BRIBES EN LIGNE
  un dernier vers aoi       en       b&acir d’ eurydice ou bien de     rien   jn 2,1-12 : f le feu est venu,ardeur des mille fardeaux, mille merci au printemps des       parfoi antoine simon 29     pourquoi vous êtes       su       nuage cet article est paru dans le merci à la toile de le texte qui suit est, bien pure forme, belle muette, c’est la chair pourtant temps où le sang se       rampan lentement, josué lu le choeur des femmes de à la bonne (elle entretenait edmond, sa grande       " paroles de chamantu de profondes glaouis c’est parfois un pays voici des œuvres qui, le  la lancinante       le i en voyant la masse aux  le "musée c’est une sorte de il n’est pire enfer que des voix percent, racontent on a cru à       dans travail de tissage, dans coupé en deux quand les avenues de ce pays     &nbs un trait gris sur la il n’y a pas de plus       é       m&eacu la vie est dans la vie. se et nous n’avons rien au matin du tu le saiset je le vois la communication est     double il y a des objets qui ont la       bonhe       & ainsi alfred…  avec « a la l’instant criblé c’est un peu comme si,       le ce va et vient entre       la dans les carnets mesdames, messieurs, veuillez ce 28 février 2002. la terre nous madame chrysalide fileuse À perte de vue, la houle des fragilité humaine. si j’avais de son  l’écriture et c’était dans après la lecture de nous dirons donc « 8° de dimanche 18 avril 2010 nous j’ai travaillé les étourneaux ! a grant dulur tendrai puis  martin miguel vient dans l’innocence des voudrais je vous rm : d’accord sur       voyage etudiant à "le renard connaît il semble possible   né le 7 madame a des odeurs sauvages autres litanies du saint nom temps de bitume en fusion sur  si, du nouveau cet article est paru le 28 novembre, mise en ligne quel étonnant reflets et echosla salle pour max charvolen 1) antoine simon 10 "la musique, c’est le religion de josué il vous deux, c’est joie et le lent tricotage du paysage dernier vers que mort clere est la noit e la     le dernier vers aoi ensevelie de silence,       la carmelo arden quin est une autre citation il y a dans ce pays des voies         &n est-ce parce que, petit, on    courant       qui pour frédéric       le soudain un blanc fauche le quel ennui, mortel pour l’impossible     pluie du attendre. mot terrible. dernier vers aoi   pour adèle et pour     un mois sans quand vous serez tout les grands on cheval       montag deuxième essai       un         or on peut croire que martine dans l’effilé de le bulletin de "bribes       enfant premier vers aoi dernier   tout est toujours en  tous ces chardonnerets m1       guetter cette chose       pav&ea diaphane est le mot (ou chairs à vif paumes       la sors de mon territoire. fais je me souviens de exode, 16, 1-5 toute avant dernier vers aoi a supposer quece monde tienne c’est pour moi le premier pour nicolas lavarenne ma dans le pays dont je vous ecrire les couleurs du monde saluer d’abord les plus       &agrav la rencontre d’une madame, vous débusquez quand les eaux et les terres ici, les choses les plus là, c’est le sable et cette machine entre mes À max charvolen et pour mes enfants laure et dernier vers aoi une autre approche de pour marcel passet li jurz, si turnet a 5) triptyque marocain démodocos... Ça a bien un percey priest lakesur les dernier vers aoi vue à la villa tamaris je reviens sur des dans le train premier f le feu s’est       soleil la route de la soie, à pied, giovanni rubino dit pour jean-louis cantin 1.- tout à fleur d’eaula danse       pass&e       embarq       entre à sylvie equitable un besoin sonnerait  tu vois im font chier       vaches   anatomie du m et les premières dernier vers aoi tout en vérifiant fontelucco, 6 juillet 2000 ils s’étaient   1) cette derniers douce est la terre aux yeux station 3 encore il parle       dans       fourr&       en antoine simon 28 il y a tant de saints sur madame aux rumeurs   voici donc la et encore  dits  “s’ouvre la musique est le parfum de   dits de et  riche de mes       fleur "et bien, voilà..." dit d’abord l’échange des     hélas, (la numérotation des rêves de josué, pour ma  dans toutes les rues marché ou souk ou  on peut passer une vie d’un bout à       grimpa 1257 cleimet sa culpe, si « h&eacu les dieux s’effacent vous avez je t’enfourche ma ouverture de l’espace traquer les installations souvent, bruno mendonça       deux granz fut li colps, li dux en    il     "  la toile couvre les sous l’occupation abstraction voir figuration       au f qu’il vienne, le feu à bernadette un tunnel sans fin et, à  jésus (en regardant un dessin de granz est li calz, si se essai de nécrologie, ce qu’un paysage peut journée de pas de pluie pour venir siglent a fort e nagent e comme ce mur blanc la bouche pure souffrance       la a toi le don des cris qui prenez vos casseroles et       dans       une le tissu d’acier       aux chaque jour est un appel, une   nous sommes quand sur vos visages les     dans la ruela madame est une torche. elle ce qui aide à pénétrer le il souffle sur les collines en cet anniversaire, ce qui il aurait voulu être   saint paul trois je n’ai pas dit que le       pourqu un titre : il infuse sa des voiles de longs cheveux  il y a le j’ai relu daniel biga, ce jour-là il lui gardien de phare à vie, au l’ami michel   la prédication faite difficile alliage de dernier vers aoi   adagio   je c’est la peur qui fait sur l’erbe verte si est bernadette griot vient de de soie les draps, de soie  les premières sous la pression des ne pas négocier ne arbre épanoui au ciel les dessins de martine orsoni troisième essai et  de même que les sixième       la deux ce travail vous est les lettres ou les chiffres la cité de la musique ils avaient si longtemps, si je sais, un monde se       cette antoine simon 3       l̵ l’art n’existe antoine simon 7       l̵ jusqu’à il y a dorothée vint au monde tous feux éteints. des  epître aux       il nos voix f j’ai voulu me pencher     oued coulant       s̵   ciel !!!! karles se dort cum hume le travail de bernard bien sûr, il y eut       dans la fraîcheur et la     vers le soir dernier vers aoi a la fin il ne resta que samuelchapitre 16, versets 1    regardant preambule – ut pictura mon travail est une janvier 2002 .traverse ne faut-il pas vivre comme souvent je ne sais rien de madame est une antoine simon 30       fourmi dernier vers aoi antoine simon 11 rêve, cauchemar, immense est le théâtre et  dernier salut au c’est extrêmement vous dites : "un petit matin frais. je te décembre 2001. au commencement était la gaucherie à vivre, pour andré dernier vers aoi       nuage douze (se fait terre se       object dessiner les choses banales il faut laisser venir madame j’oublie souvent et       bruyan antoine simon 16 l’heure de la halt sunt li pui e mult halt et combien    seule au pour alain borer le 26 l’impression la plus une il faut dire les antoine simon 19 et voici maintenant quelques bal kanique c’est  l’exposition      tout autour       "   ces notes nous lirons deux extraits de il ne s’agit pas de  monde rassemblé le passé n’est       force je dors d’un sommeil de j’ai donné, au mois l’une des dernières je meurs de soif histoire de signes . mon cher pétrarque, « e ! malvais les plus vieilles             j̵       cerisi nu(e), comme son nom À la loupe, il observa la parol

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MICHEL BUTOR

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L’itinéraire double - a
© Michel Butor

a) Première journée

Ecrivain(s) : Butor (site)

« Voici l’itinéraire :
1° D’Entotto à la rivière Akaki, plateau cultivé, 25 kilomètres ; »



En avril 2000 nous sommes allés rendre visite à ma plu jeune belle-soeur, Bernadette, qui avait épousé un Ethiopie très engagé dans la vie politique de son pays, et qui fut arrêté, puis liquidé lors d’une des purges du régime antérieur à celui-ci. Certaine de sa mort seulement huit ans après celle-ci, elle décida de vivre en Éthiopie pour aider sa belle-famille en difficulté. Elle est actuellement professeur au lycée franco-éthiopien d’Addis-Abeba. Nous n’étions jamais allés la voir. Henri Pousseur dont la dernière fille venait d’adopter une petite éthiopienne grâce à ma belle-soeur, nous accompagnés pour découvrir le pays non seulement de sa petite-fille, mais aussi celui dans lequel avait vécu Arthur Rimbaud à qui il avait consacré une oeuvre importante « Leçons d’enfer », lors du centenaire de la mort du poète en 1991.

Le mercredi 26 avril 2000 nous avons quitté le faubourg de Bolé au sud d’Addis-Abeba, dans la direction de l’aéroport, à bord d’une land-cruiser Toyota fort usagée, mais dont les pneus venaient d’être hangés. Nous avions pris la précaution d’abord de retenir un billet d’avion pour Dire-dawa, station du chemin de fer la plus proche de Harrar, avec la possibilité d’utiliser un taxi pour monter jusqu’à la ville. Il y avait une pause dans la guerre avec l’Érythrée, mais des incidents sur toutes les frontières ; et surtout une grave famine ravageait l’Ogaden au Sud. La route risquait d’être coupée. Mais un Français de bon conseil nous avait assuré que la région était tranquille et qu’il n’ avait aucun danger. Il était évidemment beaucoup plus intéressant pour nous de nous enfoncer dans le paysage et de suivre à peu de choses près l’itinéraire de Rimbaud.

La land-cruiser avait le pare-brise étoilé de maintes fentes ; les essuie-glaces n’ont pas résisté aux pluies du retour, et les poignées des portes et fenêtres fonctionnaient avec difficulté, mais la voiture marchait bravement. Nous étions six : le chauffeur Achenafi, Bernadette, sa suivante Serkalem (car il est impossible encore aujourd’hui à un Européen de survivre sans une maisonnée indigène ; elle parlait amharique, un peu d’oromo, et assez bon anglais ; elle nous servait donc d’interprète), Marie-Jo, Henri Pousseur et moi.

Henri Pousseur était à côté d’Achenafi, car il disposait d’un caméscope. Au second rang les deux soeurs, chacune à sa fenêtre, Marie-Jo avec son appareil de photo, moi au milieu. Derrière, avec les valises, Serkalem, car elle était la seule à qui sa jeunesse et sa culture permettait de s’asseoir encore à terre, ce qui n’était plus possible pour nous quatre.

Lors de l’itinéraire de Rimbaud, la ville d’Addis-Abeba n’existait pas encore. Désireux de posséder une capitale plus impressionnante et mieux située qu’Ankober, Ménélik avait fait construire à Entotto, à 3200 mètres d’altitude, l’église Sainte-Marie où il s’était fait couronner empereur dès 1882. Il s’y était installé en 1886. Mais sa femme qui souffrait du vent de ces hauteurs, préféra descendre sur le plateau à la hauteur de 2600 mètres. En 1892 Ménélik s’y installa dans son palais. Toutes les lettres éthiopiennes d’Alfred Ilg à Rimbaud sont datées d’Entotto, mais le billet de Ménélik adressé au « négociant » au sujet de ses dettes, le 15 février 1891, est daté d’Addis-Abeba, la « nouvelle fleur » en amharique.

Ménélik a voulu une ville fraîche, ombragée, et l’a entièrement plantée d’eucalyptus. Ceux-ci se sont répandus dans toute la région.

Vols et plumes.



« 2° Village galla des Abitchou, 30 kilomètres. Suite du plateau ; hauteur environ 2500 mètres. On marche avec le mont Hérer au Sud ; »



Ce village est devenu une ville de plus de cent mille habitants que les Oromos appellent en fait Bishoftu et les Amharas Debré Zeit, « le Mont des oliviers ». Il va de soi que je conserve l’orthographe de Rimbaud dans mes citations, mais j’essaie, dans notre propre itinéraire, lorsque j’ai réussi à les identifier, de rendre les noms identifiables dans les gardes ou guides actuels, même s’ils comportent souvent des variantes.

À part un petit centre en dur, ce son surtout d’ingénieuses constructions de tôle ondulée, bois et toile, comme dans tous les faubourgs d’Addis-Abeba. Après avoir quitté le faubourg d’Akika, nous avons traversé des champs de « tef », céréale éthiopienne qui sert à préparer l’ « injera », sorte de crêpe très fermentée qui est le fond de la cuisine locale. Dans le paysage volcanique nous descendons doucement, mais continuellement sur une route très convenable en longeant le trajet du fameux chemin de fer à voie étroite. Une épave de tank, témoin d’une des guerres récentes. Le blindage de ces véhicules est trop épais pour pouvoir être recyclé par le habitants de la région.

Les Gallas sur lesquels Rimbaud voulait écrire un ouvrage d’ethnographie, s’appellent aujourd’hui les Oromos. Il y a cinquante langues en Éthiopie. La télévision nationale diffuse des nouvelles en trois d’entre elles :
1. l’Amharique, langue du Choa, c’est-à-dire de l’Abyssinie proprement dite, le plateau du Choa avec son centre Addis-Abeba et les villes historiques de Gondar et Lalibéla,
2. le Tigréen, langue de la région frontière de l’Érythrée, toutes deux sémitiques ;
3. l’Oromo, langue tout à fait différente, et de sonorité tout autre, appartenant au groupe couchitique, parlée par de nombreux groupes, avec des dialectes très différenciés depuis le Sud-Est jusqu’à Harrar.

Du temps de Rimbaud, on parlait couramment à Harar quatre langues :
le Harari ou Adéré, langue sémitique propre à la ville et sa région,
l’Amharique, lOromo et l’Arabe, car c’est la quatrième ville sainte de l’Islam.
Il y avait quelques Européens, non seulement les Français de la maison Bardey, mais la mission des capucins venus pour soigner les lépreux, toujours actifs aujourd’hui, et dont le supérieur d’alors, Monseigneur André Jarosseau, évêque catholique de Harrar, a été le précepteur du fils du ras Makonen, le ras Tafari devenu le négus Haïlé Sélassié.

Rimbaud devait surtout parler arabe. Non qu’il l’ait su à son arrivée, mais son père le capitaine Frédéric Rimbaud qui s’était battu en Algérie, en avait une assez bonne connaissance et avait rassemblé des documents restés dans la maison de Roche, près de Charleville, après sa séparation d’avec son épouse Vitalie. Dès son arrivé, dans une lettre que nous n’avons plus, il demande aux siens de lui envoyer un dictionnaire arabe qui en fait partie. Comme à l’accoutumée le livre tarde à venir, et Rimbaud, dans une lettre du 15 février 1881, demande qu’on lui en envoie d’autres/

« ...À propos, comment n’avez-vous pas retrouvé le dictionnaire arabe ? Il doit être dans la maison cependant.

Dites à Frédéric, (son frère) de chercher dans les papiers arabes un cahier intitulé : Plaisanteries, jeux de mots, etc. en arabe ; il doit y avoir aussi une collection de dialogues, de chansons ou je ne sais quoi, utile à ceux qui apprennent la langue. S’il y a un ouvrage en arabe, envoyez ; mais tout ceci comme emballage seulement, car ça ne vaut pas le port... »


L’ensemble doit lui être arrivé à la fin d’août, donc six mois plus tard, délai courant dans cette correspondance, car dans une lettre du 2 septembre 1881, il dit en réponse à une que nous n’avons pas :

« ...Vous me dites avoir envoyé des objets, caisses, effets, dont je n’ai pas donné réception. J’ai tout juste reçu un envoi de livres selon votre liste et les chemises avec... »

Le 7 octobre 1883, il inclut dans une lettre aux siens une note à envoyer à la librairie Hachette, qui montre les progrès considérables qu’il avait faits en arabe :

« ...Je vous serais obligé de m’envoyer aussitôt que possible, à l’’adresse ci-dessous contre remboursement, la meilleure traduction française du Coran (avec le texte en regard, s’il en existe ainsi) – et même sans le texte... »
Certes, à Harrar, quatrième ville sainte de l’Islam, il n’était pas difficile de trouver le texte seul, mais une traduction juxtalinéaire ne pouvait que faciliter la lecture.

Cette fascination ambiguë du Coran est ancienne. On se souvient de « l’Impossible » das « une Saison en enfer » :

« ...J’envoyai au diable les palmes des martyrs, les rayons de l’art, l’orgueil des inventeurs, l’ardeur des pillards ; je retournais à l’Orient et à la sagesse première et éternelle. - Il paraît que c’est un rêve de paresse grossière !

Pourtant, je ne songeais guère au plaisir d’échapper aux souffrances modernes. Je n’avais pas en vue la sagesse bâtarde du Coran... »

Comment nommer tous ces oiseaux ?



« 3° Suite du plateau. On descend la plaine du Mindjar par le Chankora. Le Mindjar a un sol riche soigneusement cultivé ; l’altitude doit être de 1800 mètres (je juge de l’altitude par le genre de végétation ; il est impossible de s’y tromper pour peu qu’on ait voyagé dans les pays éthiopiens). Longueur de cette étape 25 kilomètres ; »


Achenafi insère une cassette dans le lecteur, la seule qu’il ait emportée. C’est de la musique populaire éthiopienne actuelle, très influencée par les succès américains, mais à travers laquelle il subsiste des vestiges des structures anciennes que nous avion pu entendre se déployer si admirablement dans les offices du dimanche des Rameaux à Lalibela, voix magnifiques improvisant avec accompagnement de tambours, sistres et lyres. Mais dans cet itinéraire le grincement général de notre véhicule ne bous permettait pas d’entendre de détails.

Après un lac de barrage au Sud et des plantations de canne à sucre, ceci nous amène à la villed de Nazareth, Adama en Oromo, capitale de cette nation -car l’Éthiopie est une république fédérale. Toutes les rues de la ville sont plantées de flamboyants de toutes nuances autour de l’écarlate. Nous avons déjeuné dans le patio de l’Adama Ras Hotel fleuri de bougainvilliers de toutes couleurs. L’allée de l’entrée me fait penser à un paysage de Gauguin.

Dès son arrivée à Harrar, Rimbaud s’est aussi vivement intéressé aux Oromos qu’il appelle Gallas. Il voulait écrire un livre à leur sujet, et ’et spécialement pour les photographier qu’il a fait venir un appareil.

Nids et poursuites.


« 4° Suite du Mindjar : 25 kilomètres. Mêmes cultures. Le Mindjar manque d’eau ; o conserve dans des trous l’eau de pluies. »


Nous croisons le train brinqueballant : trois petits wagons débordants d’Éthiopiens par toutes leurs porte et fenêtres. Une épave d’auto-mitrailleuse. La savane semi-aride est parsemée de loin en loin e beaux arbres nommés acacias par les Européens du coin, mais qui n’appartiennent pas plus à ce genre que ce que nous nommons ainsi en France. Ils sont évasés en forme de coupes de champagne et leurs fleurs blanches en figurent l’écume. Naturellement des eucalyptus ici et là, qui n’existaient pas du temps de Rimbaud. Beaucoup de coulées de laves. À notre gauche le mont Yérer, volcan éteint ; à droite, la chaîne des montagnes continue jusqu’à Harrar.

Nous rencontrons surtout des Amharas tout vêtus de blanc souvent très poussiéreux, mais qui devient éblouissant pour les fêtes comme nous avons pu le voir quelques jours auparavant lors des fêtes du dimanche des Rameaux orthodoxe à Lalibéla.

« ...Quelquefois je vois au ciel des plages sans fin couvertes de blanches nations en joie... »
On pourrait décrire les vêtements des hommes comme de courtes toges drapées en plis circulaires sur la poitrine et le ventre. Ils ont l’habitude de porter leur canne à deux mains derrière leurs épaules, exercice dont nous sommes bien incapables, et qui leur conserve un port seigneurial. Les femmes utilisent des étoles nommées « natalas », en coton blanc, souvent brodées de minces bandes multicolores aux deux bouts, dans lesquelles elles s’enroulent la tête ou portent leurs enfants sur leur dos.

Rimbaud s’est mis à apprendre l’Amharique spécialement pour la caravane Labatut. À Aden, le 18 novembre 1885, il écrit dans une lettre aux siens :

« ...À présent il faut que vous me cherchiez quelque chose dont je ne puis me passer, et que je ne trouverai jamais ici.

Écrivez à M. le Directeur de la Librairie des Langues orientales à Paris :

Monsieur,
Je vous prie d’expédier contre remboursement à l’adresse ci-dessous, le Dictionnaire de la lange amhara (avec la prononciation en caractères latins), par M. Abadie de l’Institut.
Agréez, monsieur, me salutations empressées.
RIMBAUD, à Roche, canton d’Attigny, Ardennes.

Payez pour moi ce que cela coûtera, une vingtaine de francs plus ou moins. Je ne puis me passer de l’ouvrage pour apprendre la langue du pays où je vais et où personne ne sait une langue européenne, car il n’y a là, jusqu’à présent, presque point d’Européens.

Expédiez-moi l’ouvrage à l’adresse suivante :

M. Arthur Rimbaud, hôtel de l’Univers, à Aden.

Achetez-moi cela le plus tôt possible, car j’ai besoin d’étudier cette langue avant d’être en route. D’Aden on me réexpédiera à Tadjoura, où j’aurai toujours oà à séhourner un mois ou deux pour trouver des chameaux, mulet, guides, etc., etc... »


Rimbaud enfin arrivé à Tadjoura, le livre tarde à venir. Le 3 décembre :

« Envoyez-moi le dictionnaire demandé à l’adresse donnée. À cette même adresse par la suite, toutes les communications pour moi. De là on me fera suivre... »
Le 10 décembre :

« ...Je vous rappelle le Dictionnaire amhara par M. d’Abbadie, que vo us avez dû déjà demander. Je ne puis m’en passer pour l’étude de la lange. Je crains seulement, en y pensant, que le poids de ce volume n’excède le maximum des colis postaux. S’i ent était ainsi, adressez-le comme suit :

1. MM. Ulysse Pia et Cie, à Marseille.

avec une lettre priant es messieurs de faire parvenir ledit colis, par les Messageries maritimes à

1. MM. Bardey, négociants à Aden.

Ces derniers, avec lesquels je me suis remis en partant, me feront parvenir le colis à Tadjoura. Dans la lettre vous prierez MM. Ulysse Pia et Cie de vous dire le fret et les frais payés par eux à Marseille pour la transmission dudit colis à Aden, et vous leur rembourserez par la poste.

Ne me faites pas égarer ce colis comme l’autre, la caisse de livres. Si vous l’avez envoyé par la pote, il me parviendra toujours ; s’il était trop volumineux par la poste, je suppose que vous ne l’aurez pas envoyé par le chemin de fer à Marseille sans destinataire. Il faut quelqu’un pour embarquer ladite marchandise à Marseille et payer le fret sur le vapeur des Messageries maritimes ou bien elle reste en souffrance.

J’espère toutefois que vous avez pu l’envoyer par la poste. Dans le cas contraire, je vous indique ce qu’il y a à faire. Je désirerais bien cependant ne pas me mettre en route, fin janvier, sans ce livre ; car, sans lui, je ne pourrais étudier la langue... »


Le 2 janvier 1886, il « attend toujours le livre demandé ». C’est qu’il y a un problème sur le titre. Les « siens » ne sont pas sûrs d’avoir trouvé le bon livre. Le 6 janvier :

« ...Vous m’embarrassez fort en vous embarrassant. Le reçu de ce livre va être à présent fort retardé ! C’est bien ce qui est indiqué :

« D’Abbadie ; - Dictionnaire de la langue amarinn, 1 vol. in 8°. »

Envoyez-le, sans pls de retard, à mon adresse ordinaire : hôtel de l’Univers, à Aden, si la poste veut bien le prendre ; et dans le cas contraire, s’il faut l’envoyer par chemin de fer, expédiez, comme je vous l’ai indiqué, à :

1. MM. Ulysse Pia et Cie, à Marseille,

pour

1. MM. Bardey frères, à Aden.

Ceux-ci me feront suivre à Tadjoura... »


Le 31 janvier 1886 :

« ...Je n’ai rien reçu de vous depuis la lettre où vous m’envoyiez le titre de l’ouvrage que je réclamais, en me demandant si c’était cela. Je vous ai répondu affirmativement dans les premiers jours de janvier, et je répète, dans le cas où cela ne vous serait pas parvenu :

« Dictionnaire de la langue amarinna par d’Abbadie. »

Mais je suppose que l’ouvrage est déjà en route et il me parviendra, car, du train que le choses marchent, je vois que je serai encore ici fin mars... »

Le 28 février 1886 :

« ...Je crains que vous n’ayez pas rempli les formalités pour l’envoi du dictionnaire amhara : il ne m’est rien arrivé jusqu’à présent. Mais peut-être est-ce à Aden ; car il y a six mois que je vous ai écrit à propos de ce livre pour la première fois, et vous voyez comme vous avez le talent de me faire parvenir avec précision les choses dont j’ai besoin : six mois pour recevoir un livre... »
En fait, il n’y a que trois mois. Le 8 mars 1886 :

« ...J’attends toujours ledit volume, je trouve que le retard s’accentue. Je ne pars pas d’ici d’ailleurs avant mai..., »

Enfin, au bout en effet de six mois, le 21 mai 1886 :

« ...Je trouve à Aden, où je suis venu passer quelques jours, le livre que vous m’avez envoyé.

Je crois que, définitivement, je partirai fin juillet... »


Il partira seulement au début d’octobre 1886.

Antoine d’Abbadie, auteur du livre tant désiré, était né le 13 janvier 1810 à Dublin d’un père basque et d’une riche mère irlandaise. Fasciné par le problème des sources du Nil, il fait une série de voyages en divers pays, notamment en Éthiopie, et publie de nombreux ouvrages de linguistique et géodésie. Après de nombreuses aventures, il fait construire par Viollet-le-duc et ses assistants, le magnifique château-observatoire néo-gothique de l’Abbadia à côté de Hendaye, qui devait être inauguré par Napoléon III en 1870, ce que la guerre a rendu impossible. Il est devenu secrétaire perpétuel de l’Académie des Sciences, et c’est à cette institution que sa femme d’origine anglaise a légué la propriété, car ils n’avaient pas eu d’enfants. En 1884, à 74 ans, il fait un dernier voyage en Éthiopie, cette fois en compagnie de sa femme. Mais il n’y a certainement pas rencontré Rimbaud qui en était parti le 10 mars. pour Aden, après la fermeture de la maison Bardey. Par contre c’est sans doute à l’occasion de ce voyage que Rimbaud a entendu parler de lui et de son livre.

On imagine les soirées de lecture et d’exercices à Tadjoura et dans le désert dénékil.

Plongeons et tournoiements.

« 5° Fin du Mindjar. La plaine cesse, le pays s’accidente ; le sol est moibns bon. Cultures nombreuses de coton. - 30 kilomètres ; »

Nous rencontrons des Afars, nomades qui transitent dans tout l’Ouest de l’Éthiopie, assez farouches, armés de kalachnikof et qui détestent qu’on les photographie, nous dit-on, ce dont nous gardons bien. Ils ont un grande troupeau de dromadaires, de zébus aux nuances splendides, depuis le gris habituel jusqu’à des acajous profonds, à cornes superbes faisant comme un Soleil au-dessus d’eux, moutons et chèvres ; tous ces animaux sont manifestement en bonne santé, malgré la famine qui règne plus au Sud. Une carcasse de camion totalement dépecée. Aigles bateleurs.

Essors et fuites.




« 6° Descente du Cassam. Plus de cultures. Bois de mimosas traversés par la route frayée par Ménélik et déblayée sur une largeur de dix mètres. - 25 kilomètres ; »


La route et la voie ferrée traversent le lac Beseka d’où elles émergent à peine. Aussi bien Addis-Abeba que Harrar sont trop élevés pour qu’il y ait de la malaria ; par contre elle est répandue dans les vallées. Une carcasse de wagon. Des aigles tournoient. Des haies de figuiers de Barbarie à fleurs jaunes. Bougainvilliers, eucalyptus, « acacias » pleureurs Vautours.

Un arbre couvert d’oiseaux comme de fleurs qui s’envolent brusquement.


« 7° On est en pays bédouin, en Konella ou terre chaude. Broussailles et bois de mimosas peuplés d’éléphants et de bêtes féroces. La route du Roi se dirige vers une source d’eau chaude, nommée Fil-Ouaha et l’Hawash. Nous campons dans cette direction à 30 kilomètres du Cassam ; »


Nous arrivons dans le parc national de l’Awash, autrefois réserve de chasse de Haïlé Sélassié. Cette route « royale » a été frayée par Mébélik à l’intention de son épouse qui aimait aller se baigner depuis Entotto dans la plus belle des nombreuses sources thermales de la région. Elle fait partie de ce parc et nous avions le projet de nous arrêter au retour à cette source Filwoha, mais les difficultés climatiques et matérielles nous en ont empêchés. Nous nous dirigeons à droite vers les cataractes de ce fleuve impressionnant qui pourtant finit par se perdre dans les déserts. Après avoir payé au guichet nous jouons avec des singes et nous arrivons aux tourbillons.

Puis nous allons jusqu’à un camp de caravanes motorisées, avec un restaurant en terrasses, Kereyou Lodge, sur les gorges vertigineuses que nous étudions aux jumelles. Sur la rambarde un « majestueux corbeau des saints jours de jadis » que nous ne dérangeons nullement en sirotant nos bières.

Une épave de tank. De nombreux troupeaux d’oryx entre les buissons. Des perroquets.

Il n’y a plus d’éléphants dans le parc, mais il en reste dans un autre parc national, beaucoup plus grand, directement a Sud de Harrar. Dans celui-ci, nous dit-on, beaucoup d’autres espèces : koudous, bubales, crocodiles dans les sources chaudes, lacs et rivières, et même des lions, léopards et guépards, chacals et surtout hyènes qui sont nombreuses autour de Harrar.

Le parc national de l’Awash est habité par des Afar dont nous avions vu un échantillon, et deux tribus d’Oromos, les Kereyous (Careyon) et les Etous que Rimbaud appelle Itous dans la suite de son « Itinéraire », lesquels sont répandus aussi sur les pentes et les crêtes de la montagne jusqu’à Harrar.

À la sortie du parc national nous arrivons à la ville d’Awash née du chemin de fer. Nous avions retenu nos chambres au buffet de la gare tenu par une vieille grecque surnommée « la môme Kiki », née en Éthiopie, dont l’établissement eut son heure de gloire et dont le civet de phacochère reste fameux. Mais quelle décadence ! Nous obtenons enfin, Marie-Jo et moi, en tant que doyens, une des deux « chambres impériales », très hautes de plafond, avec une immense salle de bains. Les fenêtres ne fermaient pas et même la serrure de la porte ne fonctionnait plus ; nous l’avons bloquée avec de lourds fauteuils. Quant à la baignoire elle ne se vidait pas, et la douche, après avoir donné un filet d’eau roussâtre, a perdu définitivement sa pomme. Pour le dîner, dans une cour plantée d’arbres dont l’ombre doit être agréable dans la journée, nous nous sommes rabattus sur de vagues spaghetti. Le train ne passe pas souvent, mais il le fait savoir.

Nous avons donc fait en une journée le trajet de Rimbaud en une semaine.

Publication en ligne : 14 juin 2009

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