au doigt que je retrouve chez Baltazar, mais ce rapport physique, ce corps à corps avec les matières colorées qui engendre cet effet d’évidence de l’œuvre et l’immédiateté physique de notre perception.

    Comme derniers mots, cette citation :

    « Formées de ce qui fait le mérite des pierreries les plus précieuses, elles offrent à la description des difficultés infinies ; car en elles se trouve le feu subtil de l’escarboucle, l’éclat purpurin de l’améthyste, le vert de mer de l’émeraude ; et toutes ces teintes y brillent, merveilleuse­ment fondues. On a comparé leur effet général à l’arménium des peintres, à la flamme du soufre qui brûle, ou à celle d’un feu sur le quel on jette de l’huile."...

    Il ne s’agit pas d’œuvres de Baltazar, mais de la description des opales par Pline l’ancien. L’opale, la pierre qu’affectionne Julius Baltazar, justement. 

  • 18 février

    Marcel Alocco - 18 février 2011
    Clefs : Xerra , Bataillard

     Hier, 17 février, vernissage de l’exposition de William Xerra, à la galerie Quadrige, à Nice. Marcel Alocco envoie ce texte à ce propos... Je le mets volontiers en ligne dans ces carnets, et dans l’espace Alocco, dans la rubrique "Au rendez-vous des amis"... Une pensée, en passant, pour Marcel Bataillard, dont le travail me fascine... Il faudra bien qu’un jour je le regarde sérieusement...

    William Xerra, Galerie Quadrige / édition La Diane Française.
    « Les yeux clos » de W. Xerra sur un poème de Paul Vangelisti
    14 avenue Pauliani, 06000 NICE Du 18 février au 19 mars 2011.
     
    Nocturne pour Willam Xerra
    Peintre aux yeux clos
     
    Dans le livre, le dessin est imprimé, modifié ensuite par des rehauts collés, traces manuelles chaque fois originales. La gravure ici était impossible, car une vraie gravure paupières closes n’aurait plus été dessin produit d’un dessein, mais traces purement aléatoires.
    Il dessine les yeux fermés, comme l’on rentre chez soi. Ce n’est pas que William Xerra ne soit pas voyant, mais par choix le noir des paupières fait écran sur lequel se projette l’image vue, croit-il, de nombreuses fois. Le problème, s’il y avait problème, serait lié à l’échelle. Comment monter dans la page sans céder à la tentation toujours présente dans l’oeuvre d’aller au-delà, de déborder. Déborder autant de la page que de la surface significative que livrerait un trait. Le problème, s’il y avait problème, serait lié au modèle : ce qu’il voit, ce qu’il voyait, ce qu’il crut avoir vu. Et si l’image n’était que le souvenir de ce qui résiste devant le regard perforant vers l’infini mental... que resterait-il de ce monde si évident que nous le croyons réel ?
    Tout peintre qui aujourd’hui réfléchit sait que la référence au réalisme qui jalonne l’histoire des arts exprime une sincérité naïve. Il est naïf de croire que ce qui est peint montre la réalité matérielle ou spirituelle du monde. L’image donnée n’est jamais le rendu de ce qui est visible, mais le dire de ce que l’artiste sait de sa réalité. Je ne peins pas ce que je vois, je peins ce que j’en crois savoir. De ce que ma rétine imprime, ou de ce que mon cerveau élabore de mon expérience d’être au monde. Tout peintre n’est donc qu’un découvreur qui imprime sur un tableau noir une des images de ce qu’il sait de lui-même et du rapport aux environs. Ainsi, des peintres de Lascaux lisant dans le relief des rocs des présences animales, de Léonard décryptant les tâches du mur, d’Ernst lisant de frottis les sols, jusqu’aux pratiques aléatoires à travers des épaisseurs, des plis, des gestes distants de jeteurs de dès tenant en main au lieu du cornet un pinceau, jusqu’aux plasticiens qui les yeux bandés ou fermés lient leurs gestes aux prospections aveugles des espaces et des plans, il existe une continuité fondamentale : celles des voyants créant leurs images, dans la grisaille de leurs cerveaux, au contact d’une synthèse des mémoires par l’instinctif, le réfléchi et l’aléatoire des matières. Une projection des réflexions et des réactions du corps. En somme, il s’aveugle des yeux fermés ou de la proximité agitée des couleurs pour voir plus clair son savoir modeste de l’infini des choses et des êtres.
    Peut-être la dimension la plus créatrice des plasticiens depuis qu’ils s’interrogent sur leurs pratiques est-elle dans la question : comment voir ce que je ne vois pas ? Pauvres peintres, ceux qui ne savent pas que même les yeux ouverts ils peignent à l’aveugle.

     

  • L’écriture en bribes

    Raphaël Monticelli - 12 février 2011
     L’écriture en bribes, c’est le titre de l’exposition que je prépare à la Bibliothèque Louis Nucéra (BMVR) de Nice.
     
    Voici quelques précisions :
    du 2 mars au 8 mai 2011 : exposition Raphaël Monticelli, l’écriture en bribes
    3 mars à 11h. Inauguration
    5 mars à 15 h. auditorium de la BMVR, lecture de Bribes
    26 mars à 15 h. auditorium de la BMVR, Sonatine à Josué, quelques uns des derniers textes des Bribes mis en musique par Gilbert Trem
    2 avril à 15 h. Atelier d’écriture (s’inscrire auprès de la BMVR)
    9 avril à 15 h. suite de l’atelier d’écriture
    tout le long de l’expo : présentation de livres d’artistes et d’oeuvres croisées dans les bibliothèques annexes de la ville de Nice (se renseigner auprès des annexes).
     
    L’exposition présente
    des livres d’artiste. Par livres d’artiste, j’entends des livres dont je suis le seul réalisateur.
    des œuvres croisées : j’appelle œuvres croisées, des livres, estampes, toiles, ou tout autre objet, résultant d’une collaboration étroite avec un artiste, un écrivain, un musicien.
    d’autres bricoles... Je dis bricoles, à défaut de trouver un meilleur terme. Objets que j’ai réalisés seul ou en collaboration.
    Les œuvres croisées et autres bricoles ont parfois été suivies par un éditeur. Certaines d’entre elles relèvent de la bibliophilie classique.
    Au total il devrait y avoir environ 200 pièces... Je préciserai quand tout sera installé.
    Ce qui est sûr, c’est que présenterai une trentaine de collaborations...
    En voici la liste
    Alocco, Baudoin, Becca, Bonardi, Boniface, Butor, Calzavacca, Charvolen, Clauzel, Fedi, Freixe, Gérard, Goalec, Koenig, J.J. Laurent, Lorin, Lusso, Maccaferri, Maccheroni, J.L. Martin, Massholder, Miguel, M. Monticelli, Nivese, B. Noël, Partezana, Orsoni, Pedinielli, Popet, J.C. Renard, Robustelli, Rosa, Scholtès, Serée, Sierra, Thibaudin, Trem, Warneck.
     
    A cette occasion, la BMVR édite un catalogue avec des textes de 
    Alocco, Marc Zaffran/Martin Winckler, Butor, Freixe et Barnaud.
    et des photos de Muriel Anssens.
  • 1er janvier 2011

    Raphaël Monticelli - 1er janvier 2011

     Pour de l’intermittence, c’est de l’intermittence... Plus de six mois sans donner de nouvelles ! Eh bien... Prenons de bonnes résolutions, c’est la nouvelle année ! 

    J’ai toujours eu du mal à formuler voeux et souhaits... Ça ne m’empêche pas de le faire... et de partager l’espoir... 

    Que l’année 2011 soit aussi bonne que possible !

  • Je suis né à Nice

    Raphaël Monticelli - 5 mai 2010
    Clefs : Monticelli R.

    Le "Patriote", hebdomadaire de la région niçoise, prépare un numéro spécial pour la commémoration du 150e anniversaire du rattachement de Nice à la France. Toutes sortes de témoignages ont été sollicités. Julien Camy, le rédacteur en chef, m’a demandé quelque chose ces jours-ci. J’ai écrit ça... à la diable.

    Je suis né à Nice. D’immigrés italiens, comme nombre de Niçois....

    Je n’ai pas eu à trouver cette ville accueillante : c’était ma ville. Longtemps, je n’ai pas su si j’étais Français ou Italien. La chose importait peu : j’étais Niçois.
    A peine avions-nous appris à lire, au CP (c’est une anecdote que je raconte souvent) que notre maître, monsieur Raffaeli, nous avait distribué des cartes de France sur lesquelles nous avions déchiffré : « Enfant, voici ton pays »... Nous en avions parlé à la maison. Plein de scrupules, j’étais allé le voir : je ne pouvais pas garder cette carte, puisque ce n’était pas mon pays... « Tu es né où ? » m’a demandé monsieur Raffaeli. « Ici, à Nice ». « Alors, tu es Français, puisque tu es Niçois... si tu veux, mon garçon, garde la carte »... C’est ainsi que Nice m’a donné la France. J’ai cherché, en Italie, à acquérir une carte analogue : « Franciullo, ecco il tuo paese ». Je ne l’ai jamais trouvée.
    Nice n’a jamais été italienne. Cela, je l’ai appris assez tôt. Mais rien n’est ici comme ailleurs. Une population de toutes origines. De toutes langues. De toutes confessions. Une topographie dense et comme pressée : c’est la montagne et c’est la neige et aussitôt, c’est la mer et l’été. Et la montagne poursuit sa course sous la mer. Et le Paillon aussi, qui continue à la dévaler, sous l’eau salée. Nice a sa langue nissarde. Elle était langue de travail : à l’atelier, mon père parlait niçois avec ses compagnons : un Arménien, un Sénégalais, un Polonais et... un Niçois, tous Français, par ailleurs. Et elle est langue littéraire. J’ai appris le niçois. Et nous lisions, sous la puissante tutelle de Compan, aussi bien la Nemaida que Mireio. Nice a sa langue, et elle est occitane.
    En 1960, commémoration du centième anniversaire du rattachement de Nice à la France. Combien de milliers d’enfants étions nous, au stade du Ray, à harmoniser nos mouvements pour célébrer l’événement ? Je suis deux fois Français, se disait le petit Italien. Une fois parce que je suis né à Nice. Une fois parce que Nice a choisi le rattachement à la France. Pas si évident, me disait un vieil homme encore tout plein du souvenir de Garibaldi. Deux fois Français et Italien aussi, se disait l’enfant.
    Ma paroisse, c’était Don Bosco. Le Piémontais. Italien. Ses successeurs étaient des justes. Dans la crypte de Notre Dame Auxiliatrice on en garde le précieux souvenir et on voit encore le soupirail dérobé par lequel on faisait se sauver des enfants que la force publique recherchait pour la seule raison qu’ils étaient juifs. Nice est aussi la ville des justes.
    L’adolescence fut plus complexe. Étais-je Français, moi qui continuais à parler italien à la maison ? Je suis devenu enseignant. Professeur de... français... Et je militais. Un peu au syndicat des enseignants, le SNES, beaucoup au parti communiste... À Nice, j’ai salué mes camarades : antifascistes, antifranquistes, niçois de souche plus ou moins anciennes, avec, parfois, de curieuses réactions de Barbet, ces sortes de Chouans du Comté. C’est à Nice, en militant pour que l’école soit meilleure pour les enfants, que le territoire soit plus doux pour ceux qui y vivent, que le travail soit plus respecté que j’ai le mieux compris ou accepté ces complexes questions d’appartenance... et aussi en travaillant sur la période de la Résistance, et en cotoyant et écoutant mes camarades, militants de l’enseignement, militants de la pédagogie, résistants, antifascistes, partisans, antifranquistes... Ces va-et-vient, à Nice, entre France et Italie, entre hier et aujourd’hui, entre terroir et territoire, entre comté, pays et planète, entre ce bout de monde et le monde auquel il était ouvert, ces va-et-vient m’ont transmis des valeurs, des principes, des interrogations et des doutes.
    Nice est frontière –poreuse et incertaine frontière- de temps, d’espaces, de langues, de croyances, de convictions. Les trop denses vérités s’y effilochent et s’y défont au profit d’une sorte d’humanisme de l’incertitude, premier pas de l’attention à l’altérité.

     

  • journal intermittent

    Raphaël Monticelli - 26 avril 2010

    Pour le prochain Basilic, (la gazette de l’association des amis de l’Amourier), j’ai donné ces quelques lignes de mon "journal intermittent"... Les voici dans ces carnets, tout aussi intermittents...


    Les images s’électrisent et se défont parmi des humidités salées ; des soleils s’effilochent. L’odeur des herbes piétinées se mêle à celle, perturbante, du varech. Les vagues.

     
    *
     
    Les ombres mordent des lambeaux de satin pourpre doublé de gaze sale. Surgit un dieu perplexe qui cherche en vain à percevoir, dans des cieux vides, le vacarme de l’écroulement du monde, ou un démon timide dont la voix nous parvient, mal assurée, presque éteinte, en froissant le doigté limpide des variations Goldberg. Variations pourpres de Jean Jacques Laurent, salle municipale d’exposition, Beausoleil.
     
    *
     
    Des jus de la terre aux feuilles de l’arbre, tout l’horizon se déchiquète.
    Des peuples oiseaux ont laissé leurs traces là-dessus : ça tremble, ça picore, ça piaille, ça s’ébroue.
    Les plumes d’Icare sont tombées dans la boue, parmi des éclats de cire.
    Présentation des livres d’Anne Marie Lorin, dans l’atelier de Laurent Briffaut, à Grasse.
     
    *
     
    C’est le froid d’un atelier nomade qui a mué la sueur des charbons en fleurs de givre suspendues par la caresse de la brosse au tempo du regard. Terrils, dans l’exposition de Daniel Mohen à la galerie des Docks, à Nice.
     
    *
     
    Déconstruction du tableau classique. Question de point de vue. Tu détruis l’illusion de la profondeur sur une surface, pour construire l’illusion de la surface par le volume, selon un seul point de vue : le tableau impose sa position au spectateur. Les anamorphoses de Louis Chacallis au collège port Lympia.
     
    *
     
    Tu t’es coulé entre les bras du Nil ; tu as épousé ses méandres en dirigeant tes pas sur la voix des femmes penchées au bord des eaux fertiles. Tu suces et remâches les mots qui montent de la terre, et tu les fais glisser entre le lin et le papier, l’or et et le plomb, en les précipitant dans le foudroiement de tes roches. Oeuvres de Martin Miguel à la bibliothèque d’Alexandrie.
     
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    Un peu de glaise, à la mesure de mes deux mains en coupe et, dans le tourbillon des images qui m’assaillent, presque à l’aveugle, j’en saisis une qui donne forme à la terre : c’est ce visage très lointain de la très ancienne époque de Sumer. C’est un bien très précieux parce que, disparu, il persiste, et, persistant, il rassure et peut avaler un peu de l’angoisse des pertes et le tremblement de mes dents. Baba, à la fondation Sicart-Iperti, Vallauris.
     
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    Pelures d’air qu’une simple tension de l’oeil déchire, l’altuglass à travers lequel il a fait, sa vie durant, pleurer la lumière. Edmond Vernassa s’en est allé. Vieux frère, ami timide, salut !
     
  • Exposition et lecture

    Raphaël Monticelli - 21 avril 2010

    Les dessins de Martine Orsoni pour ma Légende fleurie seront présentés à la fondation Iperti, à Vallauris à partir de samedi prochain, 24 avril 2010... 

  • À propos de Bruno Mendonça

    Raphaël Monticelli - 8 avril 2010

    Bruno Mendonça prépare une exposition à la médiathèque de Contes pour la fin de ce mois d’avril 2010. Il m’a demandé l’un des textes qui figureront dans le catalogue. Le voici.

     
     Le Livre... Jadis, au petit matin de mon enfance,
    à la première aube de ma vie,
    sa douce lumière éclairait l’horizon.
    Bruno Schulz
     
    « Si le monde est une vaste bibliothèque, comme on l’a affirmé, Mendonça répond
    que la bibliothèque est un vaste monde »
    Pierre Tilmann
     
    Des livres. Des livres à perte de vue. « Perte de vue ... » Malheureuse formule. Livres en recherche de vue. En construction de vision. Le monde n’est pas « comme un livre », il est submergé de livres. Tout ce qui nous en apparaît y est livre. Livré. Livrable.
    Et les livres s’ouvrent sur des livres. À chaque phrase. À chaque mot. À chaque signe. À chaque trace. Que la langue et sa graphie nous soient connues ou non chaque livre ouvre sur des livres chargés de mondes pleins de livres, pleins de signes ouvrant sur des livres pleins de mondes, et encore et toujours...
    Voilà ce que je dirais en première approche de l’oeuvre de Bruno Mendonça. Il m’est toujours apparu ainsi portant en lui, avec lui, après lui, le rêve sans limite d’une bibliothèque sans limites.
    À ce point, il me manque un élément majeur. Bruno Mendonça est un corps. Un corps rêvant. Un corps rêvé. Un corps rêvant d’autres corps dans la multitude des corps. Un corps chargé de corps souffrants.
    Y-a-t-il seulement une frontière entre les corps et les livres ?
     
     
     
    *
    Je l’ouvris (...)
    Je vis la grande migration des animaux,
    fleuve coulant sur les routes, se divisant, s’éparpillant en cortège
    dans un pays lointain, je vis le ciel plein de vols
    d’oiseaux et de battements d’ailes, une énorme pyramide
    inversée dont le sommet touchait l’Arche.
    Bruno Schulz
    « Il faut savoir que l’art est l’art de ne pas savoir »
    Christian Arthaud
     
    Il y a quelqu’un. Cette présence. Cette odeur d’herbe piétinée. De terre engloutie. Cette portion de silence quand tout, autour, jacasse et remue. Ou bien il y a eu quelqu’un qui a déposé là ce silence. Cette odeur. S’impose l’image du sang qui sèche. Et celle de l’incandescence. Entre pulsion du corps et maîtrise d’une intelligence sidérée. Entre encroûtement et fusion. Écroulement et rédemption. Feuilletage. Le piétinement des herbes. L’étagement des odeurs.
    Les livres. Grimoires dont les traces s’étiolent, rongés de temps et de lumière. Les feuillets s’effritent sous la caresse des doigts, si précautionneuse soit-elle. Soient-ils.
    Et cette poussière dont la saveur de farine à peine humide atteint l’esprit avant de s’attaquer aux papilles. Dans ce miroitement où s’évanouissent des micas, des schistes et des quartz, il y a quelqu’un. 
     
    *
    Penché sur le Livre, le visage
    flamboyant comme un arc-en-ciel,
    je me consumais silencieusement
    allant d’extase en extase.
    Bruno Schulz
     
    « Bruno Mendonça propose de célébrer (...) l’intime et le jouir. »
    Tita Reut
     
    C’est l’atelier.
    Des travaux. Aux murs, au sol, sur des tables, dans des cartons, des tiroirs.
    Dessins, tirages, toiles, livres. Livres !
    On se dit : « Quelles subtiles tensions unissent le monde d’où je viens, le dehors, et ce dedans où je me tiens ? » On regarde. On voit. Des signes, des traces, des douleurs, des plaies, des rituels, et des cérémonials complexes et silencieux, dont on n’ose demander les raisons... De peur de comprendre.
    On est passé d’un territoire à l’autre ; du collectif à l’intime. On se dit : « Me voici entré, ici, dans ce dedans, ici, qui est un bouleversement apaisé du dehors. J’y ai été accueilli. Admis. Le temps s’y presse sans y avoir même prise. » Et on se dit : « Quelles règles inconnues ont établi ici les relations entre ce territoire, son organisation –espace de travail ; un autre de stockage ; un de monstration ; la table à la cafetière ; une chaise ou deux- et le travail qui s’y fait ? » Du bois. Du plomb. De la peinture. Des oxydes. Du papier. On se dit : « Je ne peux pas ne pas sentir la souffrance et la douleur. Non. Je ne peux pas. » On se dit : « Jouissance de la douleur ? Malgré la douleur ? À cause de la douleur ? » On écoute. Le plomb des mots. La précaire prétention des protections. On entend : « Je me suis enfoui. Enterré. Des jours durant pour dessiner en aveugle » On voit passer, au fond de l’eau de l’oeil, l’ombre d’un prométhée, et on se dit : « Jouir de dessiner en aveugle ? Dans l’aveuglement des tombeaux ? ». On rejette les cottes de maille. On donne son corps nu et fragile au soleil et au vent. Ce bonheur de la fragile nudité.
    C’est l’atelier.
     
    *
    C’était le dernier mot du Livre
    qui vous laissait le goût d’un étrange étoudrissement,
    mélange de faim et d’excitation de l’âme.
    Bruno Schulz
     
    « Tous se servaient de la même langue
    et du même mot. »
     
    Un mot. Un seul mot. Et ce serait suffisant. Il dirait tout ce qu’il y a à dire. Ferait comprendre tout ce qu’il y a besoin de comprendre. Au passage, il abolirait la vaine complexité de nos systèmes linguistiques. La prétention de nos idées. Il nous donnerait plus d’âme que n’en ont les animaux les plus dépourvus de signes. Il élargirait nos rapports aux autres et au monde à une seule, profonde, intense et définitive fusion.
    Que ce seul mot soit dit et répété ! fusion. Que des millions de bouches le profèrent ! fusion. Que la main inlassable l’écrive des millions de fois ! fusion. Ah ! l’impossible ! fusion. L’inconcevable ! fusion. Toute parole en un mot fondue. fusion. Que deux êtres le prononcent... fusion. il n’est plus le même déjà. fusion. Que la même main deux fois l’écrive... fusion. il est déjà différent. fusion. Le timbre diffère. fusion. Et le souffle. fusion. Et le geste. fusion. Et la forme. fusion. Et la trace. fusion. En bout de ligne c’est l’agitation d’une vie sans prétexte. fusion. En bas de page, l’étincellement des eaux et des écumes. fusion. Le volume rempli est parcouru de vibrations, de cris, de plaintes, de rires et de murmures. fusion. Des milliers de volumes, fusion des millions de fois, fusion couvrent le monde, fusion en crèvent les bords, fusion  remplissent la totalité du ciel des regards. fusion et donnent la forme définitive de notre ouïe. fusion. Il ne désigne pas ce que nous voyons. fusion. Ne désigne pas ce que nous entendons. fusion. Il est ce que nous voyons et entendons. fusion.
    Avant de disperser les peuples en dispersant les langues, les dieux inquiets qui cherchent à se passer de nous ont dispersé chaque homme en dispersant les mots.
     
    Un seul mot et c’est suffisant.
     
    Les citations de Bruno Schulz sont tirées de « Le sanatorium au croque-mort », Denoël ed.1974 dans la traduction de Thérèse Douchy
     

     

  • Lire encore

    Raphaël Monticelli - 29 mars 2010
    Clefs : Monticelli R.

    Je n’ai pas dit que le roman de Grégoire Polet, Leurs vies éclatantes, est paru chez Gallimard. Voilà qui est fait.

    J’ai parlé de livres lentement lus... Parmi ceux-là, Le livre de l’intranquillité, de Pessoa, ou Le Talmud... Deux promesses que je m’étais faites il y a longtemps. Ça doit se lire lentement. Laisser sédimenter. Et ruminer.

    Quand j’ai ouvert -enfin- Pessoa, me sont revenues les longues discussions que nous avions avec Manuel Casimiro de Olveira... C’était les années 70... Comment ? Me disait-il, tu ne connais pas Pessoa ? Et de me dire son importance, son originalité, son usage des hétéronymes, la force du portugais sous sa plume... Et de temps en temps, m’en faisait lecture. Pessoa, me disais-je. Le bien nommé, disait-il. Pessoa, il faut que je m’y mette. Que j’y entre. Que je le fréquente un peu. Et m’y voici. Entre éblouissement et agacement. Et la si belle traduction de Françoise Laye...

    Je dis "belle traduction", mais qu’en sais-je ? Je sais que le français en est limpide. Nullement encombré de ces formulations parfois étranges ou de ces sortes d’incohérences auxquelles on se heurte parfois dans les textes traduits. La mention "d’intranquillité", à elle seule, mérite respect et admiration. Je crois bien qu’elle a été inventée pour cette traduction, justement... Et on la retrouve régulièrement depuis dans l’art et la littérature. J’ai trouvé le mot chez Polet, deux ou trois fois, et chez Garouste, par exemple.

    Et la traduction est telle qu’elle donne envie de lire le texte en portugais. Manuel me lisait en portugais d’abord avant de risquer une approximation française. j’avais du mal avec son portugais. Prononce à la Brésilienne, lui disais-je. Plus lente, mieux articulée, je m’y retrouvais mieux, pouvais en saisir des mots. Manuel s’y pliait. Mais il a écrit et pensé en portugais, nuançait-il. Il disait "Pshoa", en portugais et "Pesssoa" en brésilien.

    Je me suis essayé à la lecture de Saramago , dans l’édition bilingue de ses poèmes proposée par Brémond. Ça se laisse faire. Voilà un projet de lecture à inscrire : Le livre de l’intranquillité en portugais.

    Je ne lirai jamais, hélas !, le Talmud dans le texte. Ce n’est pas faute d’en avoir rêvé étant jeune. Je serais semblable aujourd’hui à ce condamné à mort qui, pour ultime volonté, avait demandé : à "apprendre le chinois"... 

    Je me borne donc à reprendre les langues possibles : latin, grec, ancien français, anglais, espagnol, un petit rêve d’allemand. L’italien, bien sûr, mais je suis là en terre maternelle. Bien que, je l’ai souvent dit, je me sache, ou me sente, mauvais fils.

     

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