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Gérard Duchêne, Maturité


L’art n’existe que par la pratique et -pourrait-on dire-
presque uniquement grâce au lieu où il se fabrique : l’atelier.
G.D.

Il : Qui est "Il" dans le "Journal d’Il" ?
Je : J’ai déjà répondu à cette question... "Il" est un "je" qui s’absente, ou qui s’absentéise, un emblème de l’isolement.

Entour-détourage-autour : voilà ce qui crée l’oeuvre
G.D.

Il : Tu es devenu un peintre "mûr". Que signifie ce terme au niveau des problèmes de la peinture. Le mur est aussi l’apparence visuelle des pavés de textes.
Je : Du mur de la construction à celui de la maturité il s’en faut, pour le moment encore, de l’épaisseur d’un circonflexe. Pour l’oreille cependant la différence est nulle... Pour le sens... Peut-être qu’après tout je me mure dans ma maturité. Ou peut-être que ma maturation de peintre "fait mur". Pour cet aspect de la question, il en va du mur comme du texte qui se désécrit dans l’écrit(ure), de la matrice qui fait pavé en se défaisant comme sens. Le mur des pavés de textes se fait de mon ouverture (peut-être la fait-il), du travail des humidités et de leur perte.
Pour le deuxième aspect de la question : le problème de ma maturité de peintre renvoie à celui des incertitudes et du confort. Je crois que la maturité tient, dans la peinture, à deux ou trois attitudes :
. Une attitude psychologique. Etre mûr c’est assumer sa pratique. C’est savoir que, somme toute, sans prétention aucune, on fait la seule chose que l’on puisse faire : c’est assumer sa pratique, et, le cas échéant, l’assumer comme erreur, en tout cas comme errance.
. Une attitude technique. La maturité c’est s’être donné les moyens techniques qui permettent d’assumer sa pratique propre (quitte à les inventer : l’histoire de l’art c’est aussi l’histoire des découvertes techniques). De ce point de vue, depuis le classique maniement du pinceau, jusqu’à la maîtrise -inédite- de l’écriture au trichlo, en passant par celle de la toile souple, des divers types de liants, des modes de pigmentation, oui, je crois que mes apprentissages propres sont achevés.
. Une attitude historique. La maturité, c’est savoir à quels courants historiques on se rattache, de quelles solidarités on est tissu dans ses rapports aux autres artistes, comme aux autres pratiques sociales. De ce point de vue-là aussi, je suis entré dans ma maturité.
C’est un autre tic de Monticelli de rappeler à ce propos l’exemple d’Okusai qui disait à 70 ans qu’il commençait à savoir peindre, alors... Banal non ?

Publication en ligne : 31 décembre 2008
Première publication : novembre 1989

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