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voici des œuvres qui, le       sous ce qui fascine chez petites proses sur terre 1 2  pour julius baltazar 1 le il est le jongleur de lui dans le vacarme des couleurs,   se les petites fleurs des       sur le de pareïs li seit la toulon, samedi 9 il pleut. j’ai vu la antoine simon 19 "école de coupé le son à       madame est toute aller à la bribe suivante pour le prochain basilic, (la a-t-il dorothée vint au monde       dans la page suivante ► page derniers lorsque martine orsoni       la rafale       mé antoine simon 31 sables mes paroles vous madame dans l’ombre des le lent tricotage du paysage       un rita est trois fois humble. le tissu d’acier       allong&e de toutes les madame déchirée equitable un besoin sonnerait eloge de la boite aux       au pas toute trace fait sens. que  dernier salut au       ce madame des forêts de bribes en ligne a et il fallait aller debout dans un clignement de pas même toutefois je m’estimais je serai toujours attentif à ce poème est tiré du 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RAPHAËL MONTICELLI

Murmures des ténèbres

Les sept dormants d’Éphèse

Publication en ligne : 14 avril 2020

Dans la Légende dorée, Voragine écrit à propos de ces sept fugitifs reclus dans une grotte : « Après leur repas du soir, ils s’assirent et s’entretinrent avec tristesse et larmes » et poursuit ainsi sa phrase : « à l’instant, par la volonté de Dieu, ils s’endormirent ».
Mon texte s’insère entre ces deux membres de phrases. Il est dédié à Muriel Desambrois qui en a fait les illustrations en céramique pour les éditions de la Diane française (galerie Quadrige, Nice) en 2014.
Ces illustrations sont visibles en cliquant sur le portfolio qui se trouve en bas de page.


Pour écouter la lecture, cliquer sur l’icône ci-dessous

LECTURE

Postquam autem coenabant sedentes et colloquentes in luctu et lacrymis…

Jacobi a Voragine

Après leur repas du soir, ils s’assirent et s’entretinrent avec tristesse et larmes
Jacques de Voragine

« Nous voici à l’abri dans les mains jointes de la terre,
loin de la lumière du jour, loin de la douceur des nuits,
loin du vacarme du monde, ses insultes, ses cris.

Seules nos voix pourraient troubler, dans le silence,
la sueur des pierres, ce rythme de larme qui goutte,
ou le battement de nos cœurs, ou l’étranglement de nos souffles.

Mettons nos voix à l’unisson de l’eau des pierres,
nos souffles accordés aux mouvements de l’air.
N’allumons ni lampe ni torche
pour qu’aucune lumière d’homme ne nous trahisse.

Seules nos voix nous accompagnent
et que nos mots
soient un murmure d’eau dans les ténèbres,
un filet de lumière dans notre obscurité. »

Ainsi parlait Maximien, et ses frères l’écoutaient.

« Pourtant dans ce silence, dit Marcien,
une angoisse me prend
et la tristesse
désespérée
de celui qui, dans la douleur des solitudes
ne parvient pas même à prier.

Nous voici ensemble, sous son Nom réunis ;
exclus pourtant de la communauté des hommes.
Ne sont-ils pas nos frères aussi ceux qui nous chassent ?
Que Dieu les sauve !
Que jamais
nous n’ayons contre eux de haine.
Ce qui m’attriste
et dont s’embuent mes yeux,
c’est d’être incapable de partager l’amour
au nom duquel je vis. »

Marcien étouffait ses sanglots dans la grotte
et ses frères sentaient leur gorge se nouer.

La voix de Sérapion glissa dans les ténèbres :

« Tu parles d’amour, mon frère,
et c’est l’amour qui nous sépare du monde »

Et Sérapion pleurait tout en parlant.

« Comment aimer ceux qui nous haïssent ?
Comment voir la part de sainteté qu’ils portent ?
Comment pardonner à ceux qui nous poursuivent ?
Dieu seul peut pardonner. »

Ses six amis mêlaient leurs larmes
aux siennes et au murmure des eaux…

« Quand bien même, souffla Maximien,
quand bien même
il ne resterait qu’une perle d’amour dans l’océan des haines,
cela suffirait à me donner espoir. »

« Et n’a-t-il pas été bafoué, flagellé, crucifié, mis au tombeau ?
reprit Constantin.
Et à ceux qui souffraient de sa souffrance,
à ceux qui pleuraient de le voir souffrir, il disait
« ne pleurez pas sur moi, fils et filles de Sion
pleurez sur vous et vos enfants ».
La route des méchants est plus sinistre
que les ténèbres qui nous environnent
Ne pleurons pas sur notre sort, mes frères,
plaignons ceux qui sont travaillés par la haine
N’ayons pour eux que des prières et des mots de consolation
et ces mots nous consoleront. »

Malchus parla alors dans la tristesse épaisse des ombres :

« Ayons une pensée, mes frères, pour le plus grand de nos persécuteurs.
La haine qui l’anime est la mère des haines,
et son pouvoir est absolu :
c’est lui qui décide et condamne en ce monde.
Tu dis vrai Marcius, il est notre frère…
Le sommeil des tyrans est déchiré de crimes.
Lorsque la nuit entrouvre les portes de l’enfance,
l’enfant en lui crie d’effroi et de peine
de toute la souffrance qu’il provoque.
Le ventre de sa mère se révulse d’horreur,
et sa douceur s’assèche infiniment.
Il souffre, mes frères, dans sa nuit.
Mais alors que l’amour qui nous porte
mue nos souffrances en joie et jouissance,
la haine attise les siennes
tord ses poumons et sa langue,
brûle ses yeux,
pétrifie son cœur,
putréfie ses viscères,
émiette son cerveau.
Prions pour Décius, mes frères,
et s’il nous faut nous lamenter
que ce soit sur lui et non sur nous. »

« Ne ressens-tu donc aucune angoisse
demanda Denis, la voix tremblante,
frères, pardonnez-moi, je me sens couvert d’un grand linceul
qui glace ma sueur et mes larmes ;
mon cœur bat si fort que je redoute
qu’il brise sa cage d’os.
L’obscurité nous protège dis-tu.
Elle me serre si fort que j’ai mal à poser mes mots dans l’air.
Éloigne de moi ce calice de fiel, disait, sur la croix,
celui qui, ce matin encore, me faisait espérer. »

C’est Jean qui répondit :

« Notre frère connaît l’angoisse, Denis,
comme chacun de nous
ici, en ce moment ;
comme la connut notre frère sur la croix.
Mais j’entends sa prière
de remettre nos vies entre les mains de Dieu
et de nous abandonner nous-mêmes.
C’est en faisant taire toute haine en nous,
en retenant le seul aujourd’hui entre nous,
que nous effacerons les horreurs du monde. »

« Tu es de bon conseil, frère de miséricorde,
dit Maximien
Proclamons qu’il est doux de vivre en aimant.
Laissons agir seulement ce moment entre nous,
laissons cette confiance que nous partageons,
cet amour qui nous lie,
faire en nous leur travail d’apaisement.
Laissons l’obscurité glisser en nous
par toutes les portes de nos corps.
L’amour la fera lumière.
Vivons loin des rumeurs du monde
dans la solitude des amants.
Abandonnons toute angoisse, toute haine.
Et espérons.
Qu’avons nous à craindre ?
Nous naîtrons à nouveau demain un premier jour.
Chaque réveil nous est résurrection. »


subito, sicut Deus voluit, dormiverunt
Jacobi a Voragine

et à l’instant, par la volonté de Dieu, ils s’endormirent.
Jacques de Voragine

 

Emboitage de l’ouvrage par Muriel Desambrois, format de l’ouvage : 18x25 cm.
Céramique

Un ciel de Dieu étendit alors sur eux ses voiles.
Passant le seuil,
Ils entrèrent dans le sommeil séculaire des scruteurs d’horizons,
où le temps s’efface,
enveloppés,
flottant
dans la chaleur de tous les corps aimés.

 

info portfolio

Céramique de Muriel Desambrois Céramique de Muriel Desambrois

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