BRIBES EN LIGNE
    un mois sans a propos de quatre oeuvres de lorsqu’on connaît une dernier vers aoi    il les cuivres de la symphonie carles li reis en ad prise sa f le feu m’a six de l’espace urbain,       pourqu       st f les feux m’ont nice, le 30 juin 2000 les enseignants : les premières réponse de michel       j̵ le franchissement des merci à marc alpozzo Éléments - mieux valait découper mi viene in mentemi       rampan       neige la liberté de l’être bruno mendonça cyclades, iii° du bibelot au babilencore une inoubliables, les     rien vous êtes moi cocon moi momie fuseau       fleur approche d’une       une pour yves et pierre poher et au programme des actions et il fallait aller debout       parfoi non, björg,  le grand brassage des sixième viallat © le château de antoine simon 7 carissimo ulisse,torna a   adagio   je patrick joquel vient de pour egidio fiorin des mots décembre 2001. v.- les amicales aventures du guetter cette chose dernier vers aoi quand il voit s’ouvrir,       bonheu le coquillage contre antoine simon 21 antoine simon 31       une  zones gardées de sculpter l’air : la liberté s’imprime à au lecteur voici le premier       dans napolì napolì je ne saurais dire avec assez pour max charvolen 1)    au balcon       vu si j’avais de son a supposer quece monde tienne mult est vassal carles de nice, le 18 novembre 2004 ajout de fichiers sons dans monde imaginal, ses mains aussi étaient       le une errance de et combien au rayon des surgelés    seule au   entrons errer est notre lot, madame, ce pays que je dis est       mouett je crie la rue mue douleur elle réalise des     pourquoi la mastication des i mes doigts se sont ouverts tous ces charlatans qui a dix sept ans, je ne savais       aux sur l’erbe verte si est bien sûr, il y eut ma mémoire ne peut me antoine simon 27 le soleil n’est pas ki mult est las, il se dort fragilité humaine. vous n’avez 1 la confusion des attention beau si grant dol ai que ne je sais, un monde se     dans la ruela  avec « a la l’attente, le fruit du fond des cours et des  “ne pas 10 vers la laisse ccxxxii pour maguy giraud et il faut laisser venir madame       le la mort, l’ultime port,  hors du corps pas la vie humble chez les "pour tes       " pluies et bruines,       le pour maxime godard 1 haute a ma mère, femme parmi la langue est intarissable       en un villa arson, nice, du 17 dernier vers aoi ils sortent au seuil de l’atelier  les éditions de je meurs de soif temps de bitume en fusion sur à la mémoire de ce À l’occasion de j’ai en réserve fin première josué avait un rythme face aux bronzes de miodrag sauvage et fuyant comme  l’écriture tout en vérifiant       dans 0 false 21 18       le       tourne f le feu s’est   nous sommes (ma gorge est une       grappe onzième       la merle noir  pour li emperere par sa grant dernier vers s’il coupé le sonà si, il y a longtemps, les       l̵ juste un mot pour annoncer   en grec, morías   est-ce que dernier vers aoi j’ai donné, au mois la route de la soie, à pied,     m2 &nbs dans les rêves de la dernier vers que mort       alla a grant dulur tendrai puis douce est la terre aux yeux tromper le néant li emperere s’est je suis bien dans       pass&e       s̵ iloec endreit remeint li os merci à la toile de       voyage dans les carnets l’illusion d’une       le huit c’est encore à  dernier salut au coupé en deux quand quelques autres       aujour antoine simon 3 ce qui fascine chez j’ai changé le mes pensées restent rien n’est       au       je       soleil chaque automne les       pass&e les lettres ou les chiffres dernier vers aoi         &n tu le sais bien. luc ne   le texte suivant a       m̵ il ne sait rien qui ne va     tout autour       dans la lecture de sainte       bonhe toi, mésange à je dors d’un sommeil de pour michèle aueret d’abord l’échange des et que dire de la grâce issent de mer, venent as  il est des objets sur dernier vers doel i avrat,  de la trajectoire de ce dans l’effilé de les grands s’égarer on un titre : il infuse sa 1) notre-dame au mur violet antoine simon 19       maquis       la première  la toile couvre les la brume. nuages clquez sur       sur le rossignolet tu la dans ma gorge morz est rollant, deus en ad et je vois dans vos (ô fleur de courge...     son sa langue se cabre devant le  les trois ensembles beaucoup de merveilles       l̵ ainsi va le travail de qui pas même antoine simon 6 pour martine       un       retour al matin, quant primes pert       " le nécessaire non un verre de vin pour tacher qu’est-ce qui est en je suis occupé ces à propos des grands le 28 novembre, mise en ligne cet article est paru dans le il souffle sur les collines jamais si entêtanteeurydice à vous dites : "un       la  il y a le 1 au retour au moment traquer de mes deux mains     nous bribes en ligne a la galerie chave qui à bernadette « h&eacu la prédication faite station 3 encore il parle pour jean-louis cantin 1.- avant dernier vers aoi que d’heures c’est seulement au  “s’ouvre le plus insupportable chez       chaque pour andré j’arrivais dans les  improbable visage pendu       fourr& j’ai donc les durand : une chaque jour est un appel, une et  riche de mes janvier 2002 .traverse non... non... je vous assure, jamais je n’aurais quatrième essai rares béatrice machet vient de "ah ! mon doux pays, rêve, cauchemar, le lourd travail des meules dans un coin de nice, dire que le livre est une dans les horizons de boue, de pas sur coussin d’air mais dans le pain brisé son franchement, pensait le chef, heureuse ruine, pensait "le renard connaît maintenant il connaît le l’éclair me dure,  la lancinante dans le respect du cahier des o tendresses ô mes       va derniers agnus dei qui tollis peccata allons fouiller ce triangle ne pas négocier ne la mort d’un oiseau.   si vous souhaitez l’erbe del camp, ki c’est vrai ce qui importe pour la chaude caresse de  pour le dernier jour dernier vers aoi on dit qu’agathe antoine simon 2 souvent je ne sais rien de mesdames, messieurs, veuillez       au (de)lecta lucta   la pureté de la survie. nul       je me pour helmut "je me tais. pour taire. mais jamais on ne temps où les coeurs deuxième apparition giovanni rubino dit la terre a souvent tremblé   on n’est       la cliquetis obscène des       deux le grand combat :       au bernard dejonghe... depuis epuisement de la salle, lorsque martine orsoni f toutes mes       nuage       dans ainsi fut pétrarque dans voile de nuità la c’est un peu comme si, "moi, esclave" a bien sûrla c’est la peur qui fait autre essai d’un si j’étais un dans le monde de cette rêves de josué, avez-vous vu       la essai de nécrologie, autre citation carles respunt : laure et pétrarque comme quel ennui, mortel pour même si je n’hésiterai dernier vers aoi je t’ai admiré, pourquoi yves klein a-t-il et…  dits de nous avons affaire à de       &ccedi       dans autre petite voix arbre épanoui au ciel       neige 1- c’est dans écoute, josué,    nous et voici maintenant quelques ecrire sur mille fardeaux, mille       dans de sorte que bientôt       sur nu(e), comme son nom on préparait de la après la lecture de tant pis pour eux. le pendu carmelo arden quin est une suite du blasphème de la parol

Accueil > Les rossignols du crocheteur > Les textes publiés > Approches critiques > D-L
<- Claude Giorgi | La stratégie du fantôme ->
Lettre à de jeunes amateurs

A propos du travail d’Anne Gérard

Artiste(s) : Gérard

Nice, le 8 octobre 2004

C’est Gérald Meerloo, votre professeur d’arts plastiques, qui m’a demandé de vous écrire... Pour vous dire pourquoi je m’intéresse au travail d’Anne Gérard, et pourquoi j’aime regarder les oeuvres qu’elle fait. Et il est vrai que, depuis que j’ai vu sa première exposition, en 1990, dans une galerie niçoise, le travail d’Anne Gérard m’intéresse. Alors, voici...

Je vous dirai d’abord deux choses rapides.
Ce qui m’intéresse dans ce travail, c’est que cette artiste représente, ou présente, des objets de la vie quotidienne.
La raison pour laquelle j’aime regarder ses oeuvres, c’est qu’elles sont très particulières et qu’elles suscitent en moi des réactions, des idées, des impressions, des émotions que je ne retrouve pas à l’identique, mêlées de cette façon, dans d’autres oeuvres.

J’aimerais maintenant être un peu plus précis sur cette question des objets...
Peut-être êtes-vous comme moi : je m’intéresse aux objets. J’aime en avoir de toutes sortes. J’aime les regarder dans les vitrines, j’aime me promener dans les supermarchés, les souks et les magasins où les objets s’entassent. Je suis très fasciné par tout ce qui concerne les objets dont nous nous servons, par les formes qu’on leur donne et les emplois qu’on en fait.
Avec le temps, j’en suis venu à me dire que plus nos objets sont simples, humbles, banals, plus il semble que nous tissions avec eux des rapports complexes. Peut-être avez vous, vous aussi, cette impression.
Il y a en effet des objets auxquels nous ne faisons pas attention : pourquoi en effet s’attacher à une chaussure, un bol, une cravate, une passoire, une cueillère, une théière ? Voilà bien des objets qui sont –littéralement- insignifiants. Pourtant tous ces objets peuplent notre vie et notre espace. Ils accompagnent notre vie quotidienne, et nous les retrouvons même, pour certains d’entre eux, dans notre histoire et dans notre préhistoire… Nous les retrouvons même, plus ou moins embellis et ornés, dans l’histoire de l’art…

A vrai dire, nous retrouvons ces objets dans l’art même s’ils ne sont pas particulièrement beaux : il suffit qu’ils viennent d’ailleurs –un autre lieu, un autre temps- pour qu’ils nous paraissent curieusement étranges et fascinants : les biberons antiques, de Carthage ou de Rome, les chaussures de l’extrême orient, la porcelaine chinoise, ou… les marteaux américains… m’ont toujours ouvert les champs de la rêverie.

Ces objets qui nous accompagnent dans notre vie, nous accompagnent, pour certains d’entre eux, après notre mort. Vous connaissez tous le cas des tombeaux égyptiens, et vous savez sans doute que, bien avant la civilisation égyptienne, depuis des dizaines de milliers d’années, nous retrouvons des objets de la vie quotidienne dans les sépultures. Et de nos jours encore, plus modestement peut-être, nous habillons nos morts, et nous mettons parfois de menus objets dans leur cercueil.

Ces objets qui nous accompagnent dans la vie et dans la mort sont eux-mêmes sujets à la disparition, et nous avons, dans nos villes, des services spéciaux pour s’occuper des objets quand ils ont terminé leur usage. Nous appelons ça des décharges, ou des usines de retraitement des ordures… Parfois, certains objets survivent à ces destructions et on les retrouve dans les brocantes ou chez les antiquaires… Parfois, dans les familles, on sauve de la destruction un carnet, un stylo, une montre, une assiette… Peut-être avez vous ainsi ce type d’objets chez vous.

Cette question des objets, vous le voyez, est très intéressante, dès qu’on y réfléchit un peu. Et encore plus importante depuis que les objets sont produits industriellement, que nous en possédons de plus en plus (de sorte que nous en détruisons aussi de plus en plus) ; il y en a tant, parfois, que nous ne savons plus où les mettre… même quand ils sont détruits. Certains craignent même qu’ils finissent par manger tout notre espace, tant ils deviennent nombreux. Vous pourrez voir ça de plus près si ça vous intéresse, avec vos professeurs…

Notre intérêt pour les objets se manifeste aussi d’une autre façon : nous ne faisons pas que les produire, les utiliser, les réparer, les jeter ou les conserver… Nous les représentons aussi, nous en faisons des images… Depuis des centaines et des milliers d’années nous en faisons des dessins, des peintures, depuis quelques décennies, nous les photographions, les filmons.
Il y a quelques centaines d’années (c’était tout au début du XVIème siècle), en Europe, on a même inventé une forme de tableau qui ne représentait que des objets. Ça s’appelle une "nature morte". Petite curiosité : les Anglais appellent ça "still life", ce qui veut dire… "toujours en vie".

Vous voyez que j’en arrive à parler des artistes
Depuis tout petit, ça m’a toujours surpris cette volonté des artistes –surtout des peintres- de représenter des objets. Qu’il y ait des objets dans une photo de famille, ou qu’ils apparaissent dans un film, qu’un personnage figure dans un tableau tenant à la main un livre, l’autre main posée sur une table encombrée d’objet divers, ou encore qu’on voie des objets sur une scène de théâtre, ça, je le comprenais très bien : les objets font partie du décor. Mais ne voir, sur un tableau, qu’un verre et une gaufrette ! Passe encore un vase plein de fleurs, on peut se dire que le peintre a voulu nous caresser l’œil avec des couleurs. Mais la représentation d’une saucisse ? Ou d’un hamburger ? Ou d’une fiasque de vin à côté d’un verre et d’un bout de pain… Quand j’avais l’âge du CM1, et jusqu’à bien plus tard, dans mes années de lycée, ça me troublait.

Evidemment, plus ça me troublait, plus ça m’intéressait. Je me suis bientôt aperçu, par exemple, qu’un artiste qui ne représente que des objets, fait penser –forcément- aux hommes qu’il ne représente pas. Certains spectateurs se disent : "tiens ! Mais pourquoi n’y a –t-il personne sur ce tableau ?" ; d’autres : "Pour que ces objets soient là, il a fallu que quelqu’un les y place…." Et les voilà en train de se raconter toute une histoire. D’autres encore : "Ces choses qui sont là figurées sous mes yeux, quelqu’un les a faites", et voilà que l’on part dans une histoire du travail : celle du jardinier qui a ramassé les fleurs, celle du boulanger qui a cuit le pain… ou celle du travail de l’artiste qui a peint le tableau !

Chacun de ces artistes provoque ainsi en moi –et je crois que c’est pareil pour beaucoup de gens qui regardent des œuvres d’art- toutes sortes de sentiments et d’idées. Par exemple, les premières "colères" d’Arman m’ont mis… en colère. Imaginez ça : cet artiste prenait des violons et les cassait avant d’en coller les bouts sur des panneaux. Il appelait ça "Colère". Moi, ce qui me mettait en colère, c’est qu’il cassait des violons. J’aimais le son du violon ! Je connaissais le prix d’un violon, et je ne supportais pas qu’on les casse. J’ai mis du temps avant d’apprivoiser les "colères" d’Arman.

Autre exemple… Je vous parlais plus haut du verre et de la gaufrette. Plus je regardais ce tableau et plus mon attention était attirée par la disposition des objets, leur position sur la table, le déséquilibre qui était figuré (le plat de gaufrettes semblait sur le point de tomber) et surtout, par le reflet du vin dans le verre sur lequel, sans cesse, mon regard revenait. "On ne devrait pas appeler ce tableau verre et gaufrette, me suis-je dit un jour, mais déséquilibre et reflet". Il faut se méfier des artistes : chez eux, une idée peut toujours en cacher une autre…

Pourquoi j’aime les œuvres d’Anne Gérard
Comme pour presque tous les peintres que j’aime, les œuvres d’Anne Gérard m’ont d’abord choqué. Je ne peux penser à son travail, je ne peux pas voir une de ses oeuvres, sans que me revienne sans cesse en mémoire ma découverte de sa première exposition… J’étais seul dans la salle. La galeriste travaillait dans son bureau. Face à moi de grandes toiles libres, bien construites et bien peintes.
Elles étaient bien construites, cela veut dire qu’elles étaient à l’évidence composées et que l’artiste voulait donner l’impression d’une organisation réfléchie. Elles étaient bien peintes, cela veut dire que l’on voyait un "savoir faire", dans la qualité de la peinture, dans l’usage du pinceau, dans les associations –parfois osées- de couleurs…
Pourtant ces toiles me choquaient.
Elles me choquaient parce que cet évident "savoir faire" servait à représenter des objets vulgaires ( une passoire par exemple) de façon maladroite. Elle utilisait volontiers de la toile courante et non de la toile de peintre… Et je ne cessais de rouler en moi ces questions : "pourquoi cette opposition ? Pourquoi ce mélange d’adresse et de maladresse ? Comment le tuyau, l’échelle et la passoire sont-ils associés ? Quels effets leur association produit-elle ?". C’est avec toutes ces questions que j’ai écrit mon premier texte sur le travail d’Anne Gérard. Un texte de forme poétique, très construit et très maladroit, sur le modèle des chansons de toile du moyen âge.

D’une certaine façon, ce que j’ai appris, en regardant les œuvres d’Anne Gérard, et en écrivant mon texte, c’est qu’ avec une maladresse calculée, elle mettait nos objets les plus vulgaires en situation de déséquilibre, qu’elle nous rendait ainsi étrange ce qui était d’abord banal à nos yeux, un peu comme si elle nous les faisait voir de loin, et qu’en les mettant ainsi à distance, elle créait en nous ce trouble qui nous oblige à parler, qui est, peut-être à l’origine de toute poésie.

Depuis quatorze ans, régulièrement, je vais voir le travail d’Anne Gérard. Dans les galeries, les musées ou dans son atelier. Et chaque période m’en apprend davantage sur l’étonnant dialogue que cette artiste installe entre les choses, les représentations que nous faisons des choses, le savoir faire et la maladresse, les objets que l’on représente et ceux qui permettent de les représenter, l’absence de personnages humains, l’apparition et la disparition des objets, la disparition et la présence des gens dans le travail des artistes.

Ces dernières années, les œuvres d’Anne Gérard sont devenues, pour moi, encore plus émouvantes : elle a abandonné toute couleur sinon par trace (ou par effacement) ; et elle emploie de plus en plus le blanc que les occidentaux ne perçoivent pas comme une couleur. Elle a gardé son catalogue d’objets courants, et a simplifié –réduit- les outils de la peinture.
Je dis émouvant parce que je vois bien qu’Anne Gérard cherche à dépouiller son travail de ce qui n’est pas le plus important, l’essentiel : les objets, leur absence et notre absence, leur disparition et notre disparition : nous voici de plus en plus dans ce qui est à l’origine de toute poésie.

La série des œuvres qu’elle a présentées à Nice en 2001 a provoqué en moi un choc très fort.
Je connais peu de peintres capables de travailler "à l’envers". Les quelques uns que je connais sont de grands peintres. L’un d’entre eux, un allemand, peint ses personnages à l’envers. ça les met –ça nous met- dans des positions inconfortables et curieusement dynamiques, même quand ça ressemble à des gisants. Un autre écrit des textes illisibles en faisant passer la peinture par le verso de la toile : dans une explosion de couleurs, on voit, au recto de la toile, la silhouette d’un texte à jamais perdu.
Anne Gérard avait travaillé avec la même force inventive : elle avait dessiné des objets. Au verso du papier. Au stylo à bille. En crevant le papier. Au recto apparaissait accrochant à peine la lumière, la silhouette de l’objet, un peu comme dans la technique du cuir repoussé. Je me suis dit en voyant cette série : "ce sont des fantômes d’objet". Et aussitôt après : "Pour nous parler de quels autres fantômes ?"

J’ai découvert la toute dernière série dans son nouvel atelier, aux entrepôts Spada, à Nice… Comme d’habitude avec les peintres que j’aime et dont je suis le travail, j’ai ressenti ce sentiment mêlé : je n’imaginais pas qu’elle ferait ce travail-là, c’était inattendu. Evidemment, c’est ça qu’elle devait faire, c’était logique.

Anne Gérard a quitté la toile, le papier, la-voilà sur des bouts de carton, pouvait-on s’y attendre ? Ces cartons eux-mêmes sont des "objets" sur lesquels elle va représenter des objets. Mais sur ces cartons figurent des inscriptions, des logos, des images, qui sont encore d’autres formes d’objets et d’autres représentations. Elle a confirmé son usage minimum de la représentation et de la couleur : photocopie, peinture blanche, huile. Sur le même carton se confrontent deux façons de représenter : celle de l’industrie et celle de l’artiste. Et sur chaque carton se développe tout un dialogue entre blanc et noir, entre pictogramme et image, entre utilité immédiate et art, entre dessin et peinture, entre contour et diffusion, entre l’image et son halo… Quand je dis "dialogue", comprenez que c’est une façon de parler : c’est en moi que ça dialogue. C’est en moi que le bout de carton se heurte à la silhouette blanche qui le marque. C’est en moi que monte l’émotion quand je me dis, en pensant à ce travail : "Voilà ce qui me plait : un travail qui utilise des moyens pauvres dans une démarche simple pour aller à l’essentiel ; tout le monde est capable de plaire en ajoutant des paillettes, du brio, du maquillage ; seul l’artiste est capable de se priver de l’artifice".

En guise d’au revoir
J’espère avoir bien répondu à la demande de votre professeur d’arts plastiques. J’espère que vous trouverez, ici ou là, dans ces quelques feuillets, une piste ou deux, en plus des vôtres, pour approcher le travail d’Anne Gérard. Si vous voulez que nous dialoguions ensemble, dites le à vos professeurs, ils savent bien où me trouver.

Raphaël Monticelli

Publication en ligne : 22 juillet 2008
Première publication : 8 octobre 2004 / présentation d’exposition

Réagir à ce texte

Suivre la vie du site RSS 2.0 | Plan du site | Espace privé | SPIP | squelette