BRIBES EN LIGNE
les textes mis en ligne voici des œuvres qui, le chairs à vif paumes cette machine entre mes       object ici, les choses les plus       une j’écoute vos   adagio   je       " je n’ai pas dit que le « h&eacu le tissu d’acier la légende fleurie est     sur la pente agnus dei qui tollis peccata face aux bronzes de miodrag pour madame est la reine des pas même       la    en  dernier salut au la pureté de la survie. nul juste un c’est seulement au pas une année sans évoquer et si tu dois apprendre à eurydice toujours nue à tout est possible pour qui exacerbé d’air       pour max charvolen 1)       au genre des motsmauvais genre preambule – ut pictura pour andré       va       sur       gentil sixième       glouss       s̵ mougins. décembre il y a dans ce pays des voies       sur 1) la plupart de ces je me souviens de       la pie  référencem les premières       l̵     les provisions  de la trajectoire de ce edmond, sa grande     pluie du sauvage et fuyant comme le grand combat : pour andré je t’enfourche ma les étourneaux ! j’ai donc la communication est  tu vois im font chier  dans toutes les rues       &agrav si grant dol ai que ne moisissures mousses lichens       m̵ lentement, josué       &agrav antoine simon 18       dans les amants se i.- avaler l’art par dernier vers aoi le 28 novembre, mise en ligne passet li jurz, si turnet a pour mes enfants laure et       longte       la       un le 26 août 1887, depuis carles respunt : j’ai changé le clquez sur       l̵ la bouche pure souffrance glaciation entre       j̵ c’est extrêmement       et  la toile couvre les vous n’avez la question du récit la mastication des jamais si entêtanteeurydice difficile alliage de la fraîcheur et la karles se dort cum hume et…  dits de mise en ligne les parents, l’ultime       coude       "       tourne grant est la plaigne e large  ce mois ci : sub la musique est le parfum de et si au premier jour il démodocos... Ça a bien un tu le saiset je le vois marcel alocco a f les marques de la mort sur ouverture d’une béatrice machet vient de l’éclair me dure, ce n’est pas aux choses les durand : une   marcel descendre à pigalle, se       avant c’est pour moi le premier chercher une sorte de   (à tout à fleur d’eaula danse les avenues de ce pays       dans       le il était question non   un pour jean-marie simon et sa pour qui veut se faire une "tu sais ce que c’est madame a des odeurs sauvages temps de pierres dans les hautes herbes se placer sous le signe de là, c’est le sable et seul dans la rue je ris la       en pour egidio fiorin des mots dernier vers aoi autres litanies du saint nom nous avons affaire à de j’ai relu daniel biga, macles et roulis photo 7 c’était une il avait accepté       &agrav aux barrières des octrois       une ma voix n’est plus que à charogne sur le seuilce qui  il est des objets sur       au antoine simon 20 toute une faune timide veille la force du corps, vertige. une distance       en le geste de l’ancienne,  je signerai mon nos voix     tout autour dans la caverne primordiale antoine simon 13 la liberté de l’être juste un mot pour annoncer  ce qui importe pour temps où le sang se qu’est-ce qui est en antoine simon 14 dernier vers aoi ils sortent et  riche de mes toujours les lettres :       je       fourr& il arriva que       ce c’est vrai  tous ces chardonnerets a la fin il ne resta que et nous n’avons rien  le livre, avec le passé n’est vue à la villa tamaris Ç’avait été la de la dernier vers aoi       dans attendre. mot terrible. abstraction voir figuration       jardin       ...mai   l’oeuvre vit son aucun hasard si se ] heureux l’homme vous dites : "un f le feu est venu,ardeur des   ces sec erv vre ile mieux valait découper à propos des grands     chambre elle ose à peine les plus vieilles dimanche 18 avril 2010 nous       chaque a la femme au très saintes litanies     le cygne sur halt sunt li pui e mult halt       vaches 1.- les rêves de issent de mer, venent as l’impossible antoine simon 2 af : j’entends     ton   je ne comprends plus pour marcel       voyage nous dirons donc dernier vers aoi mesdames, messieurs, veuillez pour michèle gazier 1)       je zacinto dove giacque il mio i mes doigts se sont ouverts antoine simon 28 outre la poursuite de la mise le proche et le lointain vous deux, c’est joie et  le "musée le recueil de textes  mise en ligne du texte onze sous les cercles       &ccedi ( ce texte a       aujour paien sunt morz, alquant       le nous avancions en bas de mon travail est une quel étonnant       " « 8° de la brume. nuages     quand ainsi fut pétrarque dans "ah ! mon doux pays, "l’art est-il dix l’espace ouvert au si j’étais un effleurer le ciel du bout des ce texte se présente en introduction à    7 artistes et 1 10 vers la laisse ccxxxii trois tentatives desesperees dans l’innocence des écrirecomme on se rm : nous sommes en  martin miguel vient       pour macles et roulis photo décembre 2001. de pareïs li seit la dernier vers doel i avrat, avez-vous vu samuelchapitre 16, versets 1 diaphane est le mot (ou     un mois sans dans le respect du cahier des pour jacqueline moretti, j’ai travaillé ensevelie de silence, buttati ! guarda&nbs vous avez   on n’est À la loupe, il observa       soleil je meurs de soif des quatre archanges que journée de tous feux éteints. des       et tu f toutes mes       grappe       l̵ quatrième essai rares ce qui fascine chez dans le patriote du 16 mars       st la danse de toute trace fait sens. que en cet anniversaire, ce qui dans les horizons de boue, de 0 false 21 18 écoute, josué, en 1958 ben ouvre à il ne s’agit pas de       dans la rencontre d’une       sabots je suis occupé ces au programme des actions il tente de déchiffrer,       dans     au couchant       apr&eg dernier vers aoi       apr&eg pour michèle aueret macles et roulis photo 4 etudiant à station 1 : judas guetter cette chose le 23 février 1988, il la fraîcheur et la percey priest lakesur les madame, on ne la voit jamais       les in the country sur la toile de renoir, les derniers je ne sais pas si dans les écroulements       dans mais jamais on ne       é de prime abord, il rossignolet tu la j’ai en réserve pur ceste espee ai dulor e les plus terribles antoine simon 29 dernier vers aoi   et combien onzième printemps breton, printemps je sais, un monde se pour daniel farioli poussant voile de nuità la       le       sur au labyrinthe des pleursils       au raphaël g. duchêne, écriture le pas de pluie pour venir napolì napolì l’impression la plus f les feux m’ont je désire un dernier vers aoi pour martine, coline et laure l’art c’est la   né le 7 passet li jurz, la noit est on dit qu’agathe  l’écriture dans ce périlleux pour lee franchement, pensait le chef, 1. il se trouve que je suis   1) cette c’est le grand c’est la peur qui fait   le texte suivant a pour anne slacik ecrire est langues de plomba la a christiane marie-hélène       grimpa troisième essai       neige nécrologie     longtemps sur     surgi antoine simon 16 ce jour là, je pouvais rm : d’accord sur deux nouveauté, un temps hors du   est-ce que       force (vois-tu, sancho, je suis       dans madame chrysalide fileuse dernier vers aoi suite de etait-ce le souvenir la parol

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Carnets intermittents

Des chroniques... à l’occasion...


  • Dans l’atelier de Gérald Thupinier

    Raphaël Monticelli - 10 décembre 2009
    Clefs : Thupinier
    C’était une fête... C’est toujours une fête quand un artiste me reçoit dans son atelier. Et ça faisait dix ans que je n’avais plus mis le pied dans celui de Thupinier.
    L’atelier de Thupinier, c’est un ancien hangar, dans une ruelle parallèle aux quais du port de Nice. À deux pas de celui d’Edmond Vernassa. Dans l’atelier, un vaste espace de travail et de stockage, quelques toiles récentes visibles sur les murs, d’autres, rangées, ne sont visibles que côté chassis. Dans presque toute la médiane de l’atelier, quatre grands meubles d’architecte, pleins de petits formats, et couverts de livres. Sol maculé, encombré de pots, de tasseaux, de cales. En entrant, à gauche, on a aménagé un espace à vivre avec salon de discussion et chambre à l’étage.
    Les premiers mots qui me sont venus à l’esprit, en entrant là dedans, furent : "la déroute du blanc"... Et me sont revenus, comme par opposition, en mémoire, les flaques noires que j’ai vues, il y a plus de trente ans, lors de ma première visite chez Thupinier, alors que son atelier se trouvait dans la vieille ville, à la rue Saint Vincent, derrière la cathédrale Sainte Réparate... Rétrospectivement, en entrant dans l’atelier du Port, je me remémore la déroute du noir.
    De Thupinier, je connais peu de choses. Juste assez pour me faire une fête de lui rendre visite. Je sais qu’il est peintre. Ni plasticien, ni installateur, ni vidéaste. Peintre. Sur des surface orthogonales, il pose des formes colorées. Peintre. Mais depuis 30 ans ses formes m’échappent et ses couleurs me fuient.
    "Thupinier traite de l’identité"... Voilà ce que j’entendais lorsqu’il travaillait ces séries de visages d’un blanc sale, aux traits fondus, fantomatiques... Eh oui... Mais de quel artiste ne pourrait-on dire qu’il traite de l’identité ?
    En entrant dans l’atelier du port, sur le mur de droite, 5 ou 6 grands tableaux d’un blanc sale, aux formes plus ou moins affirmées, fantomatiques, me prennent. Et ce ne sont pas des visages... J’ai cru d’abord des sexes, testicules et verge au repos. À y regarder de plus près je m’aperçois que ce sont des feuilles... et je me dis "de vigne", naturellement... Je reste là. "Non, pas de vigne, de figuier", me précisera-t-il... Bon... De la vigne au figuier, toutes sortes caractéristiques sont sauvegardées : la connotation sexuelle, l’espace méditerranéen, les référence à l’antiquité et à la peinture de la renaissance. Le dessin est plus ou moins net, mine de plomb ou fusain ; la peinture produit plus ou moins de traces ; l’espace du tableau diversement composé ; le blanc est plus ou moins sale... ou au moins, noirci. Je reste là. La feuille est toujours la feuille, comme issue d’un même gabarit... Je marche le long du mur où sont accrochés les tableaux. Et c’est la même sensation que celle que j’avais ressentie devant ceux qu’il avait exposés au musée de Nice. Une présence. Quelque chose qui s’en va fouiller en vous l’inquiétude sourde de la disparition en acte. La mise au regard, troublante, de l’évanescence. Et l’impression, à nouveau, de flotter devant les oeuvres. 
    Cette dernière impression, du moins, je ne l’ai pas ressentie tout de suite, mais plus tard, quand Thupinier a ouvert les grands tiroirs de son meuble d’architecte. Série après série, tout un ensemble de petits formats, sur des supports de récupération, chutes de marie-louise, reproductions de tableaux classiques, sur lesquels des couleurs se disposent presque toujours en cercle. Parfois la salissure (mais pourquoi dire salissure), la marque d’une fumée de bougie.
    L’impression de flotter, j’en ai déjà parlé à propos des travaux de Thupinier et de Charvolen. Je l’ai comprise, la première fois, lors d’une exposition de Rotkho au musée d’art moderne de la ville de Paris. Je sais que ce n’est pas le format qui la provoque, mais le fait que l’oeuvre que je regarde devient mon espace référent et efface l’espace physique dans lequel je pose mes pieds. Je sais aussi qu’elle a quelque chose à voir avec la sensation qu’éprouve parfois le rêveur.
     

     

  • Les Bienveillantes

    Raphaël Monticelli - 22 novembre 2009
    Clefs : roman , Littel
    J’ai longtemps hésité avant d’ouvrir Les Bienveillantes de Jonathan Littel. Gros sujet, gros livre, gros battage médiatique, gros prix... Ça ne m’engageait guère. Vieux réflexe : je me méfie de ce dont on parle beaucoup et qui parle beaucoup...
    L’occasion m’a fait tomber sur le livre. Je l’ai ouvert. Je n’ai plus quitté la lecture, jusqu’au bout.
    Voici pourquoi j’enrage : je n’ai pas la capacité critique suffisante pour dire de façon nuancée et intelligente tout ce qui dans ce livre m’a pris, ému, bouleversé, donné à penser, à reprendre mes points de vue, à les remouliner, à les transformer. Ni pour dire tout ce qui m’y a gêné, ce qui m’a semblé faire obstacle à ce grand -ce très grand- projet d’écriture. 
    Quelques pistes, malgré tout.
    Quand j’ai entendu parler des Bienveillantes, je n’ai pas compris comment il pouvait être possible de faire d’un tortionnaire nazi le narrateur d’un roman de l’horreur. Une description crue des camps de concentration, entendais-je dire. Le point de vue des assassins, répétait-on. Les pensées intimes d’un nazi, disait-on encore...
    Oui. Comment ?
    J’ai vu.
    Ce que j’en retiens ? Jonathan Littel a remis le nazisme à sa place : ni folie, ni aberration, mais une entreprise humaine, très humaine. Hélas. Un mécanisme idéologique, social, politique, psychologique qui a fait de ce qui nous apparaît comme l’horreur absolue un possible de l’humanité. Un toujours possible pour peu que les mêmes conditions soient réunies.
    Son narrateur, du reste, qui ne semble éprouver ni regrets, ni remords, vit parmi nous, dans la France d’aujourd’hui, chef d’entreprise. Efficace, apparemment. Et cultivé. Pas une brute insensée. S’il lui est arrivé, durant la guerre, de perdre la raison, ça n’a jamais été dans son activité de nazi, mais dans ses relations familiales et amicales. 
    Et si l’ancien officier nazi exprime des réserves, ce n’est pas que la solution finale ait été appliquée, mais qu’elle l’ait été parfois sans discernement, sans assez de rigueur, en contradiction avec les principes et les objectifs du national-socialisme. Et s’il regrette la brutalité, ce n’est pas parce qu’elle lui paraît en soi condamnable, mais parce qu’elle est inutile dans la mise en oeuvre d’un programme politique clairement annoncé et exposé, et consciemment, lucidement choisi.
    Fondé sur un constat et une analyse, le programme propose des solutions radicales. Elles ne sont pas plaisantes, mais il faut les appliquer, et il faut le faire du mieux possible...
    Raisonnable, rationnel, sans passion... humain, donc, et, du coup, encore plus horrible et effrayant : ce tortionnaire, nous ne pouvons pas le renvoyer en enfer ; il est parmi nous, il est l’un de nous, ça pourrait être nous. 
    C’est peut-être nous : un constat, une analyse, une critérisation, des solutions, une application, des indicateurs de réussite, une évaluation, des ajustements, des régulations. On met des milliers, des centaines de milliers de personnes à la rue. On fait exploser des familles, des vies, on rejette, on exclut... C’est triste, c’est très triste. Mais comment faire autrement ? Faisons-cela du mieux possible, puisqu’il faut le faire, et évitons les pleurnicheries inutiles et inefficaces, et qui ne font que retarder la nécessaire solution du problème...
     
    Comment Littel a-t-il réussi à rendre ce personnage non seulement crédible, mais audible, lisible ? Quelle somme de travail de recherche, de documentation, de réflexion, d’écriture a-t-il dû consentir pour en arriver à ces 900 pages proprement hallucinantes ? Le fait est là : les bienveillantes fonctionne.
    J’ai lu bien des critiques qui lui reprochaient d’avoir mis dans son narrateur tous les éléments d’une sorte de séduction de la perversité, et dans sa narration, tous les ingrédients de ce qui marchedisons, dans une esthétique de série télévisée... Les scènes d’horreur, de discussion, de sexe, l’ambivalence sexuelle, la dose d’amitié, de convivialité, de doute et de déraison... Il y a tout cela dans le livre de Littel. Je ne sais pas si ça doit toujours être mis à son passif : c’est avec tout cela qu’il a campé un personnage, dessiné une époque, com-pris (rendu intelligible) des fonctionnements, et qu’il nous y introduit avec assurance. Il y a aussi des passages faibles ou lents, ou longs, un rythme parfois inégal... Mais l’ensemble, quelle oeuvre !
     
     
     
     
  • Jacques Clauzel

    Raphaël Monticelli - 21 novembre 2009
    Clefs : Monticelli R.
    Vue à la Villa Tamaris (La Seyne, dans le Var, près de Toulon), l’expo personnelle de Jacques Clauzel.
    De Clauzel, je connaissais peu de choses : les livres, les photos, quelques gravures, quelques petites pièces. Ce qui m’avait intéressé, c’était l’attention aux limites... Par "limites", j’entends le principe d’économie : il y a avait peu à voir dans le travail de Clauzel.
    Des photos, je retiens celles sur lesquelles il m’avait demandé d’écrire. L’ombre portée d’une palissade, et une série de photos de graviers. Rien de spectaculaire là dedans. Pas de recherche d’effets, pas de montage, pas d’ajout. L’ombre portée d’une palissade, c’est l’ombre portée d’une palissade, point. Les graviers, ce sont les petits galets du Vidourle sur fond noir.
    Un dépouillement. Et j’aime le dépouillement en art.
    Il m’avait demandé d’écrire sur ces photos.
    La palissade m’a très vite renvoyé à un texte de Leopardi : l’infinito. Ça faisait plus de 40 ans que j’essayais de traduire -à ma façon- l’infinito. À ma façon, c’est-à-dire en restant au plus près de ce que le texte éveille lors de sa lecture aujourd’hui et ici. L’infinito d’un romantique italien lu, perçu, ruminé, avalé par un français du XXème-XXIème siècle. L’infinito, l’un des textes qui m’a accompagné le plus longtemps et le plus souvent. 
    Li’infinito, ce sont 14 vers. Le poète est devant une haie qui lui cache l’horizon. En quatorze vers, il imagine ce qu’il y a derrière la haie.
    Voici ce texte :
     
    Sempre caro mi fu quest’ermo colle,
    E questa siepe, che da tanta parte
    De l’ultimo orizzonte il guardo esclude.
    Ma sedendo e mirando, interminato
    Spazio di là da quella, e sovrumani
    Silenzi, e profondissima quiete
    Io nel pensier mi fingo, ove per poco
    Il cor non si spaura. E come il vento
    Odo stormir tra queste piante, io quello
    Infinito silenzio a questa voce
    Vo comparando : e mi sovvien l’eterno,
    E le morte stagioni, e la presente
    E viva, e ’l suon di lei. Così tra questa
    Infinità s’annega il pensier mio :
    E ’l naufragar m’è dolce in questo mare.
     
    Derrière la haie qui occulte l’horizon, Leopardi imagine un espace sans limite, des silences plus qu’humains, une très profonde tranquillité. Et ce qu’il imagine le remplit presque de peur. Entendant le vent dans le feuillage, il compare le silence infini à cette voix. Lui reviennent en mémoire l’éternité, et les saisons mortes et la saison présente et vivante, et la voix d’elle. Et sa pensée se noie dans cet infini. Et il lui est doux d’être naufragé dans une telle mer...
     
    Cela, non pour traduire, mais pour donner une idée du texte qui m’est revenu à l’esprit en voyant la photo de Clauzel. 
     
    Dans le texte qui a accompagné cette photo, j’ai essayé de rendre sinon l’infini, au moins une multiplicité de lectures. Je me suis arrangé pour qu’on puisse lire aussi bien en ligne qu’en colonne, horizontalement, verticalement, en diagonale, en partant de n’importe quel point du texte et en suivant tous les cheminements. Naturellement, les mille milliards de poèmes de Raymond Queneau n’était pas loin...
     
    Les photos de graviers étaient toutes ponctuées par une reprise graphique. 7 photos, 7 dessins, 14 textes. Les dessins présentant les lignes de force des photos, chaque texte portant sur une photo était repris par des lignes de force textuelle. 


  • Intermittence, donc ?

    Raphaël Monticelli - 9 novembre 2009
    Clefs : Monticelli R.
    Je suis bien dans l’intermittence... Question de tempérament, peut-être ? Ou d’incapacité... de trop grande propension au rêve... ou à la rêverie... ou à la flânerie... 
    Quelques livres en cours de lecture (et quels !). C’est Le livre de l’intranquillité, de Pessoa, magnifiquement traduit. J’en lis une page, j’en rêve dix. Me dis qu’il faudrait écrire les pages rêvées... Et puis non...
    C’est L’espace littéraire, repris pour la ennième fois... C’est Poe. C’est le Talmud... Je prends ici, je prends là... Intermittent... Inter-mité !
    Coté musique, c’est la carte blanche donnée que le conservatoire de Nice a donnée à Fourchotte... Court moment pour le parcours d’une vie.
    Du côté des peintres, la grande affaire des dernières semaines, c’est la vente École de Nice. Pas grand chose à dire sur la vente elle-même. Mais les textes ! Je me suis promis, une fois de plus, d’écrire enfin que c’est insupportable, ces approximations historiques, ces contre-vérités... Bon sang ! Il suffit de relever des noms, des événements et des dates, de mettre ça sur trois colonnes et de regarder ! Pas sorcier, ça. Mais apparemment très au-dessus des capacités moyennes.
    Bon... disons, deux pistes pour les pages de ces carnets : Pessoa et l’École de Nice... Promis... intermittence ou pas.
     
     
     
     

     

  • Bernard Dejonghe, verrier et céramiste...

    Raphaël Monticelli - 3 octobre 2009
    Bernard Dejonghe... Depuis que j’avais vu l’exposition de ses travaux au Musée d’art contemporain de Nice (... en 1994), je souhaitais le rencontrer ; parler de son travail. Le voir au travail. Voir d’autres oeuvres.
    Depuis, ici ou là, j’ai vu. Avec, chaque fois, la même curiosité.
    Et dernièrement, début octobre, l’exposition dans la tour des templiers de Hyères. Couplée avec des photos de François Goalec, en ville, sur les grilles du futur musée.
    Deux salles pour Dejonghe, dans la tour. Un rez de chaussée empli de blocs de verre, dimensions analogues, formes diverses, toutes inscrites dans un cube grossier. Un étage, avec une colonne en verre, et quelques céramiques.
    Je passe sur la scénographie. Simple et efficace, mais ça n’est pas mon propos.
    Mon propos, c’est le travail du verre.
    C’est ce mélange de haute technologie et de préoccupations antiques ; cette tension entre le cube dans lequel la forme devrait s’inscrire et les ruptures que Dejonghe impose au matériau ; cette conversation entre la limpidité du verre, sa "pureté", et le burinage qui vient le troubler sur telle de ses faces. On dit "rigueur".
    Lorsque le travail met en oeuvre des savoir-faire aussi complexes et sophistiqués, lorsqu’il s’inscrit dans une tradition millénaire, lorsque l’artiste l’accompagne par une réflexion constante qui va de l’archéologie aux technologies de pointe, je m’attends toujours au pire. Il y a tant à dire, il y a tant à montrer, on est parcouru par tant de forces... comment ne pas charger chaque objet que l’on fait ? Comment ne pas y ajouter tout ce que l’on sait faire, et tout ce que l’on a appris ? Comment ne pas en rajouter ? Surcharger ?
    J’ai dit "rigueur". J’aurais pu dire aussi "simplicité", "dépouillement", "économie". Bernard Dejonghe se tait.
    C’est ce silence-là qui me fait rester longtemps face aux objets qu’il propose ; qui fait qu’il me reviennent en mémoire. Bloc et trouble mêlés. Moins pour les interroger, que pour laisser les interrogations qu’ils contiennent ou supposent, s’imposer à moi.
    Ces blocs de verre ne me quittent pas. Leur transparence perturbée perturbe mon regard à chaque instant. Je parle non de ce que je vois, mais de ce regard que je porte en dedans de moi, ou qui me porte, je ne sais trop. Entre les objets que je regarde et mes yeux viennent s’interposer les travaux de Dejonghe, comme des loupes sans grossissement, comme des filtres sans effet, ou du moins.. . des blocs qui, selon le point de vue que j’adopte peuvent affirmer une présence sans altérer la vision que j’ai des choses, ou, tout au contraire, troubler les images que je perçois.
    J’ai demandé à voir l’atelier de Dejonghe. Je me prépare à cette incursion. Je veux voir l’atelier. Je veux voir les fours. Je veux parcourir les chemins qui y conduisent. Je veux mesurer et avaler l’espace où ils sont implantés, sentir peser le ciel qui les couvre, dessiner l’horizon dans lequel ils s’inscrivent. Et je voudrais voir Bernard Dejonghe au travail. Je voudrais voir ses projets, ses essais ; je voudrais voir ses mains au travail, et percevoir le poids du temps.
    J’ai l’impression, ou l’illusion, que je pourrais ainsi un peu moins mal trier ce que provoquent en moi les objets qu’il me montre. 
  • Le choeur des femmes

    Raphaël Monticelli - 1er octobre 2009
    Lu le Choeur des femmes de Martin Winckler. Et je le rumine depuis que je l’ai lu.
    Il me revient ainsi régulièrement en mémoire, et au moment d’ouvrir cette nouvelle rubrique sur Bribes en ligne, c’est le premier objet qui me saute en mémoire : s’il y a une chose importante et urgente dans ce que j’ai lu ces derniers mois, c’est ce livre-là. Et je veux en parler comme ça vient. Ni analyse, ni approche critique. Le souvenir d’un moment.
    En avançant dans la lecture, d’autres textes de Winckler me sont revenus. Et d’abord la série des Sachs. De La Vacation aux Trois médecins, en passant par La Maladie de Sachs.
    Et c’est La Vacation qui s’est d’abord imposée comme la principale référence. Peut-être à cause de la prédominance des images de femmes dans les deux livres.
    Je me souviens qu’à l’époque de ma lecture de La Vacation, l’un des thèmes qui m’avait frappé, était la fraternité. C’est le seul mot que j’avais trouvé à l’époque pour dire le type de relations que le personnage de Sachs entretenait avec les femmes... En même temps, pendant que j’écris, je revois cette image (l’une des dernière ?) du cartable ou du porte-document de Sachs, ouvert, et du tapuscrit qui en émergeait... J’invente ? Dans mon souvenir s’impose la dialectique de l’enfantement : celui des femmes, celui de l’écrivain(e). Et le personnage de Sachs. Et son rapport aux femmes pour qui il fait des vacations. Un roman du corps des femmes, un roman du droit à l’avortement. Et un roman de sa souffrance. Peut-être m’étais-je dit "fraternité", parce que le problème était comme "démédicalisé". Qu’il n’était pas question d’avortement, mais bien du corps souffrant des femmes...
    Du corps... au Choeur... Sans doute aussi. Dans le Choeur des femmes, le personnage principal est une femme. Elle est aussi la narratrice. Et nous suivons, à travers son journal, le stage que cette jeune interne fait durant une semaine. Une trajectoire. Et des renversements. Le renversement qui s’opère en une semaine : venue mal volontiers dans le service de "Médecine de la femme", alors qu’elle souhaitait devenir chirurgien, le narrateur, peu à peu, s’intéresse puis se passionne pour la façon dont le docteur Franz Karma envisage la médecine et approche ses patientes. Des renversements courts, comme celui qui cueille le lecteur dès le premier chapitre : il lit le nom du narrateur, Jean, se représente un homme, et comprend bientôt que Jean est une forme anglo-saxone à prononcer Djinn... Un nom de femme. 
    Des renversements très longs qui prennent toute une vie : celle de Jean, justement, qui doit assumer la forme particulière de sa propre féminité ; celle du docteur Karma, qui attend que revienne à lui son premier patient...
    Les bouleversements sont conduits à la manière de Winckler, avec un son habituel talent de conteur qui articule formes populaires et formes savantes ; technique des fictions TV, roman et... opérette... Pour la circonstance, Martin Winckler a même glissé dans son roman quelques formes poétiques : du bel octosyllabe... à fredonner... assurément.
    J’ai lu, ici ou là, que la fin est mélodramatique, qu’elle est faible, qu’on aime le roman malgré elle... Toute une série de renversements et de rebondissements la rendent en effet spectaculaire : entre transexualité et glissements d’identité, coups de théâtre et quiproquos, on se croirait dans un bon mélo qui fait gicler de toutes parts toutes sortes de Dei ex macchina. Dans les Inrockuptibles de fin août, Raphaëlle Leyris affirme que c’est "cohérent avec la forme adoptée"... Je souscris volontiers à ce qu’elle dit...
    J’ajouterai qu’il est vraisemblable qu’en adoptant ce type de fin, Martin Winckler cherche à se donner de la distance, peut-être, du recul, en traitant comme à la légère un problème qui, je n’en doute pas, continue à le travailler. Pas une fin donc.
     

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