BRIBES EN LIGNE
ki mult est las, il se dort 1) notre-dame au mur violet pour martine, coline et laure       à vous avez     chant de giovanni rubino dit à sylvie     surgi       dans   (à dernier vers aoi je meurs de soif dans le pays dont je vous d’abord l’échange des antoine simon 31 rafale n° 3 des dans l’effilé de       dans le c’est un peu comme si, genre des mots mauvais genre       coupé le son à le 15 mai, à diaphane est le mot (ou       une carles li reis en ad prise sa mille fardeaux, mille   pour adèle et deuxième apparition       l’ « je me tais.       apparu  le "musée « 8° de 1 la confusion des dernier vers aoi frères et       pé peinture de rimes. le texte carissimo ulisse, torna a   encore une       au soir   tout est toujours en il arriva que  de même que les   si vous souhaitez o tendresses ô mes on croit souvent que le but le nécessaire non issent de mer, venent as tout est possible pour qui   au milieu de il y a tant de saints sur dernier vers aoi comme un préliminaire la chants à tu mon recueil comment entrer dans une le scribe ne retient c’est parfois un pays toutes sortes de papiers, sur rafale n° 12 où nous savons tous, ici, que douce est la terre aux yeux       banlieue dieu faisait silence, mais 5) triptyque marocain able comme capable de donner je n’aime pas ce monde. carcassonne, le 06 c’est la peur qui fait josué avait un rythme l’évidence antoine simon 3       (       baie diaphane est le trois (mon souffle au matin dernier vers aoi ce n’est pas aux choses 1 2  c’est pour moi le premier de tantes herbes el pre encore une citation “tu   le texte suivant a       la       ce qui n’ayant pas à dernier vers aoi on peut croire que martine depuis ce jour, le site   dits de       sur le "le renard connaît nous viendrons nous masser je voudrais voir les arbres pour max charvolen 1) abstraction voir figuration epuisement de la salle, dernier vers aoi et la peur, présente introibo ad altare ço dist li reis : certains soirs, quand je il y a des objets qui ont la  pour le dernier jour derniers textes mis en macles et roulis photo 4 lorsqu’on connaît une toi, mésange à la lecture de sainte antoine simon 17 autre citation       ( où l’on revient antoine simon 23 rimbaud a donc ce monde est semé pour michèle auer et pas une année sans évoquer lentement, josué rafale au programme des actions f le feu m’a onze sous les cercles dernier vers aoi         grappes       reine si vous entendez le lac tout mon petit univers en ne pas négocier ne cet article est paru dans le le grand combat : j’ai changé le (josué avait ma voix n’est plus que grant est la plaigne e large f les rêves de       objectif pour michèle gazier 1) (dans mon ventre pousse une       "..  dans le livre, le un jour nous avons la réserve des bribes  un livre écrit au lecteur voici le premier dernier vers aoi deuxième je t’enlace gargouille "nice, nouvel éloge de la pour jean marie marché ou souk ou vous avez pour andré     rien clers est li jurz et li     hélas, et   riche de mes j’entends sonner les dernier vers aoi a claude b.   comme une   ces notes       je me       la pas sur coussin d’air mais etait-ce le souvenir chaque automne les dernier vers aoi       dé pour frédéric   iv    vers un nouvel espace est ouvert la question du récit les lettres ou les chiffres  le livre, avec      & fragilité humaine. mesdames, messieurs, veuillez passet li jurz, la noit est normalement, la rubrique tout en travaillant sur les sculpter l’air : le ciel de ce pays est tout   « moi, li emperere s’est au labyrinthe des pleursils le lent déferlement 1 2  non... non... je vous je ne saurais dire avec assez montagnes de madame 1 madame est la     pluie du d’un côté depuis le 20 juillet, bribes de profondes glaouis on trouvera la video pour   pour le prochain  il y a le       sur le     l’é À perte de vue, la houle des       fourr&ea max charvolen, martin miguel dessiner les choses banales       coude des quatre archanges que tendresse du monde si peu « pouvez-vous à la bonne vos estes proz e vostre       les et encore   dits des quatre archanges que avez-vous vu 1 2        la deuxième apparition de que reste-t-il de la dans les hautes herbes paien sunt morz, alquant comme une suite de le "patriote", (de)lecta lucta         aujourd grande lune pourpre dont les pour gilbert la route de la soie, à pied,  l’entretien les textes mis en ligne       la (ma gorge est une   adagio   je       à l’heure de la quand vous serez tout madame a des odeurs sauvages torna a sorrento ulisse torna archipel shopping, la pour anne slacik ecrire est pour robert    si tout au long il faut aller voir aucun hasard si se la vie humble chez les   un vendredi des voiles de longs cheveux       & tes chaussures au bas de       soleil le numéro exceptionnel de trois tentatives desesperees au matin du il y a longtemps,       au fond (en regardant un dessin de       à présentation du il y a dans ce pays des voies le ciel est clair au travers le 26 août 1887, depuis madame aux rumeurs  marcel migozzi vient de dans le patriote du 16 mars rafale granz fut li colps, li dux en     son antoine simon 2       l’ preambule – ut pictura   que signifie si elle est belle ? je patrick joquel vient de juste un rare moment de bonheur, si grant dol ai que ne       marche macao grise     tout autour 1. il se trouve que je suis     &nbs antoine simon 12 attention beau j’aime chez pierre equitable un besoin sonnerait cher bernard nous serons toujours ces dentelle : il avait la terre a souvent tremblé       grimpant       fleur il semble possible (vois-tu, sancho, je suis  le grand brassage des       au nice, le 8 octobre rafale n° 6 just do À l’occasion de 7) porte-fenêtre leonardo rosa la légende fleurie est folie de josué tout d’ eurydice ou bien de tendresses ô mes envols       apr&egra d’un bout à premier vers aoi dernier j’ai parlé tout le problème       dans le       au pas petites proses sur terre autre essai d’un à propos “la       gentil accorde ton désir à ta tout à fleur d’eaula danse et si tu dois apprendre à       le pour le prochain basilic, (la la liberté de l’être l’homme est       pourquoi antoine simon 29 ce poème est tiré du a l’aube des apaches, pour maguy giraud et comme c’est printemps breton, printemps ma voix n’est plus que la gaucherie à vivre,       la pie   ces sec erv vre ile si j’étais un       en un immense est le théâtre et    seule au sous l’occupation zacinto dove giacque il mio <script     ce jour là, je pouvais dans la caverne primordiale    courant les plus vieilles neuf j’implore en vain     à dans les écroulements 10 vers la laisse ccxxxii mieux valait découper rita est trois fois humble.       longtem dans l’innocence des samuel chapitre 16, versets 1       dans       sur la on a cru à  l’exposition  dernier vers aoi les petites fleurs des je me souviens de toute trace fait sens. que       dans la       pour j’écoute vos ce pays que je dis est pour jean gautheron le cosmos       cerisier voici quelques années, les doigts d’ombre de neige les enseignants :       bonheur j’ai donné, au mois portrait. 1255 : troisième essai et si au premier jour il si c’est ça, les installations souvent,  je ne voulais pas prenez vos casseroles et derniers     nous avions reflets et echos la salle       chaque le galop du poème me ils avaient si longtemps, si a toi le don des cris qui que d’heures beatrice machet le la parol

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RAPHAËL MONTICELLI

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Lettre à de jeunes amateurs à propos de l’artiste Anne Gérard

A propos du travail d’Anne Gérard

Artiste(s) : Gérard

Nice, le 8 octobre 2004

C’est Gérald Meerloo, votre professeur d’arts plastiques, qui m’a demandé de vous écrire... Pour vous dire pourquoi je m’intéresse au travail d’Anne Gérard, et pourquoi j’aime regarder les oeuvres qu’elle fait. Et il est vrai que, depuis que j’ai vu sa première exposition, en 1990, dans une galerie niçoise, le travail d’Anne Gérard m’intéresse. Alors, voici...

Je vous dirai d’abord deux choses rapides.
Ce qui m’intéresse dans ce travail, c’est que cette artiste représente, ou présente, des objets de la vie quotidienne.
La raison pour laquelle j’aime regarder ses oeuvres, c’est qu’elles sont très particulières et qu’elles suscitent en moi des réactions, des idées, des impressions, des émotions que je ne retrouve pas à l’identique, mêlées de cette façon, dans d’autres oeuvres.

J’aimerais maintenant être un peu plus précis sur cette question des objets...
Peut-être êtes-vous comme moi : je m’intéresse aux objets. J’aime en avoir de toutes sortes. J’aime les regarder dans les vitrines, j’aime me promener dans les supermarchés, les souks et les magasins où les objets s’entassent. Je suis très fasciné par tout ce qui concerne les objets dont nous nous servons, par les formes qu’on leur donne et les emplois qu’on en fait.
Avec le temps, j’en suis venu à me dire que plus nos objets sont simples, humbles, banals, plus il semble que nous tissions avec eux des rapports complexes. Peut-être avez vous, vous aussi, cette impression.
Il y a en effet des objets auxquels nous ne faisons pas attention : pourquoi en effet s’attacher à une chaussure, un bol, une cravate, une passoire, une cueillère, une théière ? Voilà bien des objets qui sont –littéralement- insignifiants. Pourtant tous ces objets peuplent notre vie et notre espace. Ils accompagnent notre vie quotidienne, et nous les retrouvons même, pour certains d’entre eux, dans notre histoire et dans notre préhistoire… Nous les retrouvons même, plus ou moins embellis et ornés, dans l’histoire de l’art…

A vrai dire, nous retrouvons ces objets dans l’art même s’ils ne sont pas particulièrement beaux : il suffit qu’ils viennent d’ailleurs –un autre lieu, un autre temps- pour qu’ils nous paraissent curieusement étranges et fascinants : les biberons antiques, de Carthage ou de Rome, les chaussures de l’extrême orient, la porcelaine chinoise, ou… les marteaux américains… m’ont toujours ouvert les champs de la rêverie.

Ces objets qui nous accompagnent dans notre vie, nous accompagnent, pour certains d’entre eux, après notre mort. Vous connaissez tous le cas des tombeaux égyptiens, et vous savez sans doute que, bien avant la civilisation égyptienne, depuis des dizaines de milliers d’années, nous retrouvons des objets de la vie quotidienne dans les sépultures. Et de nos jours encore, plus modestement peut-être, nous habillons nos morts, et nous mettons parfois de menus objets dans leur cercueil.

Ces objets qui nous accompagnent dans la vie et dans la mort sont eux-mêmes sujets à la disparition, et nous avons, dans nos villes, des services spéciaux pour s’occuper des objets quand ils ont terminé leur usage. Nous appelons ça des décharges, ou des usines de retraitement des ordures… Parfois, certains objets survivent à ces destructions et on les retrouve dans les brocantes ou chez les antiquaires… Parfois, dans les familles, on sauve de la destruction un carnet, un stylo, une montre, une assiette… Peut-être avez vous ainsi ce type d’objets chez vous.

Cette question des objets, vous le voyez, est très intéressante, dès qu’on y réfléchit un peu. Et encore plus importante depuis que les objets sont produits industriellement, que nous en possédons de plus en plus (de sorte que nous en détruisons aussi de plus en plus) ; il y en a tant, parfois, que nous ne savons plus où les mettre… même quand ils sont détruits. Certains craignent même qu’ils finissent par manger tout notre espace, tant ils deviennent nombreux. Vous pourrez voir ça de plus près si ça vous intéresse, avec vos professeurs…

Notre intérêt pour les objets se manifeste aussi d’une autre façon : nous ne faisons pas que les produire, les utiliser, les réparer, les jeter ou les conserver… Nous les représentons aussi, nous en faisons des images… Depuis des centaines et des milliers d’années nous en faisons des dessins, des peintures, depuis quelques décennies, nous les photographions, les filmons.
Il y a quelques centaines d’années (c’était tout au début du XVIe siècle), en Europe, on a même inventé une forme de tableau qui ne représentait que des objets. Ça s’appelle une « nature morte ». Petite curiosité : les Anglais appellent ça « still life », ce qui veut dire… « toujours en vie ».

Vous voyez que j’en arrive à parler des artistes
Depuis tout petit, ça m’a toujours surpris cette volonté des artistes –surtout des peintres- de représenter des objets. Qu’il y ait des objets dans une photo de famille, ou qu’ils apparaissent dans un film, qu’un personnage figure dans un tableau tenant à la main un livre, l’autre main posée sur une table encombrée d’objet divers, ou encore qu’on voie des objets sur une scène de théâtre, ça, je le comprenais très bien : les objets font partie du décor. Mais ne voir, sur un tableau, qu’un verre et une gaufrette ! Passe encore un vase plein de fleurs, on peut se dire que le peintre a voulu nous caresser l’œil avec des couleurs. Mais la représentation d’une saucisse ? Ou d’un hamburger ? Ou d’une fiasque de vin à côté d’un verre et d’un bout de pain… Quand j’avais l’âge du CM1, et jusqu’à bien plus tard, dans mes années de lycée, ça me troublait.

Evidemment, plus ça me troublait, plus ça m’intéressait. Je me suis bientôt aperçu, par exemple, qu’un artiste qui ne représente que des objets, fait penser –forcément- aux hommes qu’il ne représente pas. Certains spectateurs se disent : « tiens ! Mais pourquoi n’y a –t-il personne sur ce tableau ? » ; d’autres : « Pour que ces objets soient là, il a fallu que quelqu’un les y place…. » Et les voilà en train de se raconter toute une histoire. D’autres encore : « Ces choses qui sont là figurées sous mes yeux, quelqu’un les a faites », et voilà que l’on part dans une histoire du travail : celle du jardinier qui a ramassé les fleurs, celle du boulanger qui a cuit le pain… ou celle du travail de l’artiste qui a peint le tableau !

Chacun de ces artistes provoque ainsi en moi –et je crois que c’est pareil pour beaucoup de gens qui regardent des œuvres d’art- toutes sortes de sentiments et d’idées. Par exemple, les premières « colères » d’Arman m’ont mis… en colère. Imaginez ça : cet artiste prenait des violons et les cassait avant d’en coller les bouts sur des panneaux. Il appelait ça « Colère ». Moi, ce qui me mettait en colère, c’est qu’il cassait des violons. J’aimais le son du violon ! Je connaissais le prix d’un violon, et je ne supportais pas qu’on les casse. J’ai mis du temps avant d’apprivoiser les « colères » d’Arman.

Autre exemple… Je vous parlais plus haut du verre et de la gaufrette. Plus je regardais ce tableau et plus mon attention était attirée par la disposition des objets, leur position sur la table, le déséquilibre qui était figuré (le plat de gaufrettes semblait sur le point de tomber) et surtout, par le reflet du vin dans le verre sur lequel, sans cesse, mon regard revenait. « On ne devrait pas appeler ce tableau verre et gaufrette, me suis-je dit un jour, mais déséquilibre et reflet ». Il faut se méfier des artistes : chez eux, une idée peut toujours en cacher une autre…

Pourquoi j’aime les œuvres d’Anne Gérard
Comme pour presque tous les peintres que j’aime, les œuvres d’Anne Gérard m’ont d’abord choqué. Je ne peux penser à son travail, je ne peux pas voir une de ses oeuvres, sans que me revienne sans cesse en mémoire ma découverte de sa première exposition… J’étais seul dans la salle. La galeriste travaillait dans son bureau. Face à moi de grandes toiles libres, bien construites et bien peintes.
Elles étaient bien construites, cela veut dire qu’elles étaient à l’évidence composées et que l’artiste voulait donner l’impression d’une organisation réfléchie. Elles étaient bien peintes, cela veut dire que l’on voyait un « savoir faire », dans la qualité de la peinture, dans l’usage du pinceau, dans les associations –parfois osées- de couleurs…
Pourtant ces toiles me choquaient.
Elles me choquaient parce que cet évident « savoir faire » servait à représenter des objets vulgaires ( une passoire par exemple) de façon maladroite. Elle utilisait volontiers de la toile courante et non de la toile de peintre… Et je ne cessais de rouler en moi ces questions : « pourquoi cette opposition ? Pourquoi ce mélange d’adresse et de maladresse ? Comment le tuyau, l’échelle et la passoire sont-ils associés ? Quels effets leur association produit-elle ? ». C’est avec toutes ces questions que j’ai écrit mon premier texte sur le travail d’Anne Gérard. Un texte de forme poétique, très construit et très maladroit, sur le modèle des chansons de toile du moyen âge.

D’une certaine façon, ce que j’ai appris, en regardant les œuvres d’Anne Gérard, et en écrivant mon texte, c’est qu’ avec une maladresse calculée, elle mettait nos objets les plus vulgaires en situation de déséquilibre, qu’elle nous rendait ainsi étrange ce qui était d’abord banal à nos yeux, un peu comme si elle nous les faisait voir de loin, et qu’en les mettant ainsi à distance, elle créait en nous ce trouble qui nous oblige à parler, qui est, peut-être à l’origine de toute poésie.

Depuis quatorze ans, régulièrement, je vais voir le travail d’Anne Gérard. Dans les galeries, les musées ou dans son atelier. Et chaque période m’en apprend davantage sur l’étonnant dialogue que cette artiste installe entre les choses, les représentations que nous faisons des choses, le savoir faire et la maladresse, les objets que l’on représente et ceux qui permettent de les représenter, l’absence de personnages humains, l’apparition et la disparition des objets, la disparition et la présence des gens dans le travail des artistes.

Ces dernières années, les œuvres d’Anne Gérard sont devenues, pour moi, encore plus émouvantes : elle a abandonné toute couleur sinon par trace (ou par effacement) ; et elle emploie de plus en plus le blanc que les occidentaux ne perçoivent pas comme une couleur. Elle a gardé son catalogue d’objets courants, et a simplifié –réduit- les outils de la peinture.
Je dis émouvant parce que je vois bien qu’Anne Gérard cherche à dépouiller son travail de ce qui n’est pas le plus important, l’essentiel : les objets, leur absence et notre absence, leur disparition et notre disparition : nous voici de plus en plus dans ce qui est à l’origine de toute poésie.

La série des œuvres qu’elle a présentées à Nice en 2001 a provoqué en moi un choc très fort.
Je connais peu de peintres capables de travailler « à l’envers ». Les quelques uns que je connais sont de grands peintres. L’un d’entre eux, un allemand, peint ses personnages à l’envers. ça les met –ça nous met- dans des positions inconfortables et curieusement dynamiques, même quand ça ressemble à des gisants. Un autre écrit des textes illisibles en faisant passer la peinture par le verso de la toile : dans une explosion de couleurs, on voit, au recto de la toile, la silhouette d’un texte à jamais perdu.
Anne Gérard avait travaillé avec la même force inventive : elle avait dessiné des objets. Au verso du papier. Au stylo à bille. En crevant le papier. Au recto apparaissait accrochant à peine la lumière, la silhouette de l’objet, un peu comme dans la technique du cuir repoussé. Je me suis dit en voyant cette série : « ce sont des fantômes d’objet ». Et aussitôt après : « Pour nous parler de quels autres fantômes ? »

J’ai découvert la toute dernière série dans son nouvel atelier, aux entrepôts Spada, à Nice… Comme d’habitude avec les peintres que j’aime et dont je suis le travail, j’ai ressenti ce sentiment mêlé : je n’imaginais pas qu’elle ferait ce travail-là, c’était inattendu. Evidemment, c’est ça qu’elle devait faire, c’était logique.

Anne Gérard a quitté la toile, le papier, la-voilà sur des bouts de carton, pouvait-on s’y attendre ? Ces cartons eux-mêmes sont des « objets » sur lesquels elle va représenter des objets. Mais sur ces cartons figurent des inscriptions, des logos, des images, qui sont encore d’autres formes d’objets et d’autres représentations. Elle a confirmé son usage minimum de la représentation et de la couleur : photocopie, peinture blanche, huile. Sur le même carton se confrontent deux façons de représenter : celle de l’industrie et celle de l’artiste. Et sur chaque carton se développe tout un dialogue entre blanc et noir, entre pictogramme et image, entre utilité immédiate et art, entre dessin et peinture, entre contour et diffusion, entre l’image et son halo… Quand je dis « dialogue », comprenez que c’est une façon de parler : c’est en moi que ça dialogue. C’est en moi que le bout de carton se heurte à la silhouette blanche qui le marque. C’est en moi que monte l’émotion quand je me dis, en pensant à ce travail : « Voilà ce qui me plait : un travail qui utilise des moyens pauvres dans une démarche simple pour aller à l’essentiel ; tout le monde est capable de plaire en ajoutant des paillettes, du brio, du maquillage ; seul l’artiste est capable de se priver de l’artifice ».

En guise d’au revoir
J’espère avoir bien répondu à la demande de votre professeur d’arts plastiques. J’espère que vous trouverez, ici ou là, dans ces quelques feuillets, une piste ou deux, en plus des vôtres, pour approcher le travail d’Anne Gérard. Si vous voulez que nous dialoguions ensemble, dites le à vos professeurs, ils savent bien où me trouver.

Raphaël Monticelli

Publication en ligne : 22 juillet 2008
Première publication : 8 octobre 2004 / présentation d’exposition

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