BRIBES EN LIGNE
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Ça a bien un preambule – ut pictura pour max charvolen 1) dernier vers aoi la cité de la musique       pourqu je suis     les provisions     " je t’ai admiré,  “comment antoine simon 12 l’homme est (josué avait lentement cher bernard 0 false 21 18 nous lirons deux extraits de       neige       banlie martin miguel art et passent .x. portes,       allong       retour ] heureux l’homme écoute, josué, “le pinceau glisse sur     [1]  l’éclair me dure, glaciation entre la mort, l’ultime port, comme c’est À l’occasion de la liberté de l’être 1257 cleimet sa culpe, si ne faut-il pas vivre comme (en regardant un dessin de le lent tricotage du paysage mon cher pétrarque,       allong c’était une je découvre avant toi       dans en introduction à dorothée vint au monde       bruyan       crabe- si j’étais un f toutes mes grande lune pourpre dont les quatrième essai de la vie humble chez les etudiant à que reste-t-il de la l’erbe del camp, ki   iv    vers genre des motsmauvais genre agnus dei qui tollis peccata la réserve des bribes antoine simon 29 madame, on ne la voit jamais       nuage deuxième approche de       et eurydice toujours nue à       dernier vers aoi comme un préliminaire la       ...mai ce paysage que tu contemplais    de femme liseuse l’heure de la je me souviens de macles et roulis photo 1       en un « amis rollant, de 13) polynésie       nuage quai des chargeurs de antoine simon 31     le cygne sur marcel alocco a       entre temps de cendre de deuil de       le f le feu s’est   est-ce que       la pie viallat © le château de madame, vous débusquez antoine simon 14 quand il voit s’ouvrir, il ne reste plus que le       sur je ne peins pas avec quoi, giovanni rubino dit nice, le 18 novembre 2004 présentation du     dans la ruela de pa(i)smeisuns en est venuz li emperere s’est rare moment de bonheur, j’ai ajouté deuxième essai le  dernières mises toutes ces pages de nos f les rêves de       l̵ et il parlait ainsi dans la il est le jongleur de lui très malheureux...       au jusqu’à il y a préparation des       apr&eg tout est possible pour qui       &n dans l’innocence des nous dirons donc dernier vers aoi quand nous rejoignons, en j’ai donné, au mois  née à tout le problème       m̵ pour nicolas lavarenne ma       "       et tu tous ces charlatans qui     longtemps sur   je ne comprends plus petit matin frais. je te envoi du bulletin de bribes portrait. 1255 : antoine simon 23 dans les carnets siglent a fort e nagent e depuis ce jour, le site les dernières les plus terribles souvent je ne sais rien de tout en vérifiant       un pour jean gautheronle cosmos Ç’avait été la l’impossible pure forme, belle muette, beaucoup de merveilles carissimo ulisse,torna a quelque temps plus tard, de       le tout à fleur d’eaula danse tes chaussures au bas de l’attente, le fruit passet li jurz, la noit est   anatomie du m et il était question non dernier vers aoi granz fut li colps, li dux en la terre a souvent tremblé       sur passet li jurz, si turnet a pour julius baltazar 1 le       jonath le ciel est clair au travers  il est des objets sur f le feu s’est a supposer quece monde tienne       force quand les eaux et les terres mais non, mais non, tu vous avez comment entrer dans une les étourneaux ! arbre épanoui au ciel       voyage       sur  “la signification livre grand format en trois iloec endreit remeint li os       sur le bernard dejonghe... depuis       ce très saintes litanies cet univers sans       embarq       vaches je reviens sur des introibo ad altare de l’autre dans la caverne primordiale       st       grimpa toutes sortes de papiers, sur les grands     faisant la intendo... intendo !       enfant pourquoi yves klein a-t-il   l’oeuvre vit son bernadette griot vient de "l’art est-il     au couchant poème pour max charvolen, martin miguel mise en ligne la rencontre d’une les amants se pour gilbert juste un mot pour annoncer de profondes glaouis       longte (de)lecta lucta   il faut laisser venir madame       la dernier vers aoi    martin miguel vient       cerisi  ce qui importe pour folie de josuétout est “dans le dessin sixième il y a dans ce pays des voies       une ma voix n’est plus que le ciel de ce pays est tout  monde rassemblé trois (mon souffle au matin onze sous les cercles je déambule et suis le travail de bernard et nous n’avons rien       un       va le nécessaire non deux nouveauté, à cri et à la communication est antoine simon 19 coupé le sonà et la peur, présente       au       rampan       au   adagio   je « e ! malvais pluies et bruines,       &agrav temps où le sang se       object       six diaphane est le madame est une et que vous dire des histoire de signes . "le renard connaît     rien entr’els nen at ne pui mesdames, messieurs, veuillez pour angelo références : xavier le texte qui suit est, bien mille fardeaux, mille   je n’ai jamais c’est extrêmement       dans jamais si entêtanteeurydice karles se dort cum hume "je me tais. pour taire. me       ma et si au premier jour il moi cocon moi momie fuseau o tendresses ô mes       la apaches :       le  pour le dernier jour rm : nous sommes en les dessins de martine orsoni grant est la plaigne e large chercher une sorte de dans les écroulements rêves de josué,       que       d&eacu il arriva que monde imaginal, cet article est paru non... non... je vous assure, au seuil de l’atelier pour jean-marie simon et sa a claude b.   comme derniers dans le respect du cahier des sors de mon territoire. fais d’un bout à       sur le du fond des cours et des ma mémoire ne peut me antoine simon 11 madame dans l’ombre des pour andré       gentil       voyage les enseignants :       soleil une il faut dire les antoine simon 21  “ce travail qui dernier vers aoi       le ce poème est tiré du       mouett aux george(s) (s est la que d’heures constellations et c’est parfois un pays bribes en ligne a af : j’entends on trouvera la video  marcel migozzi vient de ils avaient si longtemps, si encore la couleur, mais cette attendre. mot terrible.       apr&eg elle ose à peine dernier vers aoi violette cachéeton ma chair n’est merci à la toile de       grappe   la production     après non, björg, cet article est paru dans le dans le pays dont je vous     chant de le 2 juillet ki mult est las, il se dort dernier vers aoi pour martine, coline et laure     l’é carissimo ulisse,torna a qu’est-ce qui est en et si tu dois apprendre à ensevelie de silence, dernier vers que mort   ces sec erv vre ile spectacle de josué dit dernier vers s’il       &n       la ici, les choses les plus sequence 6   le on peut croire que martine torna a sorrento ulisse torna comme ce mur blanc aux barrières des octrois g. duchêne, écriture le l’appel tonitruant du en ceste tere ad estet ja Éléments - (elle entretenait imagine que, dans la     depuis       la mult est vassal carles de mi viene in mentemi mise en ligne d’un frères et ce texte se présente villa arson, nice, du 17 il n’était qu’un la mort d’un oiseau. la parol

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Lettre à de jeunes amateurs

A propos du travail d’Anne Gérard

Artiste(s) : Gérard

Nice, le 8 octobre 2004

C’est Gérald Meerloo, votre professeur d’arts plastiques, qui m’a demandé de vous écrire... Pour vous dire pourquoi je m’intéresse au travail d’Anne Gérard, et pourquoi j’aime regarder les oeuvres qu’elle fait. Et il est vrai que, depuis que j’ai vu sa première exposition, en 1990, dans une galerie niçoise, le travail d’Anne Gérard m’intéresse. Alors, voici...

Je vous dirai d’abord deux choses rapides.
Ce qui m’intéresse dans ce travail, c’est que cette artiste représente, ou présente, des objets de la vie quotidienne.
La raison pour laquelle j’aime regarder ses oeuvres, c’est qu’elles sont très particulières et qu’elles suscitent en moi des réactions, des idées, des impressions, des émotions que je ne retrouve pas à l’identique, mêlées de cette façon, dans d’autres oeuvres.

J’aimerais maintenant être un peu plus précis sur cette question des objets...
Peut-être êtes-vous comme moi : je m’intéresse aux objets. J’aime en avoir de toutes sortes. J’aime les regarder dans les vitrines, j’aime me promener dans les supermarchés, les souks et les magasins où les objets s’entassent. Je suis très fasciné par tout ce qui concerne les objets dont nous nous servons, par les formes qu’on leur donne et les emplois qu’on en fait.
Avec le temps, j’en suis venu à me dire que plus nos objets sont simples, humbles, banals, plus il semble que nous tissions avec eux des rapports complexes. Peut-être avez vous, vous aussi, cette impression.
Il y a en effet des objets auxquels nous ne faisons pas attention : pourquoi en effet s’attacher à une chaussure, un bol, une cravate, une passoire, une cueillère, une théière ? Voilà bien des objets qui sont –littéralement- insignifiants. Pourtant tous ces objets peuplent notre vie et notre espace. Ils accompagnent notre vie quotidienne, et nous les retrouvons même, pour certains d’entre eux, dans notre histoire et dans notre préhistoire… Nous les retrouvons même, plus ou moins embellis et ornés, dans l’histoire de l’art…

A vrai dire, nous retrouvons ces objets dans l’art même s’ils ne sont pas particulièrement beaux : il suffit qu’ils viennent d’ailleurs –un autre lieu, un autre temps- pour qu’ils nous paraissent curieusement étranges et fascinants : les biberons antiques, de Carthage ou de Rome, les chaussures de l’extrême orient, la porcelaine chinoise, ou… les marteaux américains… m’ont toujours ouvert les champs de la rêverie.

Ces objets qui nous accompagnent dans notre vie, nous accompagnent, pour certains d’entre eux, après notre mort. Vous connaissez tous le cas des tombeaux égyptiens, et vous savez sans doute que, bien avant la civilisation égyptienne, depuis des dizaines de milliers d’années, nous retrouvons des objets de la vie quotidienne dans les sépultures. Et de nos jours encore, plus modestement peut-être, nous habillons nos morts, et nous mettons parfois de menus objets dans leur cercueil.

Ces objets qui nous accompagnent dans la vie et dans la mort sont eux-mêmes sujets à la disparition, et nous avons, dans nos villes, des services spéciaux pour s’occuper des objets quand ils ont terminé leur usage. Nous appelons ça des décharges, ou des usines de retraitement des ordures… Parfois, certains objets survivent à ces destructions et on les retrouve dans les brocantes ou chez les antiquaires… Parfois, dans les familles, on sauve de la destruction un carnet, un stylo, une montre, une assiette… Peut-être avez vous ainsi ce type d’objets chez vous.

Cette question des objets, vous le voyez, est très intéressante, dès qu’on y réfléchit un peu. Et encore plus importante depuis que les objets sont produits industriellement, que nous en possédons de plus en plus (de sorte que nous en détruisons aussi de plus en plus) ; il y en a tant, parfois, que nous ne savons plus où les mettre… même quand ils sont détruits. Certains craignent même qu’ils finissent par manger tout notre espace, tant ils deviennent nombreux. Vous pourrez voir ça de plus près si ça vous intéresse, avec vos professeurs…

Notre intérêt pour les objets se manifeste aussi d’une autre façon : nous ne faisons pas que les produire, les utiliser, les réparer, les jeter ou les conserver… Nous les représentons aussi, nous en faisons des images… Depuis des centaines et des milliers d’années nous en faisons des dessins, des peintures, depuis quelques décennies, nous les photographions, les filmons.
Il y a quelques centaines d’années (c’était tout au début du XVIème siècle), en Europe, on a même inventé une forme de tableau qui ne représentait que des objets. Ça s’appelle une "nature morte". Petite curiosité : les Anglais appellent ça "still life", ce qui veut dire… "toujours en vie".

Vous voyez que j’en arrive à parler des artistes
Depuis tout petit, ça m’a toujours surpris cette volonté des artistes –surtout des peintres- de représenter des objets. Qu’il y ait des objets dans une photo de famille, ou qu’ils apparaissent dans un film, qu’un personnage figure dans un tableau tenant à la main un livre, l’autre main posée sur une table encombrée d’objet divers, ou encore qu’on voie des objets sur une scène de théâtre, ça, je le comprenais très bien : les objets font partie du décor. Mais ne voir, sur un tableau, qu’un verre et une gaufrette ! Passe encore un vase plein de fleurs, on peut se dire que le peintre a voulu nous caresser l’œil avec des couleurs. Mais la représentation d’une saucisse ? Ou d’un hamburger ? Ou d’une fiasque de vin à côté d’un verre et d’un bout de pain… Quand j’avais l’âge du CM1, et jusqu’à bien plus tard, dans mes années de lycée, ça me troublait.

Evidemment, plus ça me troublait, plus ça m’intéressait. Je me suis bientôt aperçu, par exemple, qu’un artiste qui ne représente que des objets, fait penser –forcément- aux hommes qu’il ne représente pas. Certains spectateurs se disent : "tiens ! Mais pourquoi n’y a –t-il personne sur ce tableau ?" ; d’autres : "Pour que ces objets soient là, il a fallu que quelqu’un les y place…." Et les voilà en train de se raconter toute une histoire. D’autres encore : "Ces choses qui sont là figurées sous mes yeux, quelqu’un les a faites", et voilà que l’on part dans une histoire du travail : celle du jardinier qui a ramassé les fleurs, celle du boulanger qui a cuit le pain… ou celle du travail de l’artiste qui a peint le tableau !

Chacun de ces artistes provoque ainsi en moi –et je crois que c’est pareil pour beaucoup de gens qui regardent des œuvres d’art- toutes sortes de sentiments et d’idées. Par exemple, les premières "colères" d’Arman m’ont mis… en colère. Imaginez ça : cet artiste prenait des violons et les cassait avant d’en coller les bouts sur des panneaux. Il appelait ça "Colère". Moi, ce qui me mettait en colère, c’est qu’il cassait des violons. J’aimais le son du violon ! Je connaissais le prix d’un violon, et je ne supportais pas qu’on les casse. J’ai mis du temps avant d’apprivoiser les "colères" d’Arman.

Autre exemple… Je vous parlais plus haut du verre et de la gaufrette. Plus je regardais ce tableau et plus mon attention était attirée par la disposition des objets, leur position sur la table, le déséquilibre qui était figuré (le plat de gaufrettes semblait sur le point de tomber) et surtout, par le reflet du vin dans le verre sur lequel, sans cesse, mon regard revenait. "On ne devrait pas appeler ce tableau verre et gaufrette, me suis-je dit un jour, mais déséquilibre et reflet". Il faut se méfier des artistes : chez eux, une idée peut toujours en cacher une autre…

Pourquoi j’aime les œuvres d’Anne Gérard
Comme pour presque tous les peintres que j’aime, les œuvres d’Anne Gérard m’ont d’abord choqué. Je ne peux penser à son travail, je ne peux pas voir une de ses oeuvres, sans que me revienne sans cesse en mémoire ma découverte de sa première exposition… J’étais seul dans la salle. La galeriste travaillait dans son bureau. Face à moi de grandes toiles libres, bien construites et bien peintes.
Elles étaient bien construites, cela veut dire qu’elles étaient à l’évidence composées et que l’artiste voulait donner l’impression d’une organisation réfléchie. Elles étaient bien peintes, cela veut dire que l’on voyait un "savoir faire", dans la qualité de la peinture, dans l’usage du pinceau, dans les associations –parfois osées- de couleurs…
Pourtant ces toiles me choquaient.
Elles me choquaient parce que cet évident "savoir faire" servait à représenter des objets vulgaires ( une passoire par exemple) de façon maladroite. Elle utilisait volontiers de la toile courante et non de la toile de peintre… Et je ne cessais de rouler en moi ces questions : "pourquoi cette opposition ? Pourquoi ce mélange d’adresse et de maladresse ? Comment le tuyau, l’échelle et la passoire sont-ils associés ? Quels effets leur association produit-elle ?". C’est avec toutes ces questions que j’ai écrit mon premier texte sur le travail d’Anne Gérard. Un texte de forme poétique, très construit et très maladroit, sur le modèle des chansons de toile du moyen âge.

D’une certaine façon, ce que j’ai appris, en regardant les œuvres d’Anne Gérard, et en écrivant mon texte, c’est qu’ avec une maladresse calculée, elle mettait nos objets les plus vulgaires en situation de déséquilibre, qu’elle nous rendait ainsi étrange ce qui était d’abord banal à nos yeux, un peu comme si elle nous les faisait voir de loin, et qu’en les mettant ainsi à distance, elle créait en nous ce trouble qui nous oblige à parler, qui est, peut-être à l’origine de toute poésie.

Depuis quatorze ans, régulièrement, je vais voir le travail d’Anne Gérard. Dans les galeries, les musées ou dans son atelier. Et chaque période m’en apprend davantage sur l’étonnant dialogue que cette artiste installe entre les choses, les représentations que nous faisons des choses, le savoir faire et la maladresse, les objets que l’on représente et ceux qui permettent de les représenter, l’absence de personnages humains, l’apparition et la disparition des objets, la disparition et la présence des gens dans le travail des artistes.

Ces dernières années, les œuvres d’Anne Gérard sont devenues, pour moi, encore plus émouvantes : elle a abandonné toute couleur sinon par trace (ou par effacement) ; et elle emploie de plus en plus le blanc que les occidentaux ne perçoivent pas comme une couleur. Elle a gardé son catalogue d’objets courants, et a simplifié –réduit- les outils de la peinture.
Je dis émouvant parce que je vois bien qu’Anne Gérard cherche à dépouiller son travail de ce qui n’est pas le plus important, l’essentiel : les objets, leur absence et notre absence, leur disparition et notre disparition : nous voici de plus en plus dans ce qui est à l’origine de toute poésie.

La série des œuvres qu’elle a présentées à Nice en 2001 a provoqué en moi un choc très fort.
Je connais peu de peintres capables de travailler "à l’envers". Les quelques uns que je connais sont de grands peintres. L’un d’entre eux, un allemand, peint ses personnages à l’envers. ça les met –ça nous met- dans des positions inconfortables et curieusement dynamiques, même quand ça ressemble à des gisants. Un autre écrit des textes illisibles en faisant passer la peinture par le verso de la toile : dans une explosion de couleurs, on voit, au recto de la toile, la silhouette d’un texte à jamais perdu.
Anne Gérard avait travaillé avec la même force inventive : elle avait dessiné des objets. Au verso du papier. Au stylo à bille. En crevant le papier. Au recto apparaissait accrochant à peine la lumière, la silhouette de l’objet, un peu comme dans la technique du cuir repoussé. Je me suis dit en voyant cette série : "ce sont des fantômes d’objet". Et aussitôt après : "Pour nous parler de quels autres fantômes ?"

J’ai découvert la toute dernière série dans son nouvel atelier, aux entrepôts Spada, à Nice… Comme d’habitude avec les peintres que j’aime et dont je suis le travail, j’ai ressenti ce sentiment mêlé : je n’imaginais pas qu’elle ferait ce travail-là, c’était inattendu. Evidemment, c’est ça qu’elle devait faire, c’était logique.

Anne Gérard a quitté la toile, le papier, la-voilà sur des bouts de carton, pouvait-on s’y attendre ? Ces cartons eux-mêmes sont des "objets" sur lesquels elle va représenter des objets. Mais sur ces cartons figurent des inscriptions, des logos, des images, qui sont encore d’autres formes d’objets et d’autres représentations. Elle a confirmé son usage minimum de la représentation et de la couleur : photocopie, peinture blanche, huile. Sur le même carton se confrontent deux façons de représenter : celle de l’industrie et celle de l’artiste. Et sur chaque carton se développe tout un dialogue entre blanc et noir, entre pictogramme et image, entre utilité immédiate et art, entre dessin et peinture, entre contour et diffusion, entre l’image et son halo… Quand je dis "dialogue", comprenez que c’est une façon de parler : c’est en moi que ça dialogue. C’est en moi que le bout de carton se heurte à la silhouette blanche qui le marque. C’est en moi que monte l’émotion quand je me dis, en pensant à ce travail : "Voilà ce qui me plait : un travail qui utilise des moyens pauvres dans une démarche simple pour aller à l’essentiel ; tout le monde est capable de plaire en ajoutant des paillettes, du brio, du maquillage ; seul l’artiste est capable de se priver de l’artifice".

En guise d’au revoir
J’espère avoir bien répondu à la demande de votre professeur d’arts plastiques. J’espère que vous trouverez, ici ou là, dans ces quelques feuillets, une piste ou deux, en plus des vôtres, pour approcher le travail d’Anne Gérard. Si vous voulez que nous dialoguions ensemble, dites le à vos professeurs, ils savent bien où me trouver.

Raphaël Monticelli

Publication en ligne : 22 juillet 2008
Première publication : 8 octobre 2004 / présentation d’exposition

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