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Article présent dans les rubriques : Dialogue avec Arthur Rimbaud /

MICHEL BUTOR

Préliminaires - a
© Michel Butor

a) Après la caravane Labatut

Publication en ligne : 14 juin 2009
Ecrivain(s) : Butor (site)

Le 26 août 1887, depuis le Caire où il est allé se « rafraîchir » au milieu de l’été étouffant d’Aden, Arthur Rimbaud écrit à son ancien directeur, Alfred Bardey, la lettre suivante :

« Mon cher Monsieur Bardey,

Sachant que vous vous intéressez toujours aux choses de l’Afrique, je me permets de vous envoyer le quelques notes suivantes sur le choses du Choa et du H arar à présent. »

Vers le 10 mars 1884, donc trois ans plus tôt, Rimbaud avait quitté Harrar avec son domestique Djami qui l’accompagnera pendant tout son périple Juste avant sa mort à Marseille, il demandera à sa soeur Isabelle de faire parvenir à celui-ci une partie de ses économies, l’équivalent de 3000 francs or, par l’intermédiaire de César Tian , l’un de ses patrons depuis Aden, avec Maurcie Riès, lors de son dernier séjour à Harrar.

Rimbaud n’avait pas l’intention d’y revenir, car la maison Bardey qui l’employait, avait fait faillite. Après être resté un an à Aden auprès du frère d’Alfred Bardey, Pierre qui avait réussi à mettre sur pied une nouvelle firme, il embarque en novembre 1885 pour Tadjoura, sur le golfe de Djibouti, d’où il doit conduire une caravane organisée par Pierre Labatut, pour porter des fusils liégeois à Ménélik, alors à Ankober, dans le Choa, c’est-à-dire ce que Rimbaud appelle en général l’Abyssinie, et qui est le territoire principal des amhariques, appelés aussi amara.

Des difficultés administratives le retiennent à Tadjoura. Labatut tombe malade et rentre en France pour y mourir. Rimbaud s’associe alors à Paul Soleillet qui meurt à son tour peu après.

C’est pendant cette attente à Tadjoura que paraissent à Paris « les Illuminations » dans les numéros de mai et juin 1886 de « la Vogue », le périodique de Félix Fénéon. Il ne s’en doute pas sur le moment, mais il est très probable qu’il l’a appris par la suite. Dans sa lettre du 17 juillet 1890, conservée par Rimbaud, Laurent de Gavoty ne lui parle que de ses « beaux vers », mais dans le numéro de son périodique « la France moderne », publié à Marseille en février-mars 1891, donc juste avant le départ en civière, on trouve l’annonce suivante :

« Cette fois, nous le tenons ! Nous savons où se trouve Arthur Rimbaud, le grand Rimbaud, le véritable Rimbaud, le Rimbaud des « Illuminations ».
Ceci n’est pas une fumisterie décadente.
Nous affirmons connaître le gîte du fameux disparu. »

Ce qui montre que vraisemblablement, lors de sa lettre de 1890, Laurent de Gavoty ne connaissait pas encore le texte de « la Vogue » et n’avait découvert Rimbaud que par la lecture des « Poètes maudits » de Verlaine, dont la première édition est de 1884.

Il ne peut avoir eu son adresse que par l’intermédiaire de la maison Bardey à Marseille. Les « Mémoires » d’Alfred Bardey montrent que celui-ci ne s’est pas douté du passé littéraire de Ribaud tant que celui-ci a travaillé pour lui comme contremaître du triage du café à Harrar. Mais il a dû en avoir vent vers cette époque. Il y a a surtout le témoignage de Maurice Riès à Émile Decshamps . Il déclare à celui-ci :

« ...Je n’aurai garde de juger du passé du poète. Mais j’affirme de toutes mes forces qu’il fut marchand passionné et habile, d’une honnêteté scrupuleuse, se félicitant toujours dans nos conversations amicales qui nous portaient souvent aux confidences intimes et sincères, d’avoir fait foin de ce qu’il appelait ses frasques de jeunesse, d’un passé qu’il abhorrait... »

Ce qui implique que, même si lui n’en parlait pas, à partir d’une certaine date on lui en parlait.

Rimbaud ne réussira à quitter Tadjoura qu’au début d’octobre 1886, donc après un séjour de près d’un an. L’expédition qui comporte un interprète, 30 dromadaires avec leurs 34 conducteurs, transporte 2000 fusils liégeois et 75 000 cartouches. Une autre cargaison de fusils attend à Tadjoura.

Après toutes sortes de difficultés Rimbaud arrive à Ankober le 6 février 1887, Mais Ménélik a quitté définitivement Akober pour s’installer à Entotto, aujourd’hui faubourg nord d’Addis-Abeba, ville qui n’existait pas encore. Il y arrive au mois d’avril pour livrer une partie de la commande avec un an et demi de retard. Il y est évidemment reçu avec peu d’enthousiasme. En principe, il doit aller chercher le reste des fusils à Tadjoura. Mais ceci pose des problèmes.

La lettre continue :

« D’Entotto à Tadjoura, la route Dankalie est tout à fait impraticable ; les fusils Soleillet, arrivés à Tadjoura en février 86 sont toujours là. Le sel du lac Assal qu’une société devrait exploiter, est inaccessible, t serait d’ailleurs invendable ; c’est une flibusterie.

Mon affaire a très mal tourné, et j’ai craint quelquefois de redescendre sans un thaler ; je me suis trouvé assailli là-haut par une bande de faux créanciers de Labatut, et en tête Ménélik qui m’a volé, en son nom, 3000 thalaris. Pour éviter d’être intégralement dévalisé, je demandai à Ménélik de me faire passer par le Harar qu’il venait d’annexer ; il me donna une traite genre Choa, sur son oukil au Harar, le dedatch Makonnen.

Ce n’est que quand j’eus demandé à Ménélik de me faire passer par cette route que M. Borelli eut l’idée de se joindre à moi. »

« Dedatch » et « ras » sont des titres éthiopiens.

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