BRIBES EN LIGNE
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      dans le rare moment de bonheur, et si au premier jour il v.- les amicales aventures du       tourneso       sur le pour marcel dans le train premier on dit qu’agathe toulon, samedi 9 le "patriote", karles se dort cum hume il y a longtemps, si j’avais de son dans l’effilé de pour m.b. quand je me heurte       allong&e pour michèle troisième essai       en un pour nicolas lavarenne ma       sur le nice, le 30 juin 2000 attention beau on croit souvent que le but station 7 : as-tu vu judas se rafale n° 4 on le « voici tout mon petit univers en cet article est paru dans le le tissu d’acier      & deuxième approche de chaque jour est un appel, une       les       montagne     les fleurs du les photos et archives     à  on peut passer une vie pour le prochain basilic, (la       dans ce iloec endreit remeint li os       fleurett « pouvez-vous il n’était qu’un antoine simon 31 le 23 février 1988, il lancinant ô lancinant antoine simon 27 se reprendre. creuser son petites proses sur terre       journ&ea pour jean marie       six sur l’erbe verte si est nu(e), comme son nom elle ose à peine couleur qui ne masque pas rossignolet tu la       bonheu       la essai de nécrologie, ma voix n’est plus que ils sortent tant pis pour eux. madame est une torche. elle rafale n° 9 un   l’oeuvre vit son a la femme au la terre a souvent tremblé       ç la vie est ce bruissement au matin du guetter cette chose  tu vois im font chier très malheureux... bruno mendonça in the country la tentation du survol, à dans les hautes herbes     dans la rue la   marché ou souk ou madame 1 madame est la       dans le    il un tunnel sans fin et, à pour mes enfants laure et de la madame des forêts de nos voix bribes en ligne a       retourn&   pour adèle et madame est une rimbaud a donc  la toile couvre les abu zayd me déplait. pas bientôt, aucune amarre ...et poème pour rafale huit c’est encore à etait-ce le souvenir       grimpant juste un mot pour annoncer rêves de josué,       l’ ajout de fichiers sons dans       sur les intendo carthage, fille de et c’était dans et   riche de mes antoine simon 23      & de mes deux mains ils avaient si longtemps, si autre petite voix toutes sortes de papiers, sur ki mult est las, il se dort la littérature de j’ai en réserve       une d’un côté       au il faut laisser venir madame dessiner les choses banales   si vous souhaitez dernier vers aoi       la   on n’est outre la poursuite de la mise dernier vers aoi       dans ] heureux l’homme dans le pain brisé son today i eat my       sur le  “ce travail qui       quand martin miguel art et je reviens sur des le texte qui suit est, bien     " d’ eurydice ou bien de pour anne slacik ecrire est cette machine entre mes avez-vous vu toujours les lettres : charogne sur le seuil ce qui poussées par les vagues a toi le don des cris qui assise par accroc au bord de soudain un blanc fauche le vertige. une distance pour mireille et philippe  marcel migozzi vient de j’ai donc références : xavier       & l’erbe del camp, ki s’ouvre la       le sept (forces cachées qui patrick joquel vient de la liberté s’imprime à preambule – ut pictura mes pensées restent « et bien,   adagio   je neuf j’implore en vain il semble possible autre citation du bibelot au babil encore   six formes de la de pa(i)smeisuns en est venuz       chaque en introduction à « 8° de       fourmi&n et nous n’avons rien gardien de phare à vie, au pour madame déchirée À perte de vue, la houle des le 26 août 1887, depuis   ces notes se placer sous le signe de voudrais je vous pour jacky coville guetteurs quand c’est le vent qui autre essai d’un comme ce mur blanc carissimo ulisse, torna a       je les enseignants : il existe au moins deux sous la pression des macles et roulis photo la brume. nuages sur la toile de renoir, les deux mille ans nous       je suis ne faut-il pas vivre comme bal kanique c’est (ma gorge est une       fleur comme c’est livre grand format en trois       la …presque vingt ans plus pour angelo madame est la reine des       vu les commençons donc par  ce mois ci : sub       su lou je me souviens de  je ne voulais pas       magnolia o tendresses ô mes une image surgit et derrière une image surgit traverse le       dans percey priest lake sur les f les marques de la mort sur je n’aime pas ce monde. il n’est pire enfer que (la numérotation des       bien bien sûr la la parol

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Carnets intermittents

Des chroniques... à l’occasion...


  • Giovanna Galli

    Raphaël Monticelli - 12 décembre 2009
    Clefs : Galli
    J’ai en réserve toute une floppée d’artistes dont le travail me fascine... Céramistes, verriers, mosaïstes, on les classe dans "les arts appliqués"... ce sont des "techniciens". On ne dirait pas "art", les concernant... En France, c’est le ministère de l’artisanat ou du commerce qui les suit, et non celui de la culture... Si on dit "arts", on ajoute "mineurs". 
    Il arrive même bien souvent que ces artistes refusent de se reconnaître comme des "maîtres" dans les techniques qu’ils emploient... Et, derrière leur déni, il y a une sorte de sourde souffrance de ne pas être considérés comme "artistes". Artistes, d’abord.
    Je pensais à cela en regardant les oeuvres de Giovanna Galli. Mosaïste. Giovanna Galli a mis son savoir-faire, son art, au service d’autres artistes. Elle a exécuté par exemple des cartons de Licata ou Lanskoy. Elle a aussi développé une recherche qui lui est propre, et ce qu’elle réalise dans ce cadre me donne, comme oeuvre, à penser et rêver.
    Dans je ne sais plus quelle série de conférences, Jean Paul Sartre définissait l’intellectuel comme le critique du savoir technique... J’espère que ma mémoire ne me trahit pas jusqu’au bout... J’appliquerai bien cela à l’artiste aussi. J’ai toujours appliqué ça à l’artiste aussi. L’artiste : celui qui ne se borne pas à appliquer un savoir technique. Celui qui s’interroge sur les conditions de possibilité, de développement et de mise en oeuvre de ce savoir. Celui qui fait objet, "oeuvre", de cette interrogation, de cette mise en question.
    Je n’avais eu aucune difficulté à appliquer cette définition à mes amis des groupes d’avant-garde des années 60-70. Il y avait là une radicalité du questionnement qui allait jusqu’à la mise en cause de l’Art. Ce qui était mis en cause, c’était la capacité même des techniques et des savoirs traditionnels à formuler une esthétique à la hauteur des enjeux de notre époque. 
    Certains d’entre eux sont rentrés dans le rang. Ils ont utilisé les techniques et les savoirs qu’ils avaient rejetés, les saupoudrant de leur radicalité perdue, et sont devenus, pour quelques uns d’entre eux, les peintres pompiers de notre époque.
    D’autres ont développé des techniques spécifiques aux objets des mises en question. Le questionnement sur les techniques héritées de l’histoire les ont conduits à mettre en place des techniques nouvelles, employant ou non des matériaux et des procédures inédites, ou réutilisant, dans les pratiques de l’art, des matériaux et des procédures importées d’autres pratiques humaines, contemporaines ou non.
    Avec le temps, je me suis intéressé à la façon dont se perpétuaient et se transformaient les techniques les plus anciennes : que devient le travail de la terre dans le monde contemporain, comment s’interroge-t-on sur la poterie et la céramique ? Quelle actualité donne-t-on à l’antique maîtrise du verre ? Et la tapisserie ? Et la, bien plus jeune, calligraphie ? 
    Il en va de ce que l’on appelle "les arts appliqués", comme des "arts plastiques", pour conserver la distinction institutionnelle que fait ce pays : dans un champ comme dans l’autre, il y a des "applicateurs" de recettes et de procédés, et des chercheurs qui s’interrogent. 
    Giovanna Galli est, à l’évidence, l’héritière de la tradition de la mosaïque. Elle est une experte dans les techniques, les savoir-faire, le savoirs, de ce patrimoine. En même temps, elle s’interroge, et nous interroge, sur l’histoire de cette activité, sur sa place dans l’histoire et dans le fonctionnement des sociétés qui l’ont vue se développer, sur son rôle dans la structuration des espaces collectifs et individuels, sur sa capacité à produire des objets de nos espaces intimes. Elle interroge les matières : minéraux, verres, ciments ; les gestes et les outils, taille, collage, mise en place ; les formats et les formes, la production des formes, la question du volume, la relation à la formation du regard et de la parole... 
    Elle est technicienne. Pleinement. Et pleinement artiste. Je regardais... Au trouble qui naissait en moi de ne pas reconnaître mon expérience banale de la mosaïque, s’ajoutait cette émotion particulière qui naissait du fait que, voyant le travail des tesselles, me revenaient en mémoire, par centaines, ou milliers, des millénaires de travail...
  • Dans l’atelier de Gérald Thupinier

    Raphaël Monticelli - 10 décembre 2009
    Clefs : Thupinier
    C’était une fête... C’est toujours une fête quand un artiste me reçoit dans son atelier. Et ça faisait dix ans que je n’avais plus mis le pied dans celui de Thupinier.
    L’atelier de Thupinier, c’est un ancien hangar, dans une ruelle parallèle aux quais du port de Nice. À deux pas de celui d’Edmond Vernassa. Dans l’atelier, un vaste espace de travail et de stockage, quelques toiles récentes visibles sur les murs, d’autres, rangées, ne sont visibles que côté chassis. Dans presque toute la médiane de l’atelier, quatre grands meubles d’architecte, pleins de petits formats, et couverts de livres. Sol maculé, encombré de pots, de tasseaux, de cales. En entrant, à gauche, on a aménagé un espace à vivre avec salon de discussion et chambre à l’étage.
    Les premiers mots qui me sont venus à l’esprit, en entrant là dedans, furent : "la déroute du blanc"... Et me sont revenus, comme par opposition, en mémoire, les flaques noires que j’ai vues, il y a plus de trente ans, lors de ma première visite chez Thupinier, alors que son atelier se trouvait dans la vieille ville, à la rue Saint Vincent, derrière la cathédrale Sainte Réparate... Rétrospectivement, en entrant dans l’atelier du Port, je me remémore la déroute du noir.
    De Thupinier, je connais peu de choses. Juste assez pour me faire une fête de lui rendre visite. Je sais qu’il est peintre. Ni plasticien, ni installateur, ni vidéaste. Peintre. Sur des surface orthogonales, il pose des formes colorées. Peintre. Mais depuis 30 ans ses formes m’échappent et ses couleurs me fuient.
    "Thupinier traite de l’identité"... Voilà ce que j’entendais lorsqu’il travaillait ces séries de visages d’un blanc sale, aux traits fondus, fantomatiques... Eh oui... Mais de quel artiste ne pourrait-on dire qu’il traite de l’identité ?
    En entrant dans l’atelier du port, sur le mur de droite, 5 ou 6 grands tableaux d’un blanc sale, aux formes plus ou moins affirmées, fantomatiques, me prennent. Et ce ne sont pas des visages... J’ai cru d’abord des sexes, testicules et verge au repos. À y regarder de plus près je m’aperçois que ce sont des feuilles... et je me dis "de vigne", naturellement... Je reste là. "Non, pas de vigne, de figuier", me précisera-t-il... Bon... De la vigne au figuier, toutes sortes caractéristiques sont sauvegardées : la connotation sexuelle, l’espace méditerranéen, les référence à l’antiquité et à la peinture de la renaissance. Le dessin est plus ou moins net, mine de plomb ou fusain ; la peinture produit plus ou moins de traces ; l’espace du tableau diversement composé ; le blanc est plus ou moins sale... ou au moins, noirci. Je reste là. La feuille est toujours la feuille, comme issue d’un même gabarit... Je marche le long du mur où sont accrochés les tableaux. Et c’est la même sensation que celle que j’avais ressentie devant ceux qu’il avait exposés au musée de Nice. Une présence. Quelque chose qui s’en va fouiller en vous l’inquiétude sourde de la disparition en acte. La mise au regard, troublante, de l’évanescence. Et l’impression, à nouveau, de flotter devant les oeuvres. 
    Cette dernière impression, du moins, je ne l’ai pas ressentie tout de suite, mais plus tard, quand Thupinier a ouvert les grands tiroirs de son meuble d’architecte. Série après série, tout un ensemble de petits formats, sur des supports de récupération, chutes de marie-louise, reproductions de tableaux classiques, sur lesquels des couleurs se disposent presque toujours en cercle. Parfois la salissure (mais pourquoi dire salissure), la marque d’une fumée de bougie.
    L’impression de flotter, j’en ai déjà parlé à propos des travaux de Thupinier et de Charvolen. Je l’ai comprise, la première fois, lors d’une exposition de Rotkho au musée d’art moderne de la ville de Paris. Je sais que ce n’est pas le format qui la provoque, mais le fait que l’oeuvre que je regarde devient mon espace référent et efface l’espace physique dans lequel je pose mes pieds. Je sais aussi qu’elle a quelque chose à voir avec la sensation qu’éprouve parfois le rêveur.
     

     

  • Les Bienveillantes

    Raphaël Monticelli - 22 novembre 2009
    Clefs : roman , Littel
    J’ai longtemps hésité avant d’ouvrir Les Bienveillantes de Jonathan Littel. Gros sujet, gros livre, gros battage médiatique, gros prix... Ça ne m’engageait guère. Vieux réflexe : je me méfie de ce dont on parle beaucoup et qui parle beaucoup...
    L’occasion m’a fait tomber sur le livre. Je l’ai ouvert. Je n’ai plus quitté la lecture, jusqu’au bout.
    Voici pourquoi j’enrage : je n’ai pas la capacité critique suffisante pour dire de façon nuancée et intelligente tout ce qui dans ce livre m’a pris, ému, bouleversé, donné à penser, à reprendre mes points de vue, à les remouliner, à les transformer. Ni pour dire tout ce qui m’y a gêné, ce qui m’a semblé faire obstacle à ce grand -ce très grand- projet d’écriture. 
    Quelques pistes, malgré tout.
    Quand j’ai entendu parler des Bienveillantes, je n’ai pas compris comment il pouvait être possible de faire d’un tortionnaire nazi le narrateur d’un roman de l’horreur. Une description crue des camps de concentration, entendais-je dire. Le point de vue des assassins, répétait-on. Les pensées intimes d’un nazi, disait-on encore...
    Oui. Comment ?
    J’ai vu.
    Ce que j’en retiens ? Jonathan Littel a remis le nazisme à sa place : ni folie, ni aberration, mais une entreprise humaine, très humaine. Hélas. Un mécanisme idéologique, social, politique, psychologique qui a fait de ce qui nous apparaît comme l’horreur absolue un possible de l’humanité. Un toujours possible pour peu que les mêmes conditions soient réunies.
    Son narrateur, du reste, qui ne semble éprouver ni regrets, ni remords, vit parmi nous, dans la France d’aujourd’hui, chef d’entreprise. Efficace, apparemment. Et cultivé. Pas une brute insensée. S’il lui est arrivé, durant la guerre, de perdre la raison, ça n’a jamais été dans son activité de nazi, mais dans ses relations familiales et amicales. 
    Et si l’ancien officier nazi exprime des réserves, ce n’est pas que la solution finale ait été appliquée, mais qu’elle l’ait été parfois sans discernement, sans assez de rigueur, en contradiction avec les principes et les objectifs du national-socialisme. Et s’il regrette la brutalité, ce n’est pas parce qu’elle lui paraît en soi condamnable, mais parce qu’elle est inutile dans la mise en oeuvre d’un programme politique clairement annoncé et exposé, et consciemment, lucidement choisi.
    Fondé sur un constat et une analyse, le programme propose des solutions radicales. Elles ne sont pas plaisantes, mais il faut les appliquer, et il faut le faire du mieux possible...
    Raisonnable, rationnel, sans passion... humain, donc, et, du coup, encore plus horrible et effrayant : ce tortionnaire, nous ne pouvons pas le renvoyer en enfer ; il est parmi nous, il est l’un de nous, ça pourrait être nous. 
    C’est peut-être nous : un constat, une analyse, une critérisation, des solutions, une application, des indicateurs de réussite, une évaluation, des ajustements, des régulations. On met des milliers, des centaines de milliers de personnes à la rue. On fait exploser des familles, des vies, on rejette, on exclut... C’est triste, c’est très triste. Mais comment faire autrement ? Faisons-cela du mieux possible, puisqu’il faut le faire, et évitons les pleurnicheries inutiles et inefficaces, et qui ne font que retarder la nécessaire solution du problème...
     
    Comment Littel a-t-il réussi à rendre ce personnage non seulement crédible, mais audible, lisible ? Quelle somme de travail de recherche, de documentation, de réflexion, d’écriture a-t-il dû consentir pour en arriver à ces 900 pages proprement hallucinantes ? Le fait est là : les bienveillantes fonctionne.
    J’ai lu bien des critiques qui lui reprochaient d’avoir mis dans son narrateur tous les éléments d’une sorte de séduction de la perversité, et dans sa narration, tous les ingrédients de ce qui marchedisons, dans une esthétique de série télévisée... Les scènes d’horreur, de discussion, de sexe, l’ambivalence sexuelle, la dose d’amitié, de convivialité, de doute et de déraison... Il y a tout cela dans le livre de Littel. Je ne sais pas si ça doit toujours être mis à son passif : c’est avec tout cela qu’il a campé un personnage, dessiné une époque, com-pris (rendu intelligible) des fonctionnements, et qu’il nous y introduit avec assurance. Il y a aussi des passages faibles ou lents, ou longs, un rythme parfois inégal... Mais l’ensemble, quelle oeuvre !
     
     
     
     
  • Jacques Clauzel

    Raphaël Monticelli - 21 novembre 2009
    Clefs : Monticelli R.
    Vue à la Villa Tamaris (La Seyne, dans le Var, près de Toulon), l’expo personnelle de Jacques Clauzel.
    De Clauzel, je connaissais peu de choses : les livres, les photos, quelques gravures, quelques petites pièces. Ce qui m’avait intéressé, c’était l’attention aux limites... Par "limites", j’entends le principe d’économie : il y a avait peu à voir dans le travail de Clauzel.
    Des photos, je retiens celles sur lesquelles il m’avait demandé d’écrire. L’ombre portée d’une palissade, et une série de photos de graviers. Rien de spectaculaire là dedans. Pas de recherche d’effets, pas de montage, pas d’ajout. L’ombre portée d’une palissade, c’est l’ombre portée d’une palissade, point. Les graviers, ce sont les petits galets du Vidourle sur fond noir.
    Un dépouillement. Et j’aime le dépouillement en art.
    Il m’avait demandé d’écrire sur ces photos.
    La palissade m’a très vite renvoyé à un texte de Leopardi : l’infinito. Ça faisait plus de 40 ans que j’essayais de traduire -à ma façon- l’infinito. À ma façon, c’est-à-dire en restant au plus près de ce que le texte éveille lors de sa lecture aujourd’hui et ici. L’infinito d’un romantique italien lu, perçu, ruminé, avalé par un français du XXe-XXIe siècle. L’infinito, l’un des textes qui m’a accompagné le plus longtemps et le plus souvent. 
    Li’infinito, ce sont 14 vers. Le poète est devant une haie qui lui cache l’horizon. En quatorze vers, il imagine ce qu’il y a derrière la haie.
    Voici ce texte :
     
    Sempre caro mi fu quest’ermo colle,
    E questa siepe, che da tanta parte
    De l’ultimo orizzonte il guardo esclude.
    Ma sedendo e mirando, interminato
    Spazio di là da quella, e sovrumani
    Silenzi, e profondissima quiete
    Io nel pensier mi fingo, ove per poco
    Il cor non si spaura. E come il vento
    Odo stormir tra queste piante, io quello
    Infinito silenzio a questa voce
    Vo comparando : e mi sovvien l’eterno,
    E le morte stagioni, e la presente
    E viva, e ’l suon di lei. Così tra questa
    Infinità s’annega il pensier mio :
    E ’l naufragar m’è dolce in questo mare.
     
    Derrière la haie qui occulte l’horizon, Leopardi imagine un espace sans limite, des silences plus qu’humains, une très profonde tranquillité. Et ce qu’il imagine le remplit presque de peur. Entendant le vent dans le feuillage, il compare le silence infini à cette voix. Lui reviennent en mémoire l’éternité, et les saisons mortes et la saison présente et vivante, et la voix d’elle. Et sa pensée se noie dans cet infini. Et il lui est doux d’être naufragé dans une telle mer...
     
    Cela, non pour traduire, mais pour donner une idée du texte qui m’est revenu à l’esprit en voyant la photo de Clauzel. 
     
    Dans le texte qui a accompagné cette photo, j’ai essayé de rendre sinon l’infini, au moins une multiplicité de lectures. Je me suis arrangé pour qu’on puisse lire aussi bien en ligne qu’en colonne, horizontalement, verticalement, en diagonale, en partant de n’importe quel point du texte et en suivant tous les cheminements. Naturellement, les mille milliards de poèmes de Raymond Queneau n’était pas loin...
     
    Les photos de graviers étaient toutes ponctuées par une reprise graphique. 7 photos, 7 dessins, 14 textes. Les dessins présentant les lignes de force des photos, chaque texte portant sur une photo était repris par des lignes de force textuelle. 


  • Intermittence, donc ?

    Raphaël Monticelli - 9 novembre 2009
    Clefs : Monticelli R.
    Je suis bien dans l’intermittence... Question de tempérament, peut-être ? Ou d’incapacité... de trop grande propension au rêve... ou à la rêverie... ou à la flânerie... 
    Quelques livres en cours de lecture (et quels !). C’est Le livre de l’intranquillité, de Pessoa, magnifiquement traduit. J’en lis une page, j’en rêve dix. Me dis qu’il faudrait écrire les pages rêvées... Et puis non...
    C’est L’espace littéraire, repris pour la ennième fois... C’est Poe. C’est le Talmud... Je prends ici, je prends là... Intermittent... Inter-mité !
    Coté musique, c’est la carte blanche donnée que le conservatoire de Nice a donnée à Fourchotte... Court moment pour le parcours d’une vie.
    Du côté des peintres, la grande affaire des dernières semaines, c’est la vente École de Nice. Pas grand chose à dire sur la vente elle-même. Mais les textes ! Je me suis promis, une fois de plus, d’écrire enfin que c’est insupportable, ces approximations historiques, ces contre-vérités... Bon sang ! Il suffit de relever des noms, des événements et des dates, de mettre ça sur trois colonnes et de regarder ! Pas sorcier, ça. Mais apparemment très au-dessus des capacités moyennes.
    Bon... disons, deux pistes pour les pages de ces carnets : Pessoa et l’École de Nice... Promis... intermittence ou pas.
     
     
     
     

     

  • Bernard Dejonghe, verrier et céramiste...

    Raphaël Monticelli - 3 octobre 2009
    Bernard Dejonghe... Depuis que j’avais vu l’exposition de ses travaux au Musée d’art contemporain de Nice (... en 1994), je souhaitais le rencontrer ; parler de son travail. Le voir au travail. Voir d’autres oeuvres.
    Depuis, ici ou là, j’ai vu. Avec, chaque fois, la même curiosité.
    Et dernièrement, début octobre, l’exposition dans la tour des templiers de Hyères. Couplée avec des photos de François Goalec, en ville, sur les grilles du futur musée.
    Deux salles pour Dejonghe, dans la tour. Un rez de chaussée empli de blocs de verre, dimensions analogues, formes diverses, toutes inscrites dans un cube grossier. Un étage, avec une colonne en verre, et quelques céramiques.
    Je passe sur la scénographie. Simple et efficace, mais ça n’est pas mon propos.
    Mon propos, c’est le travail du verre.
    C’est ce mélange de haute technologie et de préoccupations antiques ; cette tension entre le cube dans lequel la forme devrait s’inscrire et les ruptures que Dejonghe impose au matériau ; cette conversation entre la limpidité du verre, sa "pureté", et le burinage qui vient le troubler sur telle de ses faces. On dit "rigueur".
    Lorsque le travail met en oeuvre des savoir-faire aussi complexes et sophistiqués, lorsqu’il s’inscrit dans une tradition millénaire, lorsque l’artiste l’accompagne par une réflexion constante qui va de l’archéologie aux technologies de pointe, je m’attends toujours au pire. Il y a tant à dire, il y a tant à montrer, on est parcouru par tant de forces... comment ne pas charger chaque objet que l’on fait ? Comment ne pas y ajouter tout ce que l’on sait faire, et tout ce que l’on a appris ? Comment ne pas en rajouter ? Surcharger ?
    J’ai dit "rigueur". J’aurais pu dire aussi "simplicité", "dépouillement", "économie". Bernard Dejonghe se tait.
    C’est ce silence-là qui me fait rester longtemps face aux objets qu’il propose ; qui fait qu’il me reviennent en mémoire. Bloc et trouble mêlés. Moins pour les interroger, que pour laisser les interrogations qu’ils contiennent ou supposent, s’imposer à moi.
    Ces blocs de verre ne me quittent pas. Leur transparence perturbée perturbe mon regard à chaque instant. Je parle non de ce que je vois, mais de ce regard que je porte en dedans de moi, ou qui me porte, je ne sais trop. Entre les objets que je regarde et mes yeux viennent s’interposer les travaux de Dejonghe, comme des loupes sans grossissement, comme des filtres sans effet, ou du moins.. . des blocs qui, selon le point de vue que j’adopte peuvent affirmer une présence sans altérer la vision que j’ai des choses, ou, tout au contraire, troubler les images que je perçois.
    J’ai demandé à voir l’atelier de Dejonghe. Je me prépare à cette incursion. Je veux voir l’atelier. Je veux voir les fours. Je veux parcourir les chemins qui y conduisent. Je veux mesurer et avaler l’espace où ils sont implantés, sentir peser le ciel qui les couvre, dessiner l’horizon dans lequel ils s’inscrivent. Et je voudrais voir Bernard Dejonghe au travail. Je voudrais voir ses projets, ses essais ; je voudrais voir ses mains au travail, et percevoir le poids du temps.
    J’ai l’impression, ou l’illusion, que je pourrais ainsi un peu moins mal trier ce que provoquent en moi les objets qu’il me montre. 
  • Le choeur des femmes

    Raphaël Monticelli - 1er octobre 2009
    Lu le Choeur des femmes de Martin Winckler. Et je le rumine depuis que je l’ai lu.
    Il me revient ainsi régulièrement en mémoire, et au moment d’ouvrir cette nouvelle rubrique sur Bribes en ligne, c’est le premier objet qui me saute en mémoire : s’il y a une chose importante et urgente dans ce que j’ai lu ces derniers mois, c’est ce livre-là. Et je veux en parler comme ça vient. Ni analyse, ni approche critique. Le souvenir d’un moment.
    En avançant dans la lecture, d’autres textes de Winckler me sont revenus. Et d’abord la série des Sachs. De La Vacation aux Trois médecins, en passant par La Maladie de Sachs.
    Et c’est La Vacation qui s’est d’abord imposée comme la principale référence. Peut-être à cause de la prédominance des images de femmes dans les deux livres.
    Je me souviens qu’à l’époque de ma lecture de La Vacation, l’un des thèmes qui m’avait frappé, était la fraternité. C’est le seul mot que j’avais trouvé à l’époque pour dire le type de relations que le personnage de Sachs entretenait avec les femmes... En même temps, pendant que j’écris, je revois cette image (l’une des dernière ?) du cartable ou du porte-document de Sachs, ouvert, et du tapuscrit qui en émergeait... J’invente ? Dans mon souvenir s’impose la dialectique de l’enfantement : celui des femmes, celui de l’écrivain(e). Et le personnage de Sachs. Et son rapport aux femmes pour qui il fait des vacations. Un roman du corps des femmes, un roman du droit à l’avortement. Et un roman de sa souffrance. Peut-être m’étais-je dit "fraternité", parce que le problème était comme "démédicalisé". Qu’il n’était pas question d’avortement, mais bien du corps souffrant des femmes...
    Du corps... au Choeur... Sans doute aussi. Dans le Choeur des femmes, le personnage principal est une femme. Elle est aussi la narratrice. Et nous suivons, à travers son journal, le stage que cette jeune interne fait durant une semaine. Une trajectoire. Et des renversements. Le renversement qui s’opère en une semaine : venue mal volontiers dans le service de "Médecine de la femme", alors qu’elle souhaitait devenir chirurgien, le narrateur, peu à peu, s’intéresse puis se passionne pour la façon dont le docteur Franz Karma envisage la médecine et approche ses patientes. Des renversements courts, comme celui qui cueille le lecteur dès le premier chapitre : il lit le nom du narrateur, Jean, se représente un homme, et comprend bientôt que Jean est une forme anglo-saxone à prononcer Djinn... Un nom de femme. 
    Des renversements très longs qui prennent toute une vie : celle de Jean, justement, qui doit assumer la forme particulière de sa propre féminité ; celle du docteur Karma, qui attend que revienne à lui son premier patient...
    Les bouleversements sont conduits à la manière de Winckler, avec un son habituel talent de conteur qui articule formes populaires et formes savantes ; technique des fictions TV, roman et... opérette... Pour la circonstance, Martin Winckler a même glissé dans son roman quelques formes poétiques : du bel octosyllabe... à fredonner... assurément.
    J’ai lu, ici ou là, que la fin est mélodramatique, qu’elle est faible, qu’on aime le roman malgré elle... Toute une série de renversements et de rebondissements la rendent en effet spectaculaire : entre transexualité et glissements d’identité, coups de théâtre et quiproquos, on se croirait dans un bon mélo qui fait gicler de toutes parts toutes sortes de Dei ex macchina. Dans les Inrockuptibles de fin août, Raphaëlle Leyris affirme que c’est "cohérent avec la forme adoptée"... Je souscris volontiers à ce qu’elle dit...
    J’ajouterai qu’il est vraisemblable qu’en adoptant ce type de fin, Martin Winckler cherche à se donner de la distance, peut-être, du recul, en traitant comme à la légère un problème qui, je n’en doute pas, continue à le travailler. Pas une fin donc.
     

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