BRIBES EN LIGNE
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"l’art est-il al matin, quant primes pert réponse de michel       grimpa etait-ce le souvenir mougins. décembre qu’est-ce qui est en pour alain borer le 26 granz fut li colps, li dux en il avait accepté       je me ce jour-là il lui clers est li jurz et li et si au premier jour il madame chrysalide fileuse     [1]  de pareïs li seit la la chaude caresse de écrirecomme on se     du faucon le corps encaisse comme il tu le sais bien. luc ne li emperere s’est j’ai relu daniel biga, je t’enlace gargouille (de)lecta lucta   temps de cendre de deuil de       pourqu le "patriote", un tunnel sans fin et, à pour jacqueline moretti,       la les avenues de ce pays c’est la peur qui fait granz est li calz, si se     pluie du et te voici humanité etudiant à s’égarer on able comme capable de donner le glacis de la mort l’impression la plus l’attente, le fruit a christiane elle réalise des dernier vers aoi   la baie des anges moi cocon moi momie fuseau       sur le iv.- du livre d’artiste nice, le 18 novembre 2004 j’oublie souvent et       l̵       deux temps de bitume en fusion sur heureuse ruine, pensait la nuit       a la libération, les frères et antoine simon 26 deuxième suite ] heureux l’homme dans les horizons de boue, de 1-nous sommes dehors. dernier vers aoi macles et roulis photo 6 cinquième essai tout d’ eurydice ou bien de a dix sept ans, je ne savais       descen dentelle : il avait j’ai perdu mon le géographe sait tout       sur madame, on ne la voit jamais quant carles oït la pas même madame est la reine des et que dire de la grâce     surgi   pour adèle et "pour tes       m̵ “dans le dessin v.- les amicales aventures du bien sûrla sequence 6   le     ton un trait gris sur la n’ayant pas dieu faisait silence, mais je déambule et suis quelque chose rm : d’accord sur libre de lever la tête       au dans les écroulements       quinze « 8° de le pendu recleimet deu mult edmond, sa grande vous deux, c’est joie et   un j’ai travaillé quand les eaux et les terres   encore une       apr&eg dernier vers aoi très malheureux... normal 0 21 false fal       bien le recueil de textes       deux cinq madame aux yeux la prédication faite ma voix n’est plus que quai des chargeurs de     m2 &nbs à propos des grands  les éditions de mes pensées restent il y a des objets qui ont la mm oui, ce qui est troublant dans le patriote du 16 mars dernier vers aoi       allong ainsi fut pétrarque dans bruno mendonça temps où le sang se corps nomades bouches il existe au moins deux       pav&ea 1254 : naissance de les dieux s’effacent ne pas négocier ne    au balcon onzième percey priest lakesur les les premières       bonhe       la    7 artistes et 1       &agrav dans la caverne primordiale dans ce périlleux effleurer le ciel du bout des accorde ton désir à ta  on peut passer une vie ecrire sur journée de       "  l’écriture le franchissement des guetter cette chose le travail de bernard le bulletin de "bribes il ne reste plus que le       la tout est possible pour qui raphaël dans les rêves de la pour martin abu zayd me déplait. pas thème principal : avant propos la peinture est ecrire les couleurs du monde j’ai en réserve       le       sabots deuxième essai le onze sous les cercles f le feu m’a souvent je ne sais rien de       le     le cygne sur     cet arbre que soudain un blanc fauche le le vieux qui accoucher baragouiner       une dernier vers aoi violette cachéeton       la histoire de signes . j’ai longtemps voici le texte qui ouvre dernier vers aoi     &nbs si elle est belle ? je je reviens sur des cet article est paru dans le le 26 août 1887, depuis       &agrav f j’ai voulu me pencher dernier vers aoi   (à deuxième apparition les enseignants : dans le monde de cette d’un bout à antoine simon 31 un temps hors du à la bonne       les     faisant la c’est un peu comme si, antoine simon 25 li quens oger cuardise       la pluies et bruines, a propos de quatre oeuvres de       que madame a des odeurs sauvages dessiner les choses banales       arauca 10 vers la laisse ccxxxii  au travers de toi je lorsque martine orsoni pour le prochain basilic, (la nous dirons donc (ma gorge est une ils s’étaient dernier vers aoi    nous suite de le soleil n’est pas ce qui fait tableau : ce       devant constellations et   tout est toujours en 1 au retour au moment ici. les oiseaux y ont fait   3   

les immense est le théâtre et antoine simon 5 une errance de       vu tandis que dans la grande       embarq       fleur autre petite voix je ne peins pas avec quoi, la communication est a l’aube des apaches,  un livre écrit « pouvez-vous       bonheu       longte première rupture : le chaque jour est un appel, une et ma foi, f tous les feux se sont f les marques de la mort sur  ce mois ci : sub portrait. 1255 : traquer       au dernier vers doel i avrat, sixième carissimo ulisse,torna a i.- avaler l’art par la parol

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MARCEL ALOCCO

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Souvenirs d’"Identités"
© Marcel Alocco

En toute subjectivité

Ecrivain(s) : Alocco

Nice, décembre 1997, Publié en préface à la réédition intégrale des numéros de la revue Identités (1962-1966) par les Editions de l’Ormaie, 1998, Vence.


( Ce texte a été écrit en décembre 1997 pour présenter la réédition intégrale des numéros de la revue Identités (1962-1966) par les Editions de l’Ormaie)
 
La présente publication est dédiée à ceux qui avec leurs écrits ont construit ces "Identités" :
Régine Aizertin-Robin, Jean-Pierre Charles, Régine Lauro, Jean-François Maure, Daniel Karm, Daniel Biga, Ben (Vautier), Albert Carlin, Jean Pastureau, André-Marcel d’Ans, Robert Gilles Lacroix, Henri-Laurent David, Richard Laszlo, Jacques Belmans, Claire Legat, Christian Dutilleul, Franck Venaille, Pierre Tilman, Henri Giordan, Ernest Pignon-Ernest, Robert Filliou, George Brecht...
et à tous ceux qui nous ont une fois donné à publier l’un de leurs poèmes,
Jean Malrieu, Allen Ginsberg, Serge Bec, Paul-Louis Rossi, Daniel Raynaud, Gérard Le Gouic, Jean-Claude Valin, Jean Vodaine (et Georges Alexandre), Jean Jour, Colette Girard, Taijiro Amazawa, Takahido Okada, Ooka Makoto…
ainsi qu’à tous ceux, mis à l’index bienveillant de cet ouvrage par les soins de l’éditeur, qui sont une fois intervenu, ont répondu à nos questions, ou ont par le biais du courrier participé à nos débats.
M.A.
 
Fondation...
Fin 1960 et printemps 1961, deux numéros d’une revue ronéotée, sans grands projets ou ambitions comme l’indique son titre, "Caprice", avaient permis de nouer des contacts et de constituer un petit groupe, à l’origine composé d’étudiants en majorité niçois et toulonnais, qui se rencontraient dans le premier des bistrots au bas du Cours Mirabeau, terrasse ouverte sur la Place de la Rotonde : par un curieux hasard, sans préméditation de notre part, l’enseigne en était… "Le Sans Pareil".
"Identités"est créé à Aix-en-Provence au printemps 1962 avec le concours principal de Régine Aizertin-Robin. Le titre est celui d’un poème d’Eluard, du recueil "Cours naturel"(1938). Poème dédié à Dora Maar et "féministe" : c’est l’interprétation et l’argument que donnait alors R. Aizertin en le proposant. Le pluriel ne fut pas toujours remarqué, qui pourtant était essentiel au sens.
A la question de Jean-François Maure, "Pourquoi Identités ?" Jean-Pierre Charles dans une lettre du 1er Juin 1965 m’écrivait avoir dit :"Réponse claire et vaseuse à la fois : ne pas crever ; faire quelque chose dont j’aie la preuve matérielle." Je suppose que chacun, à la fondation, aurait pu ainsi exprimer sa motivation. J.P. Charles n’a que vingt ans à la création et manque encore plus que moi d’expérience, mais il sera le seul à publier dans toutes les parutions au moins un poème et, en l’absence de comité de rédaction —toutes les autres participations étant épisodiques,— sera aussi le seul à contribuer aux orientations jusqu’au dernier numéro. Avec son concours, j’assumerai jusqu’au bout la direction. J’écrirai dans les premiers numéros les textes critiques plus que théoriques qui, avec ceux de Régine Aizertin et de Jean-François Maure, devaient définir les sensibilités et les thèmes autour desquels auraient dû se construire les sommaires. Les textes de création pèseront finalement et heureusement davantage. Nous ne pouvions évidemment pas prévoir ce qui suivrait... Le financement, la rédaction, la mise en page, le suivi de la fabrication, la diffusion, tout repose sur la bonne volonté de quelques personnes qui improvisent en découvrant à mesure chaque problème, et comblent de leurs poches le déficit chronique. Publication annoncée mensuelle, "Identités" est de fait trimestriel dès le départ, bien que la mention "bi-mensuel" apparaisse avec le second numéro et celle de "trimestriel" au cinquième. Il comprendra, selon les circonstances et les possibilités 4, 6 ou 8 pages, (seul le n°7/8 en compte 10). Soit au total 36 feuillets, mais 71 pages imprimées, puisqueest blanc le verso du feuillet portant le poème de Ben Vautier "vers la fin cela devient cochon" signalée "supplément Identités n°10" .
La publication porte la mention "Journal littéraire", qui rend compte du format (5Ox32) et de l’objectif : il s’agit principalement à ce moment de publier des poèmes et de s’intéresser au seul champ de la littérature. La formule "journal" pré-suppose l’intention de donner de la prose, le poème n’étant pas dans cette proximité favorisé selon la tradition par l’isolement sur sa page blanche. Cependant ce format permettra de développer d’autres dimensions, longueurs des lignes sur deux colonnes pour "La route" de Daniel Biga dans le n° 5, mais surtout visualisation de dispositifs spatiaux, ce qu’inaugure "La Silencieuse" de André-Marcel d’Ans, (n° 6), puis"La Sauvagine" de Jean-Pierre Charles (n°10) et "Scénario" de Pierre Tilman (n°13/14).
 
Orientations...
Les tensions et la constellation des collaborations seront fonction des variations des centres d’intérêt et des ouvertures d’un groupe instable. On trouve au sommaire du premier numéro les noms de l’équipe à la fondation : Frédérique Laghet (Régine Aizertin), Marcel Alocco, Jean-Pierre Charles, Daniel Karm. Au deuxième arrivent Régine Lauro et Jean-François Maure (une seule contribution, à propos de J-P. de Dadelsen), ainsi que Jean Pastureau, Daniel Biga et Henri Giordan, que j’avais déjà publiés tous trois dans "Caprice"...
Au fil des parutions les sommaires verront apparaître André-Marcel D’Ans, (Socio-anthropologue de formation – compétence que j’ignorais – il m’écrit de Belgique, puis du Chili, du Zaïre, du Pérou.. et je ne le rencontrerai qu’en 1965 à Nice), Claude Simon (Lettres en réponses à nos articles) Franck Venaille, Pierre Tilman, Dominique Nauze, Jean Le Mauve, Paul-Louis Rossi, Jean Vodaine, lequel nous fournissait les manuscrits de Georges Alexandre, et Robert-Gilles Lacroix, (encore un itinérant, ses lettres et ses textes me parvenaient de Nantes ou de Salamenca (Espagne) et je crois, mais ce n’est pas le seul de ceux qui furent publiés, ne l’avoir jamais rencontré !)... Et lorsque "Identités" deviendra une publication totalement niçoise, s’ajoutera Ernest Pignon plus tard devenu E. Pignon-Ernest. Niçois aussi les deux jeunes universitaires avec qui nous consacrerons dans le n°10 deux colonnes aux revues, d’études littéraires par Henri Giordan, et de cinéma par Jean Gili, — ce qui conduira l’un de nous à corriger au marbre Claude Gilli en Jean Gilli dans le numéro suivant sur l’ "Ecole de Nice". Passer de Claude Simon et le Nouveau-Roman à Jean-Paul de Dadelsen, publier les nouvelles à la prose mystérieuse de Daniel Karm, rendre compte largement et avec un évident plaisir du premier Le Clézio, donner des extraits des lettres de André-Marcel d’Ans, introduire la culture occitane (par Jean Larzac, Serge Bec, Henri Giordan), parler des revues de cinéma ou de littérature établies, oser avec Ernest Pignon critiquer l’architecture, proposer Ben, Georges Alexandre, et grâce à Robert Filliou un aperçu de la poésie japonaise contemporaine, aller jusqu’à la "Beat Generation", poursuivre avec le Lettrisme, Isidore Isou et Maurice Lemaître, exposer l’Ecole de Nice, et aboutir avec Fluxus et le Happening à John Cage et George Brecht, le tout perçu souvent comme tissu d’évidentes contradictions, ne pouvait pas se faire sans hostilités ni ruptures. Si l’arrivée de Ben, et de l’esprit Fluxus qu’il introduit, ne fut pas facile à négocier, qui sera quasi unanimement rejetée, —et il est vrai qu’elle symbolise une autre vision du champ "poétique"— beaucoup d’autres choix seront contestés avec véhémence à l’intérieur comme à l’extérieur : les poèmes de Jean Pastureau, le long soutien à Daniel Biga qui a publié dans "identités"une bonne quinzaines des textes parmi ceux qui constitueront les "Oiseaux Mohicans" (sortie polycopiée en 1966, reprise par les éd. Saint-Germain des Prés en 1970), le Jean-Pierre Charles de "On cheval"  au succès inattendu (cité largement par Serge Brindeau, repris par des publications pédagogiques...), et à peu près tout ce qui persiste au fil des numéros.
La période de mon service militaire est marquée par un pilotage à distance qui, je crois, est perceptible à la fois dans les mutations matérielles comme dans la constance et les écarts rédactionnels que l’on peut constater durant ce temps. Le n°3 est un peu léger. "Poésie n’est pas", avec de saines propositions provocatrices, tournait péniblement autour de la notion d’écriture, sans jamais trouver le terme éclairant. L’essentiel était peut-être, au-delà des maladresses d’expression, d’ouvrir vers d’autres horizons, de marquer une rupture avec le milieu confiné des "petites revues de poésie". Le n°4, plus solide, amorce un nouvel équilibre ; quelques formulations, assez ambiguës pour prêter à interprétations inverses, me firent regretter la mention "Pour Identités" concernant le curieux "Serment d’Aix" dont j’avais certainement approuvé la publication comme texte personnel signé de son seul auteur : interpellés, nous nous trouvions Jean-Pierre Charles et moi, impliqués sans avoir contribué. L’expression "Les jeunes filles qui nous restent", par exemple, avait provoqué des remarques acerbes des quelques jeunes femmes de notre groupe. De retour à Nice en mars 1964, je pèse plus nettement sur les orientations et on trouve dans les derniers numéros des interventions de Robert Filliou, George Brecht, John Cage, Jean-Jacques Lebel, Allen Ginsberg, Julien Blaine, Wolf Vostell, Giuseppe Chiari, Dick Higgins... et dans le n°11/12 (1965) titré sur l’Ecole de Nice : Arman, Ben, Gette, Gilli, J.M. Le Clézio, Malaval, Raysse, Venet.
 
Je collectif…
Je ne peux dire que je, même si cette histoire fut collective et si quelques uns, un temps, s’y reconnaîtront. Nous étions un petit groupe au début, renouvelé en cours de route, dans lequel à la fin ne restaient plus des fondateurs que Jean-Pierre Charles et moi. Je dis histoire, mais ce n’est qu’un récit pluriel dont les voix de silence comptent — l’histoire viendra plus tard, quand le chœur aura donné son plain-chant…
Il était une fois. Il était une fois des jeunes gens assez candides pour croire que... Enfin, assez candides pour croire. Croire que les mots pouvaient, que le bulldozer de l’époque n’écraserait pas dans sa nuit de naissance le petit feu qu’ensemble ils allumaient. Que cette flamme sautillante allait éclairer minuit, qu’au feu minuit ils réchaufferaient leurs phrases pour dire...
Le savaient-ils vraiment ce qu’il voulaient crier ? C’était ce temps difficile où une guerre sans nom n’en finissait pas de s’achever dans les passions folles d’une agonie si vieille qu’ils ne pouvaient comprendre. Le temps de la métamorphose où dans le cocon l’insecte n’a plus de forme, où l’angoisse et l’espoir cohabite — il y aurait, croyaient-ils vaguement, les couleurs du papillon... Il y aurait, il y aurait : un futur, peut-être ? Ils préparaient maladroitement ce happening d’un printemps dramatique, pathétique et finalement dérisoire, où tout commence pour toujours et un bref instant, dans un équilibre qui semble miraculeux et s’évanouit, ce que l’histoire dit un événement et qui n’est qu’une marche ratée et pourtant franchie dans l’escalier pénible sur lequel nous sommes condamné à grimper — ou bien redescendre. Ils inventaient enfin l’angoisse de naître et l’amour, mais oui l’amour, et aussi la nostalgie, alors que le pain de leur avenir était encore à pétrir, à lever et à cuire.
Bon. Après d’autres, ils étaient lyriques comme ils ne le seraient plus jamais, comme, pensaient-ils, on ne l’avait jamais été. Et puis chemin faisant... Ils étaient naïfs au point de ne pas comprendre qu’on ne leur pardonnerait pas d’aimer à la fois le Céline du "Voyage...", le Bernanos tardif et l’Aragon de jadis. On ne leur pardonnerait pas de tout mélanger, aïe ! Maman les p’tits baroques  ! Façon sans doute de battre le jeu en espérant enfin que la donne... Pas si simple, jeunes gens, quand il y a des millénaires que génération après génération on biseaute les cartes.
 
Polémiques…
Dès l’origine, dans le groupe restreint d’"Identités", les disparités idéologiques évidentes et avouées allaient du Parti Communiste jusqu’à une droite nostalgique et anarchisante. Ce qui à la réflexion n’est guère surprenant, des groupes plus doctrinaires ayant pu joindre naguère, par exemple, Eluard et Dali... Des jeunes gens d’origines et de fonds culturels divers ont en commun d’être en recherche, ils se regroupent pour dégager par l’affrontement de leurs différences (qu’ils perçoivent mal), dans le travail de l’écriture, leurs visions du monde. Ils vont assumer chacun leur héritage, le compléter ou le rejeter, et ce faisant diverger et faire de nouvelles rencontres. "Identités" a je crois été ce catalyseur favorable aux mutations : un lieu marquant, mais de passage. Les premières parutions, paradoxalement, ne me semblent pas très marquées par les clivages idéologiques. La majorité avait plutôt le cœur à gauche, une gauche romantique que la discipline militante ne tentait guère, et, à une exception près me semble-t-il, nous n’étions pas partisans. Nous étions alors dans la dure période terminale de la guerre d’Algérie, et il y avait, pour schématiser les attitudes, d’un côté "Les Lettres Françaises", de l’autre "Le Figaro Littéraire"  ; deux mondes qui pour n’être pas vraiment étanches étaient pour le moins bien délimités. On était invité à être de l’un ou de l’autre camp. "Identités" fut insolite épave qui vogue entre deux récifs. Bien sûr, il y avait aussi "Arts, spectacles" l’hebdomadairequi titrait et tirait en tous sens, dans lequel le Nouveau-Roman et la Nouvelle Vague s’exprimaient, et "les Cahiers du Cinéma", "France Observateur" et le jeune "L’Express"... Et nous lisions les "grandes revues", "Les Cahiers du Sud" de Jean Ballard, à Marseille,la première dont j’aie suivi régulièrement les parutions grâce à Bibliothèque Municipale de Nice, Boulevard Dubouchage, "La N.R.F".,"Le Mercure de France", "Europe", "Les Temps Modernes" … et même "Tel Quel". Et puis "les petites revues", quelques unes de bonne qualité, dont la mieux établie, notre voisine marseillaise "Action Poétique", modèle de la publication "engagée", qui nous ignora superbement pendant cinq ans. Donc plutôt à gauche et affichant nos contradictions, d’une lettre ouverte à propos de Dadelsen (27 octobre 1964) nous agressions, en René Lacôte chroniqueur de la poésie, "Les Lettres Francaises" de Louis Aragon ; et ceci après l’avoir défendu, lui Aragon, Breton et le Surréalisme (dans le n°7/8), quand la revue "Strophes" (n°3, 1964) publiait un numéro spécial excessif. Pour indirect crime de lèse Aragon nous subissions la juste réprobation des fidèles et celle moins estimable des courtisans. Nous faisions aussi ponctuellement cause commune avec "Le Figaro Littéraire" pour illustrer Jean-Paul de Dadelsen. Sans doute est-ce là, aussi, le résultat d’une naïve confiance en l’honnêteté intellectuelle des créateurs. L’éthique et la création débordait pour nous les idéologies, et je ne voyais pas le scandale en ce temps de citer dans un même combat, dès le n°1 en "Couleurs de famille", Julien Gracq et Louis Aragon, Claude Simon et Jean-Paul de Dadelsen, Jules Laforgue et Blaise Cendrars, Valéry Larbaud et Jean-Paul Sartre, Ferdinand Céline et Bernanos, et Nathalie Sarraute… et autres impairs. L’œuvre me semblait dépasser les défaillances et les petitesses de l’homme, et je pardonnais souvent à tel écrit particulier d’avoir pour auteur un homme à qui je n’aurais jamais pardonné d’autres temps de sa pensée. Quoi qu’il en soit, le contexte jouait, et des attitudes se dessinaient qui tenaient compte, elles, de notre démarche. Certains arrivaient, quelques uns comme Régine Robin nous quittaient sans éclats, ni même rupture, vers d’autres préoccupations, conscients peut-être que "le deuil de l’origine" ne se fait pas en Yiddish, en Occitan ou en Piémontais, dans le même champ et sans que n’éclatent des identités. Si les raisons clairement idéologiques n’ont le plus souvent pas été évoquées ou ressenties comme telles, masquées par les effets ravageurs de prises de positions esthétiques, elles ont certainement leur part dans les ralliements et les abandons qui se déterminèrent au fil des parutions.
 
Parcours…
Les choix ne sont pas faciles, et il n’y a pas de collectif de rédaction. Pressions et consultations amicales autant que les critiques extérieures influencent sans doute les décisions que je prends en dialogue avec Jean-Pierre Charles. Quand nous préparons le n°2, Jean-Pierre m’écrit : "Pour le poème de Biga, Daniel (Karm) est contre, moi plutôt pour." Le ton de la critique en général ? A peu près celui de Henri Poncet et Michel Clément, dans "La Corde" n°10/11 qui parle de "poésie au premier degré" et précise"de cette mauvaise poésie nous en avons des exemples ...à commencer par les poèmes de Marcel Alocco et de Daniel Biga". "Quant à Ben Vauthier(sic), ce qu’il peut être drôle, mon Dieu !". MêmeRobert-Gilles Lacroix qui, dans une lettre de novembre 1964, prend en mauvaise part d’être publié sous le titre générique du n°7/8 "Maman les p’tits baroques", et "dans le même sac que les sous-dadaderies de Vautier" , et s’il finit par accepter l’ensemble, persiste sur Ben (20/1/65) :"Il me semble dépassé d’arguer d’un refus de limitation pour faire N’IMPORTE QUOI...". Pas bon pour le moral des troupes, qui déjà, plus ou moins ouvertement, traînent les pieds. D’autres, comme Yves Rouquette compense (24/10/64) en encourageant : "Ton Ben ? ça ne m’a pas conquis. Toi, tu acquiers de la force, de l’économie, et Charles du souffle". Quelques autres réconfortent, à propos de Dadelsen, qui sera un temps notre grande affaire : Jean Onimus, (17 janvier 1965) "Je vous remercie vivement de m’avoir invité hier soir au "Festival Dadelsen". Une révélation pour moi car je ne connaissais ce poète... que par ce qu’en avait dit Identités" . De façon plus générale,Jean Rousselot : "Très bien, ce numéro d’Identités. Et je vais le mettre de côté, dans le dossier "Panorama" — la dernière édition n’est qu’un remake hâtif, pas rafraîchi, et je n’en suis pas complétement responsable (tout au plus ai-je pu y fourrer Dadelsen, comprimé...) — grâce à vous, découverte d’Alexandre ; vérification d’Alocco, Le Mauve. J’aime moins les textes et dialogues de peintres. Ils se poussent trop du col." On peut lire dans le courrier publié au fil des numéros d’autres points de vue, favorables ou défavorables. Imperturbablement, avec Jean-Pierre nous continuerons à publier Ben, lequel soutient Biga (Par la poste, de Nice à Nice, (12/5/65) lettre constituée de cette seule phrase : "Dans le dernier n° de Identités j’ai trouvé que le poème de Biga est l’un des meilleurs que j’ai lu". )Et Biga, malgré quelques réserves initiales, approuve la participation de Ben ("C’est balèze", m’écrit-il). Dans le n°7/8 "Une lettre de Ben" , accompagnée de la libre contribution à une page illustrée, signale fortement un tournant. Symptomatique, la lettre (18/5/1965) de Pierre Béarn : "Je ne suis pas encore revenu de la lecture de la page réservée à Ben Vautier. De la poésie, ça ? Mais alors tout ce qui s’imprime dans les journaux est poétique !... C’est proprement insensé de donner tant d’importance à d’aussi banales considérations...". Et que dire du "savoir-lire" de nos critiques quand Fred Bourguignon dans la "Tour de feu" (mars 1965) nous engueulait pour avoir agressé André Breton, "Sans lui, jeunes gens vous ne seriez rien", alors que précisément nous récusions l’attaque inconsidérée menée par "Strophes"  ! (Pas rancuniers, quelques mois après nous lui donnerons la parole dans le n°11/12, à propos du Lettrisme). Et cet autre qui nous définit comme attaquant le Nouveau-Roman pour glorifier le roman surréaliste alors que Frédérique Laghet (R.Aizertin) parlait "d’une attaque contre une certaine direction du Nouveau-Roman, non tellement celle de Claude Simon ou même de Butor", et que de mon côté je n’hésitais pas à parler à propos des premiers ouvrages de J.Gracq d’"appareillage théâtral" "de ruines" et de "décors naturel(…)qui succombent (…)sous le poids de leurs héros". Nous faisions clair et brutal, excessif sans doute, mais non sans nuances.
 
Mais où sont…
Normal pourtant que chemin faisant la diversité des intérêts apparaissent et des lignes de force se dessinent. La distance parcourue depuis le premier numéro est considérable et d’autant plus apparente que je ne mettais peut-être pas dans les changements de lignes rédactionnelles toute la diplomatie désirée. Curiosité et éclectisme comme programme ? Après le numéro 10 avec l’architecture et l’entrée en scène d’Ernest Pignon, le numéro 11/12 avec "L’Ecole de Nice" marquait une coupure assez nette. "Identités", avec ce numéro de 1965 où pour la première fois un ensemble de créateurs de diverses esthétiques se regroupaient volontairement sous cette enseigne pour un événement public, jouait un rôle structurant pour l’Ecole de Nice.
 La dernière période est aussi marquée par les activités de "l’association Identités" qui par ses interventions théâtrales conforte notre présence dans le champ culturel niçois : spectacles mettant en scène la poésie de Jean-Paul de Dadelsen, des poèmes de Henri Michaux, mais aussi, versant moins connu de son œuvre, "Le drame des constructeurs" écrit pour la scène. Les acteurs avaient choisi "Comédie" de Samuel Becket, Y. Ollier et E. Pignon invitaient le chanteur Julos Beaucarne... Sur une idée qu’avec Robert Bozzi nous proposions à Ben, "Identités" se trouva être, au moment où paraissait le dernier numéro, organisateur avec "Art Total" et "Fluxus", de " « La Table » un événement happening " (12 mars 1966, à l’Artistique, Nice).
Nous n’étions plus du tout (si nous l’avions jamais été) dans le concept "revue de poésie". Même si dès 1973, dans son ouvrage "La poésie contemporaine de langue française depuis 1945", (Éditions Saint-Germain des Près) Serge Brindeau regroupait en un chapitre intitulé "Poésie Pop", (et pourquoi pas ?) sept poètes, dont six avaient été publiés dans "Identités", et le septième, le plus jeune (il est vrai préfacé par E. Triolet !), sollicité, n’avait pas donné suite. (Un seul autre, Michel Vachey, me refusa de publier, sans explications, tout en étant élogieux pour la publication (3/5/1966) :" Il m’arrive de dire du mal de vous— de votre journal. Mais finalement (...) En dehors de vous, il n’y a rien à Nice. Et tellement rares en France, les journaux qui comprennent par exemple la portée d’un événement comme le happening dans l’histoire du théâtre -(dans l’histoire littéraire — et dans l’Histoire tout court"). M’étonne aujourd’hui le peu d’effets produits sur les orientations successives par les rejets et incompréhensions qui se manifestaient autour de nous. En 1966, après le 13/14, avec l’entrée massive pour "l’événement happening" des "Fluxmen", (le mouvement Fluxus, alors que j’y contribuais, n’étant jamais cité me semble-t-il, ce qui est significatif) je me retrouvais presque seul. L’évolution avait été trop rapide. Un peu amers, et surtout endettés, équipe dispersée par les divergences d’idées ou d’itinéraires professionnels, sans soutien publicitaire ou éditorial, avec un sommet de soixante huit abonnés après onze parutions, un dernier carré à bout de souffle, le numéro 13/14 ne pouvait qu’être le dernier du titre. Courte existence, puisqu’elle n’aura duré que cinq ans. Bien longue durée pour des jeunes gens dont le plus vieux au terme n’a pas trente ans. Viendraient ensuite "Open", avec Francis Merino (quatre parutions, 1967-68), puis "INterVENTION" impulsé par Raphaël Monticelli (deux parutions,1968-69), et plus tard "L’Atelier Création" du "Centre de Création et d’Interventions Artistiques" (CRIA), et les "Cahiers de Travail" de "Lieu 5" mais ce seraient majoritairement d’autres personnes, d’autres artistes et, peut-être, de toutes autres histoires.
Pour quelques uns "Identités" ne fut probablement qu’une occasion de publier un texte. Mais pour ceux qui ont échangé avec le groupe, collaboré à plusieurs numéros, qui ont fait avec nous un peu de la route, ce fut une aventure ; pour ceux-ci ce fut un temps de bel élan, de rencontres, de découvertes, de créations, et aussi, inévitablement, d’erreurs et de gaspillages ; mais certainement un temps d’expériences formatrices et, par les choix qu’elles entraînaient, un bon révélateur de ce qu’ils seraient.
Publication en ligne : 9 novembre 2009
Première publication : décembre 1997

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