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RAPHAËL MONTICELLI

ALOCCO, Marcel , 1992 - La peinture en patchwork, morceaux choisis

Publication en ligne : 10 novembre 1992
Première publication : octobre 1992 / Catalogue musée

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Artiste(s) : Alocco

III.- Paradoxes en oeuvre

La Peinture en Patchwork, c’est d’abord un principe paradoxal d’éparpillement/unification... Le premier geste du Patchwork d’Alocco, ce n’est pas de réunir des fragments qui existent, c’est de déchirer une toile sur laquelle il a préalablement disposé des images, c’est de se constituer un stock de fragments dans lesquels la déchirure de la toile provoque celle de l’image... L’éparpillement produit ainsi un traitement indifférencié de l’image et de l’un de ses outils, son support, de sorte que leur distinction devient caduque.
La Peinture en Patchwork, c’est ensuite un principe paradoxal de décomposition/composition... L’éparpillement de l’état initial du tableau détruit la composition première ; le remontage des fragments, tendanciellement aléatoire, propose un composition autre, dans laquelle le regard n’est pas guidé par le vouloir-composer de l’artiste mais par les ruptures entre fragments, son vouloir rompre, ainsi se crée un espace particulier qui met le regard en mouvement, et qui est le lieu où se joue symboliquement notre rapport quotidien aux ruptures d’espaces...En d’autres termes l’espace du Patchwork d’Alocco, c’est ce lieu nouveau dans lequel se brise le schéma « Gauche/droite/Haut/Bas », il marque la volonté de donner un espace sémiotique nouveau.
Le Patchwork, c’est encore un principe paradoxal de montré/caché... L’image initiale brisée par la déchirure se trouve recousue dans de chimériques compositions, elle est à la fois elle-même reconnaissable, et autre se créant de la rencontre avec d’autres. En même temps, la couture joint les fragments désigne leur séparation, doublement elle s’affirme et, s’affimant, dit que ce qui est joint l’est à force, que ce qui est unit pourrait ne pas l’être...
Le Patchwork, c’est aussi un principe paradoxal de traitement non seulement d’images et d’espaces, mais de temps... A coté de traces comme hâtivement jetées, de gestes brusques, de bombages, d’empreintes, c’est la lenteur de la couture, son rythme, sa répétition, ou celle encore du défilage et de ses traitements où l’image s’estompe, se fragilise et en même temps se charge de temps et de cette charge de temps s’ancre, curieusement d’autant plus présente que l’artiste a passé plus de temps à l’absenter...
Il y a enfin dans le patchwork ce paradoxe qui fait que sans arrêt, au fur et à mesure que le travail se développe, ce qui semblait évacué revient : si, par exemple, la déchirure traite le problème de la composition, elle ne le dépasse ni ne l’occulte bien longtemps ; épisodiquement, revient dans le patchwork le problème de l’organisation interne du fragment, et du rapport qu’elle entretient aux limites. Si, encore, la couture permet, en tenant les pièces les unes aux autres, de travailler la question de l’accrochage et de la tension, c’est pour poser bientôt à nouveau celle du rapport au mur. Les techniques du patchwork e du détissage semblent se développer en dehors du rapport au chassis : elles supposent que la toile soit travaillée libre, les pièces produites gagnent à être présentées librement ; pourtant le chassis peut redevenir nécessaire, soit pour travailler sur les effets de tension détension entre les parties d’un fragment, soit pour réunir les fils et chutes épars. Dans les toute dernières oeuvres de 1992, le retour du chassis est rendu nécessaire par le fait que l’accentuation du détissage conduit à des oeuvres ténues, à la structure extrêmement fragilisée. Du même coup sont réintroduits deux éléments récurrents dans l’oeuvre d’Alocco : le rapport entre chassis et construction/composition, et entre le chassis et la transparence. C’est ce double rapport qui, vraisemblablement, a induit la transformation des traces sur la toile : leur minimalisation.

Cette série de paradoxes paradoxalement cohérente, assise sur sur quelques unes des problématiques majeures de notre temps, donne à l’oeuvre d’Alocco, son énergie -j’entends le principe de son mouvement. C’est parce que tout cela l’anime qu’elle accroche notre regard et que notre regard y aborde à des rapports inattendus entre images, techniques, supports, marquants, qui le mettent à la fois en présence et en manque, en reconnaissance et en recherche.

info portfolio

Alocco en Patchworck Détissage

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